Après les attentats de Paris : “Nous sommes dans le cadre d’une liberté surveillée”

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le 14 Nov 2015
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Ce samedi, après une nuit d'horreur liée aux attentats parisiens et l'instauration par le gouvernement de l'état d'urgence, le préfet tenait une conférence de presse. Le message est clair : les libertés sont provisoirement réduites, mais il faut continuer à vivre normalement.

Crédit photo : @cmahoudeau

Crédit photo : @cmahoudeau

Au lendemain des attentats de Paris qui ont causé la mort, à cette heure, de 129 personnes, la salle Lucie et Raymond Aubrac ne semble pas choisie au hasard. Loin des ors du salon d’honneur, il s’agit d’une petite salle, resserrée où les représentants de l’Etat prennent place autour du préfet de région, Stéphane Bouillon. Du président du tribunal administratif au recteur, en passant par l’armée, la police et la gendarmerie, tous ceux qui ont en charge la sécurité du département encadrent le préfet Bouillon et Laurent Nunez, préfet de police. L’ordre du jour est exceptionnel : les déclinaisons locales de l’état d’urgence décrété hier par le président de la République. Partout en France, les préfets communiquent de la même façon.

Stéphane Bouillon sort tout juste d’une réunion avec les élus locaux dont certains en direct des sous-préfectures d’Aix et d’Istres. De leur côté, l’ensemble des candidats aux régionales ont indiqué suspendre leur campagne jusqu’à nouvel ordre.

Le préfet va droit au but : “Ce texte de loi entrave la liberté, réduit les libertés publiques. Nous sommes dans le cadre d’une liberté surveillée.”

Le contrôle des gares, des ports, de l’aéroport, des lieux culturels et cultuels ainsi que des grandes surfaces est renforcé. Les patrouilles de police comme de gendarmerie se voient également renforcées notamment sur les endroits les plus fréquentés. Le préfet de police Laurent Nunez précise ainsi qu‘”il n’y aura pas de restriction sur les bateaux de croisière mais nous sommes dans le cadre du rétablissement du contrôle aux frontières. Il y aura donc un contrôle renforcé des passagers à la fois à Fos et Marseille”.

Rassemblements non interdits

En ce qui concerne les rassemblements, “ils ne sont pas interdits de manière générale, mais on est dans le cadre d’une liberté surveillée, donc nous évaluerons au cas par cas ceux qui peuvent poser des difficultés”. Deux manifestations dites “revendicatives” ont tout de même été annulées par les organisateurs en lien avec la préfecture. Il s’agit d’un rassemblement de soutien aux migrants et d’un autre de solidarité avec la Palestine. Quant aux manifestations spontanées, “il est hors de question de les interdire, mais je préférerais qu’elles aient lieu à des dates ultérieures”, admet Stéphane Bouillon. Deux rassemblements sont d’ailleurs prévus demain à Marseille. Et, dès ce soir, un premier rassemblement sur le Vieux-Port, lancé les réseaux sociaux, est en cours. Il en est de même à Aix et à Aubagne.

De même, les musées ne sont pas fermés, les manifestations sportives prévues ce week-end, les spectacles et concerts ne sont pas supprimés dans la mesure où “nous considérons à ce stade qu’il n’y a pas de risque suffisant pour les interdire” insiste le préfet. Du reste, toute interdiction ou décision d’annulation ou de fermeture relève en premier lieu des élus locaux. Certains maires dans le département ont choisi d’annuler toutes les manifestations du week-end. En revanche, à Marseille, le maire a décidé de les maintenir. Quant au deuil national de trois jours, “il n’a pas d’obligation juridique, tout le monde n’est pas obligé de rester cloîtré chez soi”. Et d’ajouter, se voulant rassurant : “il faut essayer de continuer à vivre normalement”.

Les santons contre le terrorisme ?

Vivre normalement, ne pas céder à la peur, c’est là le message qu’a tenu également à faire passer le sénateur-maire Jean-Claude Gaudin en conférence de presse ce matin. Ainsi, comme l’a relaté la Marseillaise, il a déclaré : “Les drapeaux sont en berne. On devait faire, cette semaine, les illuminations de Noël. Nous les retarderons de quelques jours. Par contre, je souhaiterais maintenir – et je l’ai dit au préfet, – la Foire aux santons. Parce que c’est un symbole dans nos traditions, de tolérance, de paix (…) C’est une occasion pour que les Marseillaises et les Marseillais se retrouvent dans l’unité.” Reste qu’il y a tout lieu de s’interroger sur la pertinence du choix d’une manifestation folklorique aux racines catholiques comme symbole de lutte contre le terrorisme…

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L’état d’urgence consiste donc pour l’heure à renforcer les mesures de protection des populations et de “cibler les menaces”. La loi prévoit une durée légale de douze jours. Il devrait être prolongé au minimum pour être activé le temps de la tenue de la Cop 21. À la question d’un éventuel couvre-feu, Stéphane Bouillon reste là encore mesuré : “Nous nous réservons la possibilité d’instaurer un couvre-feu mais ce dispositif lourd en termes de restrictions de liberté doit être dûment motivé et bien cadré dans le temps et dans l’espace”.

Une minute de silence

Tout comme au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, une minute de silence est décrétée ce lundi, y compris dans les établissements scolaires. Mais alors qu’à l’époque cette cérémonie avait été émaillée de quelques incidents, le préfet reste ferme : “Pour nous, il est clair qu’une minute de silence doit se tenir et elle se tiendra”. Le recteur Bernard Beignier n’a assorti cette cérémonie d’aucune instruction spécifique aux enseignants. “Vous savez, en janvier dernier, nous n’avions connu que 22 incidents dont deux réellement sérieux”, a-t-il confié à Marsactu.

Après son exposé formel sur les mesures exceptionnelles à appliquer, le préfet Bouillon change de ton. “Certes il faut être prudent, mais il ne faut pas arrêter de vivre. Ce serait donner une autre victoire aux terroristes. Rester dans la peur représenterait un échec de la République et du vivre-ensemble.” “Marseille est-elle menacée ?” interroge un journaliste. “Je n’en sais rien. La leçon à tirer de cette nuit, c’est que la violence peut frapper de manière totalement aveugle. Vous savez, tous ces blessés, c’est nous”, lâche Stéphane Bouillon. Comme beaucoup, il a appelé son fils tard dans la nuit pour vérifier qu’il n’était pas à un concert ou en terrasse vendredi soir.

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