Attention Danger : un procès pas comme les autres.

Billet de blog
le 13 Sep 2020
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Ce procès retentissant, qui s’ouvre depuis quelques jours et qui va durer semble-t-il plus de deux mois, nous rappelle d’inquiétants et parfois douloureux souvenirs qui semblaient avoir été trop rapidement chassés par de nouvelles alarmes qui envahissent notre quotidien depuis quelques mois.  Les dangers du terrorisme n’ont pas disparu même si les principaux acteurs de DAESH ont été en partie « éliminés ». L’idéologie dont ils étaient porteurs se diffuse toujours dans le monde même si c’est souvent à bas bruit. En cela, la nécessité d’un procès et de sa médiatisation est sans doute indispensable. Cependant il faut, à n’en pas douter, craindre les conséquences de cette surmédiatisation et l’exploitation dont pourrait se saisir des manipulateurs de tous bords.

 

Après ces attentats de janvier 2015, j’ai, avec quelques autres, tenté de comprendre les réactions de ceux pour qui  » je suis Charlie » n’était pas un cri unanime et qui parfois refusaient d’y joindre leur voix. Une vive polémique est alors apparue qui leur contestait parfois leur nationalité française ou, pour les plus jeunes, leurs capacités à s’intégrer.

 

A Marseille, en relation fréquente et souvent amicale avec ces hommes et ces femmes le plus souvent nés et éduqués en France et de nationalité française, j’ai écouté avec attention leurs arguments et leurs hésitations face à la quasi-obligation qui leur était faite de s’afficher publiquement « je suis Charlie ». Dès le samedi 8 janvier 2015, à l’appel de partis et de mouvements plutôt à gauche, et sans attendre un rassemblement plus officiel, nous avons manifesté notre émotion dans les rues de Marseille en compagnie de nombreux habitants des quartiers populaires sans distinction d’origine et d’appartenance religieuse.  Plus qu’un long discours, je me permets de reproduire ci-dessous une partie de la déclaration faite Mohamed Bensaada (Après d’infructueuses discussions avec le Printemps Marseillais il a, en mars 2020, avec quelques amis, présenté une liste aux élections municipales à Marseille dans le 13/14)

“Où commence et où s’arrête la liberté d’expression ? Où commence et où s’arrête la liberté d’insulter, d’humilier et de dénigrer ? Je fais partie de ceux qui pensent que Charlie Hebdo avait le droit de publier ces fameuses caricatures, et qu’il n’était pas nécessaire de lui faire un procès ! Mais je fais aussi partie de ceux qui ne rient pas de tout avec tout le monde ! Non pas que je n’ai pas d’humour, mais je sais faire le distinguo entre le rire bienveillant et fraternel et le ricanement sournois et haineux ! Je ne suis pas Charlie, parce qu’au nom de cette même liberté d’expression j’ai encore le droit de l’être ou de ne pas l’être! Et puis le débat, les débats, ont besoin de sérénité, d’apaisement pour aboutir à des solutions durables… »

 

Ce texte écrits quelques jours après les attentats du 7 janvier 2015 représentent l’opinion de ceux qui, dans les cités marseillaises mais aussi ailleurs, se sont sentis mis à l’écart sinon rejetés parce qu’ils refusaient d’être comme les autres et d’affirmer : « je suis Charlie « .  Dans divers collèges et Lycées de Marseille, des élèves ont également refusé de participer à l’émotion collective qui leur étaient imposée. Ces élèves, aujourd’hui pour la plupart devenus adultes, n’ont pas oublié le rejet et la polémique qu’a engendré leur attitude.

 

Mohamed Bensaada suggérait alors le recours à des débats plus sereins pour aboutir des solutions durables. Le procès des auteurs présumés des attentats, qui sera suivi par d’autres, ne s’ouvre pas à l’automne 2020 dans les conditions souhaitées par Mohamed.

 

Le thème de l’insécurité revient en force et le gouvernement en fait une priorité. Le Ministre de l’Intérieur en rajoute en parlant « d’ensauvagement » et multiplie les opérations coup de poing dans les cités. On connait pourtant, depuis plus de vingt ans, l’inefficacité de ces opérations essentiellement médiatiques.

 

Dans de telles circonstances faut-il alors s’étonner que beaucoup d’habitants de ces cités « sensibles » ne retiennent d’abord que l’incompréhension et souvent l’exclusion dont ils ont été l’objet ?

 

L’inquiétude que j’exprime ici ne porte pas directement envers la plupart de ces habitants qui savent, comme Mohamed Bensaada, mesurer leur propos et leurs gestes. Mais ce retour de mémoire, outre qu’il donne du grain à moudre aux partisans les plus extrêmes, renforcent les sentiments de mise à l’écart d’une partie de nos concitoyens.

 

A Marseille, à l’occasion de la dernière campagne électorale, j’ai avec d’autres, regretté qu’un dialogue plus serein et plus fécond ne permette pas à ces habitants des « zones sensibles » de prendre part plus directement à la vie de la cité.  Il n’est peut-être pas trop tard et à l’occasion des débats que ne manqueront pas de susciter les « procès des terroristes », un dialogue riche peut et doit se développer pour éviter de nouveaux dangers.

 

Nouveaux élus sous l’étiquette du Printemps Marseillais, il ne faut pas attendre et aller à la rencontre de ces marseillais dès maintenant.

Marseille le 7 septembre 2020

Alain FOUREST

 

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