Le long des pays sages

Idée de sortie
Journal Ventilo
19 Avr 2019 0

Ce beau jeune homme a cent cœurs et mille yeux : Quentin Désidéri se livre Du fond du jardin jusqu’aux écumes gelées et s’expose chez OÙ. De son regard de gamin, il retrace ses mémoires. Photographies, textes et papiers. Sa voix se fait aussi entendre à travers un film…

« La photographie est une rencontre, que cela soit une personne, un paysage ou un instant, dit tout doucement Quentin ; c’est écrire une phrase. » Depuis les terres agricoles des Alpes-de-Haute-Provence jusqu’en Pologne, Du fond du jardin jusqu’aux écumes gelées, il crée. La messe est dite, sans prétention. Avec un livre (porté dans les éditions Hineni), des clichés dûment développés dans le labo familial et un documentaire monté par ses soins, il peint trois ans de sa vie.

Par la photographie et la poésie, il amorce une tranche d’existence depuis les confins de cette grange où la mort accompagne la vie. Il égorge le décor, il plante les moutons. Dans les vestiges de ses héritages, l’artiste embrasse les mots et les fusionne à ses images. Seulement du noir et blanc. Ses textes produisent un effet dévastateur sur le visiteur et sonnent les vibrations de son émotion. Son âme d’enfant devenue charogne. Faire résonner un écho dans nos vieilles bergeries, titre son édition.

Ses tirages d’arbres nocturnes se valent au seul flash trouvé, au hasard, au creux d’une poubelle. Dans le plus noir de cette nuit d’hiver, il fait confiance à son intuition et à la magnificence de cette nature gelée : toute la transparence que Christian Bobin écrivait dans L’Homme-joie. Une de ses citations, « Il faut que le noir s’accentue pour que la première étoile apparaisse » sert de titre à cette série de photos. Ici, l’homme voit aveuglément, explore son sentiment de perdition.

Une des figures féminines qui l’inspire lui fera promettre qu’il partira, juste avant qu’elle ne tombe de ce toit. Rachel… Il trace sa route pour la Pologne, loin de tout. Il affrontera l’errance, l’étrangeté, celle qui le hante depuis toujours : la disparition. Dans son film Ton souvenir hisse des mouettes dans ma bouche, il crache des mots, ses putains de maux. On y croisera Mia, Bakkba, Tosia. À l’écran, elles nous regardent, l’usure et la joie nous transpercent. C’est le temps qui passe, la fin d’un chapitre. Avec cette exposition, Quentin Désidéri, qui par ailleurs vend des billets au Mucem (il faut bien gagner sa croûte), clôture sans faute sa caisse…

Zac Maza

Quentin Désidéri : jusqu’au 27/04 chez OÙ, lieu d’exposition pour l’art actuel (58 rue Jean de Bernardy, 1 er ). Rens. : 04 91 81 64 34 / www.ou-marseille.com Pour en (sa)voir plus : www.quentindesideri.com


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