Mise au point

GPA : l’Europe humaniste face à l’Amérique libertaire [Chicane #9]

Billet de blog
Chicane - Petit observatoire de controverses
4 Déc 2018 0

La GPA ne fait pas partie des questions qui seront débattues par le Parlement cet hiver dans le cadre de la révision de la loi bioéthique, mais ses soutiens la présentent comme la suite logique de la PMA. Ses détracteurs y voient, eux, une atteinte à la culture européenne.

« En cas de GPA, il y a intervention d’une femme, que moi je dis esclave, qui va porter un enfant pendant 9 mois, qui va être rémunérée pour ça ; ça n’est pas un travail au sens ordinaire, c’est quelque chose qui viole complètement son intimité, sa vie pendant une année. » Le biologiste Jacques Testart résume les réticences de toute une partie de la société face à la GPA, et pas seulement en France : si certains pays comme le Royaume-Uni, la Belgique ou le Portugal la tolèrent au nom de l’égalité, 19 pays sur 28 continuent de l’interdire en Europe. Pour Jürgen Althammer, professeur de sciences sociales à Munich (Allemagne), ces questions nécessitent avant tout de remettre nos fondements en question : « En Allemagne comme en France, la cohésion sociale est basée sur l’Etat-Providence et le respect de la dignité humaine, explique-t-il, Il ne s’agit pas de dire si la GPA est quelque chose de positif en soi, mais plutôt de confronter les enjeux qui en découlent avec le choix de société que nous avons fait ».

Pour les opposants à la GPA en France, faire appel à une mère porteuse est une forme de marchandisation du corps féminin. Ils dénoncent donc la violation de la dignité humaine. Légaliser la GPA porterait atteinte à nos valeurs fondamentales, elle est par conséquent anticonstitutionnelle. Cette vision, partagée dans une pétition de 2015 signée, entre autres personnalités, par les philosophes Sylviane Agacinski et Michel Onfray, s’emploie à montrer les dérives d’une GPA mercantile et contraire à l’éthique : étirer infiniment les droits individuels y est décrit comme contraire aux fondements constitutifs de nos sociétés.

Les Etats-Unis, au contraire, donnent la priorité aux droits individuels. Logiquement, la commercialisation de la gestation pour autrui a donc pu y être globalement tolérée sans heurts depuis la fin des années 70, même si elle n’est pas encadrée par une loi fédérale et qu’une trentaine d’Etats n’ont pas légiféré sur ce point. Le flou juridique ouvre la voie à une jurisprudence encore hésitante, les contrats conclus entre mères porteuses et parents biologiques étant sources de conflits, en particulier financiers. « On peut admirer ou contester cette société, mais il est indéniable que cet ordre social tranche avec la tradition européenne » rappelle Jürgen Althammer. L’argument peut-il tenir face à la mondialisation ? En janvier 2018, une tribune signée par Elizabeth Badinter et 110 intellectuels appelle à une Convention internationale sur le sujet.

 

Pierre Saumard

 


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