Cancer des colons

Idée de sortie
le 27 Fév 2016
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Photo : Mohamed Dib.

Photo : Mohamed Dib.

L’exposition Made in Algéria : généalogie d’un territoire retrace, à travers la cartographie et les illustrations du colonisateur, plus de cent trente années de domination française. Dans un premier temps, le conquérant fait face à un territoire méconnu et doit déployer toutes ses capacités scientifiques pour envisager un espace de conquête. Il s’agit ensuite, pour justifier la guerre et attirer les colons, de donner une image à une terre, de modeler la géographie et l’imaginaire métropolitain, au détriment des autochtones.

C’est la problématique reprise par le prolongement de l’exposition, décliné en deux sessions (dernier week-end de février et à partir du 10 mars) et qui multiplie les médias pour une approche plurielle. En témoigne le premier spectacle de ce temps fort, concocté par la touche-à-tout Brigitte Fontaine, Pour Kateb Yacine, un hommage mêlant lectures et chants à l’homme de lettres algérien. En donnant la parole directement et indirectement à des personnalités témoins, analystes, parfois victimes ou livrant un point de vue extérieur, on attend de ce « bonus » offert par le Mucem une vision multilatérale d’événements qui ont marqué l’histoire et les hommes des deux côtés de la Méditerranée.

Les deux jours suivants seront consacrés aux projections. A commencer par le documentaire Frantz Fanon, Mémoire d’asile, qui retrace le parcours du psychiatre martiniquais, chef de service de l’hôpital psychiatrique de Blida en 1953, engagé dans l’anticolonialisme aux côtés du FLN et témoin du racisme européen à travers, notamment, les classiques que sont devenus Peau noire, masques blancs ou Les Damnés de la terre. La projection sera suivie d’un débat avec Alice Cherki, interne de Frantz Fanon, elle aussi impliquée dans la décolonisation algérienne.

Le lendemain sera projeté Fort Saganne d’Alain Corneau (1984), dans lequel l’officier éponyme interprété par Gérard Depardieu nous transporte dans le Sahara des années 1910, où sont menés les combats de l’armée française qui s’enfonce dans le Sud de l’Algérie. Entre Paris et le désert, la colonisation et la Grande Guerre, les milieux parisiens et les origines paysannes de Saganne, ce « Lawrence d’Arabie à la française » se veut le kaléidoscope d’un Empire français aux facettes multiples. Ahmed Bedjaoui, critique cinéma et producteur, introduira la projection par une analyse des images et des mots chargés de représentations sur la période coloniale.

Pour le deuxième moment du temps fort, se succéderont pendant cinq jours de nombreux débats et rencontres qui traiteront de sujets allant de la cartographie à la littérature. Ces moments de discussions et de rencontres seront illustrés au cours de la semaine par de nombreuses projections, un spectacle de danse (Paris, Alger, Tombouctou… et retour) ou encore l’installation d’une Boîte à mémoires remplie de nombreux témoignages. Un supplément bien fourni pour aider à comprendre ces pages d’histoire, proches, mais que certains auraient tendance à renvoyer à un lointain passé. Au-delà du devoir de mémoire, donc.

Antoine Bruneton

  • Temps Fort « Algérie, entre la carte et le territoire » : du 26/02 au 13/03 au MuCEM (Quai du Port, Esplanade du J4, 2e). Rens. : 04 84 35 13 13 / www.mucem.org
  • Exposition Made in Algeria : jusqu’au 2/05 au MuCEM.

Le programme complet du temps fort « Algérie, entre la carte et le territoire » ici

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