Une échéance à venir

Significations des élections municipales

Billet de blog
Bernard LAMIZET
9 Juil 2017 1

C’est loin, 2020, c’est dans trois ans. Et, en même temps, c’est si près… C’est si peu, trois ans, dans ce que l’on peut appeler le temps politique, le temps des institutions. À peine sommes-nous sortis du tintamarre des élections présidentielle puis législatives que nous devons penser à la prochaine échéance si importante pour Marseille et pour sa métropole, celle des élections municipales.

De nouvelles identités politiques

D’abord, ces élections sont importantes car elles verront, pour la première fois, concourir des acteurs politiques qui n’avaient jamais figuré en tant que tels dans des élections municipales, les Insoumis et la République en marche. Bien sûr, il ne s’agit pas réellement d’acteurs politiques nouveaux, car leurs militants et leurs candidats sont, pour beaucoup d’entre eux, d’anciens acteurs des partis politiques qui ont seulement changé d’identité et donné une nouvelle expression à leur engagement, mais c’est la première fois qu’en tant que tels, ces partis seront candidats à la direction d’une municipalité, en l’occurrence, pour ce qui nous intéresse ici, la ville de Marseille et la métropole.

Par ailleurs, ces identités qui apparaissent sont nouvelles sur le plan municipal : cela signifie que, d’ici à 2020, elles devront se trouver un nouveau discours qu’elles n’ont encore jamais tenu, le discours sur la ville, et élaborer de nouvelles politiques, les politiques urbaines, si elles veulent rompre avec la politique municipale classique et trouver une expression qui soit en rupture avec les expressions traditionnelles des pouvoirs urbains.

Enfin, ces nouvelles identités politiques auront à élaborer un projet particulier pour Marseille : pour cela, même s’il s’agit de personnalités politiques ayant déjà joué un rôle dans l’espace politique de la ville, elles doivent découvrir Marseille et voir cette ville et cette métropole, les étudier, les analyser, avec un regard nouveau. Les élections municipales sont l’occasion pour les identités politiques de construire un nouveau projet urbain et métropolitain.

Un nouveau projet de développement et de croissance pour la ville et la métropole

C’est ce nouveau projet qu’il faut imaginer aujourd’hui. C’est ce nouvel engagement qu’il faut formuler, aujourd’hui, pour la ville et la métropole, pour les dix ans à venir, puisque d’ici les élections municipales, il y a trois ans et que le mandat des élus est de six ans – à moins qu’une réforme institutionnelle ne vienne le modifier d’ici là.

De quoi devrait être fait ce nouveau projet ? C’est le rôle des tribunes comme Marsactu de servir de champ d’élaboration des projets politiques pour la ville et d’espace de confrontation entre ces projets. Marsactu va jouer un rôle majeur dans cette confrontation d’ici les élections municipales et va, en particulier, constituer un champ essentiel pour l’élaboration des projets politiques.

D’ores et déjà, nous souhaitons proposer quatre éléments pour ce projet de développement.

Le premier est déjà connu, car nous en avons déjà parlé abondamment ici : c’est l’amélioration du réseau des transports en commun, et, au-delà, l’invention d’une nouvelle politique de déplacements dans la ville, comportant peut-être (mais peut-être suis-je en train de rêver) la disparition des voitures particulières du centre de Marseille.

Un second élément de ce projet de développement de la métropole est institutionnel : il s’agit d’imaginer de nouvelles modalités d’organisation du débat public, de participation des habitants à l’élaboration des projets qui les concernent et de construire une meilleure articulation entre le débat public, celui qui a lieu dans la ville, et le débat institutionnel, celui qui a lieu dans les assemblées municipales et métropolitaines.

Un troisième trait du projet de développement de la ville et de la métropole est l’amélioration de ce que l’on pourrait appeler le fait intégrateur de la ville par l’élaboration d’une politique urbaine et métropolitaine plus efficace dans la disparition des ghettos que sont devenus certains quartiers et qui constitue une banlieue qui ne dit pas son nom à Marseille. Il faut, en particulier, faire porter un effort politique particulièrement intense sur ce qui peut mettre fin à la violence et à la criminalité à Marseille et, au-delà sur ce qui peut faciliter l’intégration à la ville de l’ensemble de ses habitants par la fin de leur éloignement et de leur exil hors de la ville, et, au-delà, de la véritable ségrégation qui a fini par se manifester à Marseille et dans la métropole, notamment en raison du libéralisme effréné du marché immobilier.

Enfin, ce projet municipal devrait être culturel. Si Marseille a été ville européenne de la culture il y a peu de temps, on ne voit pas beaucoup de traces de cet événement dans l’espace de la ville. La politique culturelle d’une ville ne se réduit pas à des flonflons et à des spectacles, ce doit être une politique de tous les jours, du quotidien, de la lecture publique, de la diffusion des formes et des pratiques de la culture, de la sensibilisation des habitants aux pratiques culturelles et à la multiplicité des formes de l’art et de la musique. Il importe que Marseille et la métropole profitent de ces élections municipales pour concevoir une politique culturelle à la hauteur de la deuxième ville de notre pays.


Commentaires

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  1. Electeur du 8eElecteur du 8e

    Oui, il est temps de commencer à réfléchir aux prochaines élections municipales, et d’abord aux projets susceptibles d’inscrire Marseille et son aire métropolitaine dans un XXIème siècle qui sera apparemment marqué par des ruptures de toutes natures.

    Merci pour cette contribution. J’espère qu’il y en aura beaucoup d’autres. C’est l’un des rôles majeurs que peut se donner l’agora de Marsactu : permettre l’expression et la discussion des idées en vue de cette échéance électorale.

    En 2013 -2014, un outil participatif parrainé par Marsactu avait connu un (demi-)succès : Marseille Carticipe (dont on trouve un petit bilan intermédiaire, après cinq mois d’existence, ici : https://carticipe.net/category/marseille/). Il n’est malheureusement plus accessible sur internet (il l’était encore il y a quelques mois). Il avait permis l’expression d’un grand nombre d’idées qui avaient le mérite d’exprimer des besoins vus « du terrain », quand bien même certaines d’entre elles étaient probablement discutables, et parfois irréalisables.

    Le fil directeur d’un prochain projet municipal est là : redonner la priorité à la vie quotidienne des Marseillais (ceux qui habitent la ville comme ceux qui y viennent tous les jours pour travailler), et moins au bling-bling, aux « éléphants blancs » qui engagent les finances de la collectivité pour des décennies, aux opérations médiatiques sans lendemain.

    Aux quatre axes présentés dans cette contribution, j’en ajouterais bien un cinquième : renforcer le caractère « vivable » à long terme de la ville, dans un contexte de dérèglement climatique qui pourrait aboutir à la multiplication des épisodes caniculaires, diluviens ou tempétueux. Il s’agit de faire évoluer son urbanisme non seulement pour pacifier la ville en y réduisant la place de la voiture (premier axe proposé) et pour la recoudre (troisième axe), mais aussi pour la (re)verdir afin de limiter les ilots de chaleur dans l’espace public, de faciliter l’absorption des eaux pluviales – et in fine d’accroître le confort de la vie urbaine et de réduire la vulnérabilité des habitants face aux événements météorologiques extrêmes.

    Le « plan climat » de la métropole d’Aix-Marseille n’est attendu qu’en 2018. Quelle que soit son ambition, il ne peut plus y avoir désormais de politique municipale ou intercommunale qui fasse l’impasse sur les enjeux urbains liés aux changements climatiques.

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