[En allant aux Catalans] Premières brasses

Billet de blog
le 7 Juil 2026
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L'écrivain et sociologue José Rose fréquente assidûment la plage des Catalans. Il y a glané quelques scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes, qu'il relate en dix épisodes.

[En allant aux Catalans] Premières brasses
[En allant aux Catalans] Premières brasses

[En allant aux Catalans] Premières brasses

Ah, Les Catalans ! C’est régalant, les Catalans. Ça donne de l’allant, de l’élan, les Catalans. Alors, bienvenue aux Catalans, LA première plage de la Corniche, à deux grands pas du Vieux-Port. Lieu de détente et d’observation, de vie aussi, de vies séparées et partagées. Habitués ou égarés, adeptes de la baignade ou du farniente, sportifs ou éméchés, solitaires ou en tribu : chacun trouve ici sa place.
Des publics variés se succèdent ainsi au fil du jour et des saisons et il suffit de tendre les oreilles et les yeux pour que surgissent des scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes. En voici quelques-unes glanées au fil du temps et saisies comme des instantanés, des saveurs fugaces, des miettes de vie, des galets polis, des bois flottés.

Regarde maman ! Regarde, regarde, je nage ! Et l’enfant esquisse un vague mouvement de bras que la mère bienveillante et fascinée par la chair de sa chair prend pour une brasse. Cet enfant dit je nage, un autre se contenterait d’un je commence à nager, j’y arrive presque, j’avance un peu, je flotte, tandis que d’autres annonceraient fièrement : ça y est, j’avance ! À chacun son degré de confiance en soi, son besoin de se montrer. L’un croit savoir et prend ses balbutiements pour des gestes maîtrisés, l’autre a compris que c’est un début, certes prometteur, mais qui supposera encore de longues heures d’apprentissage.

Les uns s’enthousiasment et se la jouent conquérants, d’autres relativisent ou ont déjà abandonné, d’autres encore ont besoin d’être simplement regardés, soutenus, admirés même. Tandis que certains ne disent rien, avancent dans leur coin, attendant de maîtriser le mouvement pour se montrer, nageant pour eux et sans se poser de questions ni quémander les encouragements. Ils poursuivent ainsi inlassablement les mêmes mouvements, persistent sans se lasser, stagnent parfois dans l’essai maladroit. Maman, maman, regarde, je mets la tête dans l’eau ! Toute seule. Oui, oui, ma chérie, mais n’oublie pas de respirer quand même.

Un peu en retrait, voici quatre couples avec chacun son enfant du même âge. Devant un amoncellement de sacs de bain, les petiot·e·s, à peine deux ans, s’ébrouent, chacun et chacune suivant son parcours et son idée. L’un tape sur le seau avec un râteau, l’autre est assise sans bouger, l’un court dans tous les sens, l’autre est juchée au bord d’un trou dans le sable. Toustes avec de mignons maillots et barboteuses aux couleurs vives. Fini le rose pour les filles et le bleu pour les garçons. Les parents tournent autour d’elles-eux, rampent, se mettent à quatre pattes pour prendre des photos en rafales. Les fesses se lèvent, les sourires se brandissent. Que deviendront ces photos ? Envoyées aussitôt aux grands-parents et grands-marents ? Sélectionnées le soir même pour entrer dans la story et s’éparpiller dans les réseaux égo-sociaux ? Rangées comme on le
faisait jadis avec les photos papiers ? Oubliées dans l’ordi ? Converties en version papier pour les plus réussies ?

Les hommes rejoignent leur progéniture pour jouer avec elle et l’observer avec satisfaction tandis que le quarteron de jeunes femmes partage des éclats de rire et des connivences tout en gardant un œil attentif. Les hommes font du bruit, de grands gestes et parlent de voitures ou de motos tandis que les femmes partagent leurs sentiments : l’écriture inclusive est plus facile à pratiquer que la pensée inclusive.

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