À PROPOS DU CONSEIL MUNICIPAL DE MARSEILLE

Billet de blog
le 13 Déc 2020
0

Retour sur la séance du lundi 23 novembre 2020

 

Le calendrier de la vie institutionnelle de Marseille nous impose de modifier le calendrier de notre chronique dans « Marsactu ». Au lieu de poursuivre, aujourd’hui, comme c’était annoncé, notre réflexion sur l’urbanisme de Marseille par un propos sur l’écologie urbaine dans notre ville, nous nous proposions de revenir sur la séance du Conseil municipal qui a eu lieu le lundi 23 novembre. Toutefois, toujours en raison de l’actualité, nous avons dû encore repousser la publication de cet article, pour rendre compte, dans l’urgence, de la Marche des libertés, qui a eu lieu le samedi 28 novembre, puis d’une manifestation de répression qui a eu lieu au début du mois de décembre.

 

126 dossiers : une quantité insensée

Le Conseil municipal qui se tenait le lundi 23 novembre n’avait pas moins de 126 dossiers à traiter. C’est une quantité insensée : comment étudier plus de cent dossiers en une seule séance de six heures ? Un tel nombre de dossiers inscrits à l’ordre du jour ne peut qu’empêcher un véritable débat et des échanges approfondis entre les élus, ce qui est, pourtant, le rôle d’un conseil municipal. Cela signifie qu’il n’y a pas assez de séances prévues dans l’année pour le Conseil municipal. Prévoir un nombre tellement élevé de points à l’ordre du jour constitue, en soi, une atteinte à la mise en œuvre d’une vie institutionnelle pleinement démocratique, alors qu’instituer une véritable démocratie à Marseille faisait partie des orientations du Printemps marseillais à l’occasion des élections municipales. Pour que puisse s’e mettre en œuvre une véritable réflexion et pour que puisse avoir lieu une véritable un véritable débat, il faudrait prévoir, tout de même, au moins une demie heure par point, ce qui st loin d’être possible dans les conditions actuelles dans lesquelles se tient le Conseil municipal. De plus, enchaîner ainsi un tel nombre de points souvent sans lien les uns avec les autres ne peut que susciter un vague survol sans que les élus puissent exprimer une opinion ni même l’élaborer – et, en ce sens, ils ne peuvent mettre réellement en œuvre le mandat qui leur a été donné par les électeurs/

 

L’urgence et la solidarité

La situation d’urgence que nous connaissons, à Marseille comme partout, en raison de la pandémie a entrainé le retrait de délibérations pourtant essentielles et aussi urgente, comme la discussion sur l’organisation de l’accueil des migrants et des réfugiés. D’une certaine manière, la municipalité avait le choix entre répondre à l’urgence et répondre à la solidarité, et on peut regretter qu’elle ait fait le choix de se plier aux exigences de l’urgence. N’oublions tout de même pas que Marseille a été fondée par Pythéas qui était lui-même un migrant. Par ailleurs, à propos de la solidarité, on peut se demander si l’exonération des commerçants de la taxe municipale, présentée, justement, comme une manifestation de la solidarité municipale dans la crise était la seule expression de la solidarité et si d’autres habitants de la ville n’avaient pas droit, aussi, à des témoignages comparables de solidarité de la ville. Sur ce point aussi, on peut s’interroger sur le choix qui a été fait par la municipalité à l’occasion de cette séance du conseil municipal. Le Conseil communal de santé, institué par le Conseil municipal lors de cette séance, fait, sans doute, partie de ces réponses à l’urgence.

La politique municipale du logement

Parmi les dossiers examinés par les élus lundi dernier, figurait la politique municipale du logement, en particulier sous la forme d’un débat sur la construction de nouvelles H.L.M. L’implantation de nouveaux immeubles n’a pas seulement une signification en termes de solidarité et de s’inscrit pas seulement dans la politique municipale du logement, mais elle s’inscrit aussi dans la politique de l’aménagement de l’espace de la ville. Alors que des immeubles entiers sont vides dans le centre – je pense, en particulier, à la rue de la République, on peut se demander si la construction de nouveaux immeubles, qui risque de dégrader encore davantage le paysage urbain, est la bonne réponse qu’il faut apporter à l’exigence du logement. Sans doute faut-il ajouter à cette question celle de la politique de rénovation urbaine, venue en débat à la suite d’un rapport de S. Ghali (Insoumise). Par ailleurs, la question de l’encadrement des loyers, qui a fait l’objet d’une délibération, montre aussi les limites des pouvoirs de la municipalité.

 

Les pistes cyclables

De la même manière, l’aménagement de nouvelles pistes cyclables, qui est une bonne chose en soi, est une réponse seulement partielle aux exigences de l’articulation entre la politique des transports en commun et la politique de l’environnement. C’est une politique globale qu’il faut élaborer et mettre en œuvre dans ce domaine, une politique articulant la politique des transports en commun, la régulation et la limitation de la place de l’automobile dans la ville et l’aménagement d’espaces cyclables et piétonniers. La municipalité se heurte, dans ce domaine à une autre limitation de sa politique – celle de l’autorité de la métropole qui fait apparaître les conflits entre une collectivité locale conduite par la droite libérale, favorable à la voiture particulière et une collectivité locale conduite par la gauche et les écologistes qui devrait, au contraire engager une politique visant à sa limitation.

Donner à une rue un nom qui rappelle la chute des immeubles de la rue d’Aubagne

Bien sûr, il faut que le nom d’une rue inscrive la tragédie de la rue d’Aubagne dans la mémoire de la ville. La « place Homère », qui se situe dans la rue d’Aubagne, prendra le nom de « place du 5 novembre ».

 

Les limites de la municipalité du Printemps

Cet ensemble de questionnements suscités par la séance de lundi du Conseil municipal fait, en réalité, apparaître les limites de la majorité du Printemps. D’abord, il s’agit des limites que constituent les pouvoirs de la métropole sur la ville elle-même – en particulier quand, comme aujourd’hui, ces deux collectivités locales ne sont pas conduites par des majorités politiquement semblables. Par ailleurs, les propos de la maire au sujet du retrait de certains points de l’ordre du jour de cette séance – « les gens n’auraient pas compris qu’on se chamaille » – sont choquants : une délibération du conseil municipal n’est pas une cour de récréation où des gamins « se chamaillent ». En réalité, ces limites de la municipalité, mises au jour à l’occasion de la séance du Conseil municipal, constituent une sorte d’aveu de faiblesse. Il importe que la municipalité se ressaisisse et mette en œuvre une politique urbaine qui permette réellement la venue d’un printemps marseillais.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire