Après le choc l’insoutenable attente de Noailles

Actualité
Violette Artaud
7 Nov 2018 1

Ce mardi, quatre personnes ont été retrouvées sans vie dans les décombres des immeubles effondrés de la rue d'Aubagne. Dans le quartier, l'attente de l'annonce de ces découvertes macabres se fait pesante. Dans le même temps, les secours tentent de sécuriser le périmètre sur lequel pèse "l'effet domino".

Des riverains de la rue d'Aubagne attendent l'issue des recherches de victimes.

Des riverains de la rue d'Aubagne attendent l'issue des recherches de victimes.

Devant les barrières et les policiers postés rue d’Aubagne, les passants s’amassent. Régulièrement, un groupe de personnes, protecteur, entoure quelqu’un. Au centre, une cousine, une fille ou encore un fils de locataires “du 65”. “Mon cousin est à l’intérieur, il était au deuxième. Je suis allée le signaler à la police mais on nous dit rien, on nous laisse comme ça, sans information, j’ai la rage !”, crie une jeune femme, à bout de nerfs. Au fur et à mesure que la journée avance, le décompte morbide se poursuit. Ce mardi, ce sont trois victimes qui ont été retrouvées dans les décombres, sans vie.

“Nous avons retrouvé un homme ce mardi matin, une femme et puis un autre homme”, égraine le procureur de la République Xavier Tarabeux ce mardi soir. Quelques heures plus tard, un quatrième corps est découvert. Les pouvoirs publics conservent “l’hypothèse des cinq habitants et trois invités” présents dans l’immeuble n°65 au moment de l’effondrement. “Nous procédons actuellement à un protocole de reconnaissance”, ajoute le procureur sans pouvoir donner plus d’information sur les trois victimes découvertes. Quant à l’immeuble n°63, propriété de la Ville et censé être muré,  “des membres de Marseille Habitat nous ont dit être passé jeudi, l’immeuble était vide. Mais il ne s’agit là que de faits.” Et donc, qu’il soit vide, une hypothèse. Par ailleurs, le parquet de Marseille a lancé une enquête pour blessures et homicides involontaires.

Se repasser la matinée

Un peu plus tôt dans les artères qui jouxtent la rue d’Aubagne, les riverains s’arrêtent pour discuter en petit groupe de ce drame qui secoue le quartier. Dans chaque conversation, la question revient sans cesse : qui était présent dans les immeubles lorsqu’ils se sont effondrés ? “Il y avait des gens en situation irrégulière à l’intérieur, ceux-là, personne ne les signalera”, s’inquiète Fatima, qui a vécu à Noailles 35 ans durant. Un peu plus loin, dans l’étroite rue de l’Arc, Mokhtar et Reda, qui vont régulièrement “squatter le 65, sur le toit ou chez un pote”, essayent de reconstituer les heures qui ont précédé la catastrophe. Froidement, ils tentent de se repasser le film de la matinée. “Au premier, hier matin, il y avait la comorienne qui venait de déposer son enfant à l’école, au deuxième, les deux collègues et peut-être un autre gars, ils devaient nous rejoindre mais ils ne se sont pas réveillés. Au troisième, l’Italienne et son pote, au quatrième, les deux gars de la Plaine”, compte sur ces doigts Mokhtar.

Pour nombre d’habitants du quartier, les pouvoirs publics minimisent. Seul le temps permettra de faire un bilan plus précis du nombre de victimes. Mais le sentiment d’injustice, lui, est indéniable dans le quartier. “Ce sont des sans argent, parfois seul qui vivaient là. Ils étaient piégés dans cet endroit et vivaient au jour le jour, avec ce qu’il y a. Ça me révolte de voir que la mairie de Marseille s’occupe du 7e, du 8e et du 9e et que les autres peuvent crever”, ne tient plus Gabrielle, une riveraine. Pour l’heure, la mairie du 1/7 encaisse l’afflux de familles évacuées.

Une centaine de familles relogées

Depuis ce lundi fin d’après-midi, ses administrés défilent dans ces locaux de la Canebière qui se sont transformés en centre d’accueil, d’aide et d’information pour les familles et les personnes dont le logis est situé dans le périmètre de sécurité. La Croix rouge y effectue une permanence de soutien psychologique. Ce mardi en fin d’après-midi, la grande salle de la maire de secteur est bondée. Parmi la centaine de personnes présentes, Kdiss attend des informations. Il habite au n°4 de la rue Jean Roque situé dans le périmètre de sécurité. Depuis sa fenêtre, il a vu les immeubles de la rue d’Aubagne s’effondrer.

“C’était impressionnant. Hier [lundi, Ndlr], je suis venue m’enregistrer ici, on m’a donné un papier et j’ai été logé dans un hôtel du 15e avec mon cousin. De toute façon, on a pas le choix, c’est pour la sécurité”, poursuit-il, résigné, sans savoir de quoi seront faits les prochains jours. Outre les accueils en hôtel, la mairie de Marseille assure avoir saisi “l’association régionale des organismes HLM de Provence-Alpes-Côte d’Azur et Corse [qui] coordonne et centralise les demandes de logement. Celles-ci seront transmises aux différents bailleurs sociaux marseillais ainsi que d’autres organismes qui ont proposé leur aide”.

Ce lundi soir, selon Alain Bonnardel, directeur général des services de la mairie du 1/7, 105 personnes ont été relogées dans des hôtels. Ce mardi, le procureur de la République estime que ce chiffre s’élève à une centaine… de familles. En effet, le périmètre de sécurité a été étendu entre-temps.

Effet domino

Selon les secours, il s’agit de “mesures de sécurité préventives” mais le risque d’un “effet domino” pèse encore sur les opérations qui concerne désormais tout l’îlot. “Le périmètre de sécurité impacte dix bâtiments. Ce périmètre est défini par précaution. Tous ces bâtiments sont donc considérés comme fragilisés. Je dis bien considérés et ne parle pas de leur état mais de leur situation par rapport à ceux qui se sont effondrés. Mais à partir du moment ou trois immeubles s’effondrent…”, détaille sans finir sa phrase le chargé de communication des pompiers qui pèse ses mots.

“Le travail continu en liaison avec la mairie et des experts pour vérifier les conditions exactes de fragilité des immeubles attenants aux trois qui se sont effondrés. Il y a encore des risques et nous menons des expertises pour s’assurer qu’il n’y ai pas de nouvel effondrement ou alors pour y être préparé”, confirme le préfet Pierre Dartout, lors du point presse à quelques mètres du poste de commandement. Il fait face à une nuée de caméras, notamment des chaînes d’info en continu qui sont là du matin au soir. Un peu plus tôt dans l’après-midi, un sauveteur glissait : “Ils ont mis le paquet sur les moyens pour que ça se voit. Mais nous sommes plus que nécessaires”.

Pour le moment, les secours concentrent leurs attention sur les immeubles 61, 69, 71, qui entouraient les trois immeubles disparus. Quant aux éventuels survivants, plus le temps passe, plus s’amenuisent les chances d’en retrouver.

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