LES ESPACES POLITIQUES MARSEILLAIS

Billet de blog
le 18 Oct 2020
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Le 26 juillet, à l’occasion de l’élection de Michèle Rubirola à la mairie de Marseille et de Martine Vassal à la tête de la métropole, nous avions évoqué la confrontation entre ces deux présidences. Mais sans doute importe-t-il de réfléchir de façon plus approfondie à ce que représentent ces deux espaces politiques de Marseille, celui de la ville et celui de la métropole.

La ville et la métropole

C’est en 1966, à l’occasion de la naissance des premières communautés urbaines en France – Marseille n’en faisait pas partie – que les villes françaises ont connu les espaces métropolitains, après que le terme « métropole » eut connu son importance, à Paris, en 1900, avec la naissance du métro, du chemin de fer métropolitain. Mais, même si Marseille était une grande ville, elle n’avait pas connu l’espace métropolitain en même temps que les autres grandes villes françaises, en grande partie parce que la municipalité de Marseille, dirigée par G. Defferre, ne voulait pas s’inscrire dans un espace métropolitain dans lequel elle n’aurait pas eu le rôle d’un véritable chef-lieu. Dans l’espace marseillais, l’espace de la ville et celui de la métropole sont dans une confrontation l’un avec l’autre, et cela se retrouve cette année, dans la différence d’orientation politique qui distingue les deux dirigeantes de ces espaces, Michèle Rubirola, à Marseille, et Martine Vassal à la métropole. L’élection des dirigeants de ces deux espaces, la ville et la métropole, inscrit dans les logiques de pouvoir la confrontation entre ces deux espaces politiques, celui de Marseille et celui de la métropole qui se situe autour d’elle. Finalement, la différence entre l’orientation politique de la métropole et celle de son chef-lieu ne fait qu’inscrire dans une dimension institutionnelle la confrontation entre la métropole et son chef-lieu. Une telle confrontation politique entre l’orientation de Marseille et celle de la métropole ne fait, somme toute, que se retrouver dans la confrontation, ou dans la cohabitation, entre la maire et la présidente du département et de la métropole.

La ville, la métropole et l’État

Il se trouve que j’écris cet article au moment où un nouveau préfet de région arrive à Marseille. Christophe Mirmand vient de prendre ses fonctions et représente, ainsi, avec Michèle Rubirola, qui est encore en train de prendre les siennes et de chercher ses marques, une nouvelle image des pouvoirs de la métropole. Le préfet a toujours représenté le pouvoir central de l’État dans sa confrontation aux pouvoirs locaux – en l’occurrence celui de la municipalité du chef-lieu et celui de la métropole. C’est qu’il s’agit bien d’une confrontation, à la fois parce qu’il s’agit de pouvoirs fondamentalement différents, celui de l’État centralisateur et celui des collectivités territoriales, et parce qu’en raison de leurs modes de désignation différents, ces pouvoirs n’ont pas la même signification. Tandis que la municipalité et la métropole sont des pouvoirs exercés par des acteurs politiques désignés au terme d’un scrutin, donc sont issus de l’expression d’une volonté populaire, le préfet représente, à l’échelle du département – en l’occurrence en quelque sorte confondu avec la métropole – l’État centralisateur, dans une mission de relation entre ces deux pouvoirs, mais, tout de même aussi, ne nous leurrons pas, de surveillance. C’est ainsi qu’à Marseille, quatre pouvoirs se trouvent dans une forme de complémentarité, mais aussi d’adversité : les huit secteurs, la municipalité, la métropole et l’État central à l’échelle du département.

       Espaces de pouvoir et espaces d’habitation

C’est cette confrontation qui fait pleinement apparaître les espaces d’habitation de Marseille et de la métropole comme des espaces de pouvoir. Il ne s’agit pas seulement d’aires de vie, d’habitation et d’activité, mais aussi d’espaces de pouvoir. La différence d’orientation politique entre ces deux espaces de pouvoir nous engage à réfléchir à la différence entre espaces de pouvoir et espaces d’habitation, car sans doute importe-t-il d’aller au-delà de la simple confrontation entre l’orientation de la direction de la municipalité de Marseille et de celle de la direction de la métropole. C’est toute une géographie politique qui se dessine aujourd’hui, à l’issue de l’élection municipale, et qui nous engage à articuler l’échelle de la ville et celle de la métropole à la fois dans les politiques d’aménagement de l’espace et dans les politiques d’expression et de manifestation des pouvoirs. Tout se passe, finalement, aujourd’hui, comme si nous nous trouvions devant une articulation entre espaces de pouvoir et d’orientation des directions et espaces d’habitation et choix des habitants et des citoyens.

Espaces de projets et espaces d’aménagement

Mais il ne s’agit pas seulement de la confrontation entre les présidentes : c’est aussi l’avenir qui devient le temps de la confrontation entre les exécutifs. En-dehors de la différence entre les orientations des équipes qui les dirigent, les deux espaces, celui de Marseille et celui de la métropole, vont être les enjeux de confrontations entre les politiques d’aménagement urbain élaborées et mises en œuvre par les deux équipes de pouvoir. On peut, en particulier, situer les confrontations entre les exécutifs dans quatre domaines. Le premier est celui de l’aménagement des réseaux de transports et de circulation. Le deuxième est celui de l’économie et de la politique économique, qui prend la forme de la confrontation entre une orientation libérale, qui inscrit l’espace métropolitain dans une logique de marché, et une orientation à gauche, qui inscrit l’espace urbain marseillais dans une logique d’échange, de régulation et d’aménagement partagé. Le troisième domaine de la confrontation est celui de la culture et des politiques de spectacle, d’animation et d’information, en particulier dans le domaine de la lecture publique, qui va distinguer les politiques patrimoniales et les politiques culturelles élaborées et mises en œuvre par les collectivités locales et par l’État. Enfin, un quatrième domaine se manifeste aujourd’hui plus violemment qu’à d’autres époques, en raison de la survenue de la pandémie du coronavirus et de sa persistance : celui de la santé publique et de l’administration des soins et de la prévention.

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