LES AILES DU GABIAN

UNE MUNICIPALITÉ DIFFICILE À LIRE

Billet de blog
le 17 Avr 2026
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Petit à petit, nous assistons à la mise en place de la nouvelle municipalité de Marseille dirigée par Benoît Payan, élu maire lors des dernières élections municipales. Mais les choses semblent ne pas être simples, et, surtout, elles font apparaître des pratiques et des orientations que l’on a du mal à comprendre.

Marie Lagache et Coralie Bonnefoy ont présenté, dans le numéro de « Marsactu » du 15 avril, les délégations des adjoints au maire qui composent ce que l’on appelle « l’exécutif » marseillais. On peut, en effet, nommer cela « l’exécutif », car il s’agit d’une répartition des attributions qui représentent, à l’échelle d’une municipalité ce que représente, à l’échelle d’un pays, la répartition des ministères au sein d’un gouvernement. Dans la municipalité dirigée par B. Payan, à l’issue des dernières élections municipales, cette répartition fait apparaître les rapports de force entre les partis et les forces politiques qui composent le pouvoir municipal, mais il ne s’agit pas que de cela. En manifestant la façon dont la municipalité répartit les pouvoirs entre celles et ceux qui la composent, cette sorte de distribution des rôles permet de comprendre la façon dont elle conçoit les champs de son activité institutionnelle, les domaines dans lesquels elle exerce son autorité, mais elle permet aussi d’entrevoir ce que seront, sans doute, les relations entre les deux autorités locales qui déterminent l’identité politique de Marseille : la municipalité et la métropole.

 

La répartition des délégations ne fait pas apparaître un véritable projet politique

L’attribution de leurs délégations aux adjoints qui composent l’exécutif municipal est importante, car, en principe, elle permet de comprendre ses orientations. Or, sur ce point, on a du mal à comprendre certains choix. Si le domaine important des finances et des activités économiques de la municipalité reste sous la direction du deuxième adjoint, Joël Canicave, ce dernier n’aura plus la responsabilité de la relation entre le pouvoir municipal et les employés de la Ville, qui sera, elle, la fonction de T. Roller, lui aussi socialiste, mais avec le titre de conseiller municipal délégué, ce qui fait apparaître qu’il ne s’agit pas d’une fonction de plein exercice. La municipalité Payan semble, ainsi, accorder moins d’importance qu’avant à l’organisation des ressources humaines municipales. De la même façon, Michèle Rubirola, première adjointe, comme dans la précédente municipalité, a des responsabilités moins importantes car elle reste déléguée au « projet municipal » pour une ville « plus juste et plus verte » et pour le « bien-être dans la ville », mais elle perd la responsabilité de la santé. Ces mots qui désignent les responsabilités de M. Rubirola ne sont pas très clairement définis et manifestent un certain flou : on ne sait pas si ce flou tient à une indécision quant à la place de la première adjointe ou à une incapacité de définir ces domaines dans le projet municipal. D’autres adjoints présents dans l’ancienne municipalité voient leurs attributions avoir moins d’importance qu’elles n’en avaient, comme P. Amico qui n’est plus que président de commission. Cela fait craindre que, d’une municipalité à l’autre, la municipalité dirigée par B. Payan n’ait pas réellement appris l’importance de la clarté dans les pouvoirs et ne se soit, au contraire, enfermée dans une sorte de confusion.

 

Des relations encore peu claires entre la municipalité de Marseille et la métropole

Cette absence de précision se manifeste en particulier dans les deux domaines qui semblent les plus problématiques pour la vie quotidienne urbaine : les transports et la politique des déchets. Samia Ghali se trouve chargée des transports en plus d’une responsabilité diminuée dans le domaine de la rénovation urbaine, mais elle sera candidate à la responsabilité des transports dans le nouvel exécutif de la métropole. Cette relative indécision dans ses attributions semble manifester une attente dans les relations entre les deux exécutifs qui gouvernent Marseille, comme si la ville n’avait pas clarifié, y compris pour elle-même, ce qu’allaient devenir ses relations avec le pouvoir métropolitain. Mais il faut aller plus loin. Cette imprécision manifeste une certaine faiblesse de la municipalité par rapport à la métropole – une faiblesse du même ordre que celle qui conduit des élus municipaux issus du Printemps marseillais rejoindre un exécutif métropolitain dirigé par un président issu de la droite. C’est bien cela que nous pouvons comprendre dans le nouvel exécutif municipal marseillais : on a l’impression qu’il ne sait pas très bien quelles sont ses orientations. Cela ne fait que rejouer les difficultés qui avaient conduit au refus radical opposé par B. Payan à toute alliance avec les Insoumis entre les deux tours – comme si l’on ne savait plus, à Marseille et dans la métropole, où sont la gauche et la droite, en particulier (mais pas seulement) sous la pression de la menace du Rassemblement national. On peut aussi dire que, si son élection représentait une véritable menace, c’est justement en raison de l’indécision de l’engagement de la gauche marseillaise non insoumise.

 

Certaines délégations semblent plutôt destinées à proposer des fonctions à des adjoints et à leur donner une utilité

On a le sentiment qu’une confusion du même ordre semble régner entre utilité et fonctionnalité, dans une organisation encore à établir. L’éclatement de la responsabilité des écoles entre deux adjoints, P. Lécorché (Place publique) et N. Benmarnia (divers gauche) montre qu’au-delà de la confusion risquant de naître de cette division d’un secteur qui devrait, au contraire, être uni, on a préféré proposer une partie de cette responsabilité à une élue et l’autre à une autre, pour pouvoir occuper deux élues issues d’organisations ou de partis différents. C’est surtout le cas de la culture, répartie en deux adjointes. Cela permet à la fois de faire reconnaître une utilité à deux délégations plutôt qu’à une seule pour ne pas courir le risque d’une mauvaise utilisation des pouvoirs municipaux, mais cela permet aussi à Benoît Payan, selon « Marsactu », de diviser pour mieux régner sur ce domaine de l’activité municipale pour avoir plus d’autorité sur ce domaine et pour mieux imposer ses vues et sa politique. On peut, ainsi, grâce à ces deux exemples, mieux comprendre que le flou qui semble régner sur la répartition des délégations au sein de l’exécutif marseillais est moins une indécision qu’une politique destinée à renforcer l’autorité du maire. Le domaine de la politique culturelle est important car il manifeste les modes de représentation de la politique symbolique de la municipalité et sa conception de l’expression de l’identité urbaine de la ville.

 

Un exemple caractéristique de l’évolution de la municipalité : l’évolution de la place et du rôle de Michèle Rubirola depuis l’élection de 2020

Ce n’est qu’un exemple particulier, mais il est éclairant sur cette confusion qui semble dominer l’administration municipale. D’abord, il est important de se rappeler que c’est le chassé-croisé, dont tout le monde se souvient, entre elle et Benoît Payan qui a permis à ce dernier de devenir maire. Mais, aujourd’hui, alors qu’elle était déléguée à la politique municipale de la santé dans la première municipalité, elle est, dans la seconde, chargée du « projet municipal », des « relations internationales » et du « bien-être dans la ville ». Ce flou dans l’intitulé de ses délégations, est représentatif du flou qui caractérise l’ensemble des délégations, mais, surtout, il fait craindre que, bien qu’elle demeure première adjointe, elle ne se soit pas vu reconnaître une place importante dans le nouvel exécutif. Peut-être cette évolution peut-elle se comprendre comme l’issue d’une rivalité entre elle et B. Payan, d’une sorte de blessure mal refermée lors de l’organisation de la première municipalité, qui laisse craindre que la nouvelle municipalité ne soit l’espace de conflits de pouvoir menaçants pour la démocratie. Toutes ces observations donnent à penser que le nouveau maire, « Benoît Payan II », comme beaucoup d’autres maires de Marseille qui l’ont précédé, ne soit guidé par la tentation du pouvoir plus que par un véritable projet politique pour la cité.

Commentaires

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  1. julijo julijo

    oui, beaucoup de flou et quelques incohérences.

    y aurait-il un loup ???
    [ du mot loup, vient le verbe louper !!?? ]

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  2. Patafanari Patafanari

    Tous.tes animateurs.trices socio-culturels.les

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