Le Fonds et les formes

Idée de sortie
Journal Ventilo
8 Fév 2019 0

Le FRAC PACA revient sur plus de trente-cinq ans d’existence en sortant de ses réserves ses plus grandes pièces pour un accrochage rétrospectif avec l’exposition Une histoire de la collection du Fonds régional d’art contemporain, dont le commissariat a été réalisé par Pascal Neveux, son directeur.

Depuis les années 80, le FRAC PACA, tout comme ses vingt-deux acolytes, a pour mission première de collectionner l’art contemporain et le diffuser en région, tout en sensibilisant un plus large public. Les œuvres qui composent sa collection sont montrées « hors les murs » dans des écoles, des établissements pénitentiaires, des structures associatives, et voyagent beaucoup à travers la région. Mais finalement, on la voit peu « dans les murs » au sein du bâtiment réalisé par Kengo Kuma installé à Joliette depuis 2013. L’espace d’exposition étant plutôt dédié à des expositions monographiques ou collectives, mais pas forcément liées à la collection. Pascal Neveux, qui dirige la structure depuis 2006, propose d’entamer un cycle d’expositions autour des œuvres fondatrices de la collection.

C’est donc la toute première fois que le FRAC consacre une exposition entière à sa collection. Il y a eu, bien évidemment, des expositions avec des œuvres issues de la collection, mais jamais encore sur la collection. Premier chapitre d’un cycle d’expositions à venir (Votre collection d’art contemporain), cet accrochage est une sélection de « chefs-d’œuvre » qui couvre la première quinzaine d’année d’histoire du FRAC, de 1983 à 1999. L’occasion de découvrir une sélection une trentaine d’œuvres parmi les 1 300 qui composent son inventaire, avec environ vingt-cinq artistes sur les 560 présents dans le fonds.

L’exposition est composée de peintures et de sculptures, presque toutes de très grand format, voire monumentales. Entre figuration et abstraction, ces œuvres sont le reflet d’une époque où l’on se bat pour tenter de penser des nouvelles formes artistiques. On y retrouve des figures de l’art contemporain qui ont révolutionné l’histoire de la peinture, notamment par des positions formelles très fortes, comme Simon Hantaï qui ne peignait ses toiles qu’en les pliant, ou les revendications du mouvement Support / Surface qui abolissent le cadre classique de la peinture. Jacques Monory, lui, s’oppose à cette tentation de l’abstraction pour réaliser des scènes qui semblent tout droit tirées d’un film, tandis que Gérard Garouste préfère retourner à de la figuration en convoquant la mythologie. De vrais chefs-d’œuvre qu’on prend plaisir à contempler, malgré le manque d’un document de médiation qui pourrait contextualiser ces pièces mythiques, entre elles et dans l’histoire de l’art.

L’exposition continue au deuxième étage avec une sélection de documents retraçant l’histoire du FRAC à cette période, son espace d’exposition au Panier, mais aussi des photographies, archives de cartons d’invitations ou d’affiches témoignent d’un FRAC à la fois attentif à la création locale tout en étant désireux d’être un lieu où l’on expose la création contemporaine internationale. Comme ce fût le cas par exemple avec la première exposition de dessins de Joseph Beuys, présentée en 1989. On y découvre aussi des inventaires, des comptes rendus de réunions d’acquisitions et, sur certaines photos, on retrouve même des œuvres que l’on vient de voir exposées en bas.

En parallèle de cette grande exposition presque historique, deux autres artistes, eux plus contemporains, investissent le bâtiment : Rodolphe Huguet et Maya Dunietz. L’artiste israélienne propose une installation sonore et interactive composée de pianos décomposés produisant des sons qui le sont tout autant. Une installation que l’on entend résonner parfois dans tout l’espace, des pianos contre lesquels on peut s’assoir afin de sentir les vibrations.

Rodolphe Huguet, artiste originaire de Clermont-Ferrand, a occupé différents espaces du FRAC (la terrasse en cœur d’ilot, les escaliers, le plateau du dernier étage) avec des œuvres qu’il a réalisées lors d’une résidence à la Tuilerie Monier, à Marseille. Son installation, qui occupe tout l’espace du plateau multimédia, est composée de centaines de têtes en tuiles accrochées sur des rails et qui rappellent des visages ou des bustes. Ces figures, réalisées en tuiles que l’artiste a altérées, évoquent une certaine violence, tout comme ces valises disséminées dans l’espace qui font écho aux colis suspects abandonnés et à une certaine urgence contemporaine.

MAD

Une histoire de la collection du Fonds régional d’art contemporain + Five Chilling Mammoths de Maya Dunietz + Bon Vent, de Rodolphe Huguet : jusqu’au 24/02 au FRAC PACA (20 Boulevard de Dunkerque, 2e). Rens. : www.fracpaca.org

Journal Ventilo
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