La globalité du local

Idée de sortie
Journal Ventilo
28 Juin 2019 0

Pour la nouvelle édition du Festival de Marseille, Jan Goossens creuse encore plus loin le sillon entre l’Europe et l’Afrique avec une programmation innovante qui casse les codes de l’entre-soi. Il est fortement question d’histoire et d’engament politique et, encore une fois, comment la danse et la musique croisent les enjeux du théâtre pour embrasser tout les défis. 

« Le corps est un prolongement de la voix ». Par ces mots, Dorothée Munyaneza exprime l’intention de son travail, qui est aussi le synopsis de cette édition du festival de Marseille. La danse a certainement fait le tour de sa grammaire dans la question du geste et du déroulé d’une diagonale. Affichant la transversalité comme une recherche permanente, elle a aussi largement épuisé les codes du théâtre pour désormais réfléchir à la question de l’histoire de l’homme et de son rapport avec la terre. Dans ce passé maintes fois mutilé par des dynasties de criminels qui se lèguent le pouvoir, le danseur a compris la nécessité de ne pas affronter la censure, mais d’aller trouver du côté de la poésie une manière de défier l’autorité. Cette histoire revisitée est un chantier permanent dans la création artistique du continent africain. Au milieu des conflits et de la corruption, les chorégraphes utilisent la mobilité pour trouver les ressources de leurs productions.

Du geste ancestral ou tribal à l’actualité et l’instant présent, le corps déroule, dans une liberté proche du relâchement, un phrasé au milieu d’une foule cosmopolite (Faustin Linyekula). À la manière d’un dessin sans repère, la danse redevient contemporaine, parce qu’elle réussit à rassembler les ellipses d’une histoire éclatée, tronquée et ensanglantée. Elle nous dit des choses, parce qu’elle s’abstient de nous montrer la violence pour mieux retrouver l’essence de sa culture et ses bribes d’indices ensevelies sous les traumas. Jan Goossens repousse les frontières pour son festival dans un win-win qui dépoussière les clichés. Il est fortement question de comment la musique déroule une intention politique en revisitant son répertoire (Gregory Maqoma). Ou comment le théâtre s’expose dans la cité au milieu d’un public pris au dépourvu (Rara Woulib). On ne compte plus les civilisations qui meurent d’elle-même par l’épuisement de leurs ressources. Dans la globalisation marchande d’aujourd’hui, l’artiste a bien compris qu’une critique frontale du capitalisme est vaine, puisque la création repose elle-même sur une globalisation des publics. Mais en exhumant les crimes du passé et du présent, nous interrogeons notre capacité au changement. La danse contemporaine est une affirmation sans arrière-pensée, elle s’installe dans un présent qui disparait le temps d’un souffle sur les paupières. Elle est tactile, parce qu’elle agit sur la proximité, le rapproché, le local. Elle recrée un biotope où tous les potentiels s’exacerbent dans une même volonté. Oui, il est possible de voyager sans prendre l’avion. Oui, il est possible de réfléchir autrement, dans une forme de détente et de relâchement qui rapproche les oreilles. L’Afrique nous regarde et nous la regardons dans une même interrogation. Ce que nous réserve l’avenir, c’est déjà une autre histoire.

Karim Grandi-Baupain

Festival de Marseille : du 14/06 au 6/07 à Marseille.

Rens. : 04 91 99 00 20 / www.festivaldemarseille.com

Le programme complet du Festival de Marseille ici


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