Annulation des spectacles et festivals : le milieu culturel local tente de serrer les rangs

Actualité
le 17 Avr 2020
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Alors qu'aucun grand spectacle en public ne pourra se tenir au minimum avant la mi-juillet, le milieu culturel local accuse le coup. Report des dates, maintien des subventions malgré tout, fonds d'urgence et appels à la solidarité, autant de solutions envisagées pour pouvoir sauver tous les acteurs.

Concert au parc Longchamp dans le cadre de Jazz des cinq continents en 2014.

Concert au parc Longchamp dans le cadre de Jazz des cinq continents en 2014.

Alors que l’incertitude frappe l’économie mondiale, certains secteurs se préparent à de longues traversées du désert, voire à des catastrophes. Le milieu culturel et artistique en fait partie, et au niveau local c’est bien évidemment l’annulation des nombreux événements d’été, festivals et spectacles en tous genres, qui va faire très mal. L’allocution du président de la République a donné le ton : pas d’événement public avant mi-juillet, au plus tôt. Même si, ce jeudi, le ministre de la Culture a ouvert une porte pour « des petits festivals » après le 11 mai, suscitant pour l’heure la perplexité des acteurs culturels.

C’est donc tout un écosystème, déjà précaire, qui est frappé pour une durée indéterminée. Et plus qu’ailleurs, l’aide des collectivités locales va être cruciale pour ce secteur qui dépend fortement des subventions publiques. « La règle comptable pour les financements publics c’est qu’on est payés lorsque l’action a été réalisée », explique Emmanuelle Gourvitch, responsable locale du Synavi, le syndicat des arts vivants. Une règle qui vaut pour les spectacles comme pour les actions culturelles de terrain, d’éducation artistique notamment. « Mais pour une structure, le fait qu’une action soit annulée ne nous dégage pas de notre responsabilité d’employeurs qui est de payer les salariés et les intervenants ».

« Préserver jusqu’au plus petit maillon de la chaîne »

Les différents acteurs culturels, réunis en intersyndicale, ont donc très tôt demandé que les collectivités versent les financements annoncés, que l’événement ait eu lieu ou pas afin de ne pas créer un effondrement de dominos qui retombe sur les acteurs plus vulnérables. « Tout ça est un écosystème. Il faut préserver jusqu’au plus petit maillon de la chaîne », poursuit Emmanuelle Gourvitch, qui est par ailleurs à la tête de la compagnie de théâtre et création L’Art de vivre. Dans un milieu d’ordinaire morcelé, une solidarité commence à émerger face à la crise.

C’est précisément sur les compagnies de théâtre que l’inquiétude est grande. « Avec l’annulation du festival d’Avignon, c’est dramatique, commente Cynthia Cucchi, rédactrice en chef du journal culturel Ventilo (partenaire de Marsactu, ndlr). Les compagnies font normalement toute leur année grâce à Avignon où elles peuvent être repérées et vendre leurs spectacles ». « Les compagnies sont indiscutablement ceux qui vont le plus souffrir », appuie Pierre Sauvageot, directeur du centre de création Lieux Publics et délégué local d’un autre syndicat de la profession, le Syndeac. Pour les grosses structures publiques ou para-publiques, tout le monde a compris qu’il fallait les maintenir, c’est plus sur les petites structures qu’il y a une inquiétude ». 

Les collectivités jouent le jeu du maintien des subventions

À l’échelon local, la région s’est engagée à maintenir toutes les subventions votées, de même que la Ville de Marseille et le conseil départemental. « On a commencé à voter les subventions reconduites à l’identique pour les structures dont on sait déjà que les événements vont être compromis, indique Sabine Bernasconi, vice-présidente LR en charge de la culture au département. Et on continuera à instruire tous les dossiers au cas par cas ». La question des fonds d’urgence reste à l’étude : pour le moment, seule la région s’est engagée sur une dotation exceptionnelle de 5 millions d’euros.

Le chômage partiel nous permet de continuer et de conserver le capital principal de nos activités : les êtres humains qui les font

Olivier Jacquet, représentant local du Syndicat des musiques actuelles

Au niveau national, plusieurs fonds de soutien exceptionnels ont été évoqués et les échéances ont été décalées pour les intermittents, afin de maintenir leur statut durant la crise. Parallèlement, le recours au chômage technique est massif dans le secteur. « C’est un outil qui nous permet de continuer et de conserver le capital principal de nos activités : les êtres humains qui les font », témoigne Olivier Jacquet, représentant local du Syndicat des musiques actuelles et co-directeur de la coopérative artistique Grand bonheur.

Une mesure qui ne s’applique néanmoins pas à tous les cas de figures, et notamment pour les structures de très petite échelle. « Nous avons le statut de travailleurs indépendants, donc on ne peut pas en faire la demande », déplore ainsi Fabien Chabord, co-gérant de la salle de concert Le Molotov, située à proximité du cours Julien.

Pas de concerts, pas de billetterie pour faire tenir les lieux

Autre façon de solliciter le soutien du public, plusieurs festivals ayant annulé leur édition 2020 encouragent ceux qui le souhaitent à ne pas demander de remboursement.

Les petits lieux de spectacles comme celui-ci doivent en effet se maintenir sans leurs principales sources de revenus que sont la billetterie et les consommations. « On ne peut pas calculer de combien on aura besoin pour tenir. Par exemple, aujourd’hui on ne peut pas payer le loyer, mais est-ce qu’on nous le réclamera après ? ». Avec 10 000 euros de frais fixes mensuels, l’aide de l’État aux petites entreprises de 1500 euros ne suffira certainement pas à éponger l’effet d’une fermeture d’au moins deux mois. Le Molotov a donc ouvert une cagnotte en ligne, la première du secteur culturel à Marseille. « On sollicite des aides, mais pour le moment, il n’y a que sur la solidarité qu’on est sûrs de pouvoir compter », estime Fabien Chabord. Autre façon de solliciter le soutien du public, plusieurs festivals ayant annulé leur édition 2020 (voir encadré plus bas) encouragent ceux qui le souhaitent à ne pas demander de remboursement.

« Pour les musiques actuelles, la part des financements publics est très faible, elle concerne souvent des projets spécifiques, mais pas le fonctionnement à l’année. C’est pour ça qu’il faut des fonds spécifiques d’urgence », juge Olivier Jacquet. Le festival Avec le temps, dont il assure la direction, a été le premier touché par des annulations à Marseille, puisque qu’il avait démarré début mars. Les dates annulées seront reportées à différentes échéances, certaines à l’automne, d’autres début 2021, et le reste pendant l’édition 2021. « Grâce à la solidarité entre acteurs, on a trouvé des solutions pour la majorité des dates », se réjouit-il.

Quelle relance pour l’après ?

Jeudi, le préfet de région échangeait en visio-conférence avec plusieurs représentants des acteurs culturels. Il a beaucoup été question des conditions de reprises des événements après le confinement. Sujet sur lequel l’incertitude est totale. « Il faudra penser à la protection du public bien sûr, mais aussi à celle des travailleurs, y compris durant les répétitions en amont », pointe Emmanuelle Gourvitch. « Il faudra une vraie politique de relance, insiste-t-elle. Pour les structures qui vivent de la billetterie, on doit s’attendre à deux ou trois ans de difficultés financières. »

Des réflexions sont lancées pour imaginer des façons de tenir des événements au cours de l’été si possible, ou plutôt à la rentrée. « Il s’agira de relancer une dynamique pour nos métiers qui sont basés sur la socialisation, développe Olivier Jacquet. On commence à réfléchir à des cadres qui permettent aux artistes de créer, et à recevoir le public en sécurité sans que ce soit anxiogène. Ce n’est pas la moindre affaire ». L’idée circule d’opérations coordonnées pour, par exemple un week-end de réouverture, mais difficile de s’avancer quand on ignore à quelle date les rassemblements de plus de cent personnes pourront de nouveau se tenir. « Mais il y a aussi la question des attentes du public, s’interroge Pierre Sauvageot. Est-ce qu’il y aura une soif de rencontre ou de la trouille d’être rassemblés ? ». 

Les festivals dans l’incertitude

Les festivals prévus pour l’été 2020 tentent de maintenir leur programmation dans l’espoir d’autorisations après la mi-juillet ou choisissent le principe de précaution en annulant leur édition 2020. Des choix qui sont fortement influencés par des questions d’assurance, une annulation tardive pouvant revenir beaucoup plus cher. Plusieurs événements prévus au printemps ont quant à eux décalé leurs dates à l’été, avant de renoncer. Voici une liste (non-exhaustive) de principales manifestations affectées :

Annulés ou reportés à 2021 : Le Bon air (prévu en mai), Marsatac (prévu en juin), Oh les Beaux jours ! (prévu en mai-juin), Festival de Marseille (prévu en juin-juillet), Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence, Charlie Jazz Festival (prévu en juillet)

Reporté : Le Delta Festival passe de juillet à fin septembre

En attente de décision : Jazz des cinq continents (juillet), Manifesta 13 (juin-septembre), Les Suds à Arles (Juillet), Piano à la Roque d’Anthéron (juillet-août)

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Attention, en page d’accueil, le « sous titre » intégré dans la photo est celui d’un précédent article

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    • Julien Vinzent_ Julien Vinzent_

      C’est corrigé merci !

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  2. Titi du 1-3 Titi du 1-3

    Un oubli ? Le Charlie jazz festival de Vitrolles est annulé, il était prévu du 03 au 5 juillet, 23ème édition.

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    • Lisa Castelly Lisa Castelly

      Comme indiqué, la liste n’est pas exhaustive ! On prend toutes les suggestions et on peut les ajouter, merci 🙂

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