À Marseille, pas besoin d’arrêté anti-burkini pour se faire sortir de l’eau

Décryptage
Clémentine Vaysse
25 Août 2016 34

Des altercations ont eu lieu sur la plage du Prophète ce jeudi après-midi après que des femmes voilées ont dû sortir de l’eau. Pourtant, contrairement à ses voisines, la ville de Marseille n’a pas pris d’arrêté « anti-burkini ». Mais la municipalité et la préfecture de police renvoient à un paragraphe de l’arrêté municipal sur la baignade interdisant les vêtements amples.

La plage du Prophète, habituellement calme, a connu un après-midi de tempête ce jeudi.  « 21 flics (après les avoir comptés) présents pour sortir de l’eau une femme voilée », s’indigne une internaute sur les réseaux sociaux. Contactée, la préfecture de police confirme des incidents : « Il y a eu aujourd’hui à plusieurs reprises des altercations sur la plage autour de femmes voilées qui se baignaient, nous indique-t-on. Un policier leur a demandé de sortir pour des raisons d’hygiène et d’entrave au sauvetage et elles ont refusé. Des éclats de voix ont ensuite eu lieu alors qu’elles se plaignaient de la demande auprès de policiers. Des renforts ont été envoyés mais n’ont pas eu à intervenir ». Des événements similaires se sont reproduits un peu plus tard dans l’après-midi avec implication de personnes tierces venues défendre les femmes voilées ou au contraire soutenir les forces de l’ordre.

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Faire sortir une femme voilée de l’eau, sous quel motif ? Marseille n’a pas pris, à l’instar de ses voisines de Cassis ou La Ciotat, d’arrêté municipal interdisant explicitement la baignade en « burkini », tenue de nage comportant un voile, et même leur port sur la plage. « Il y a un arrêté municipal qui interdit la baignade habillée pour des raisons d’hygiène et d’entrave potentiel au sauvetage », justifie-t-on à la préfecture de police.

« C’est un texte que l’on prend chaque année pour les zones de baignade surveillées, précise Didier Réault, adjoint chargé de la mer, du nautisme et des plages. L’année dernière, nous avons eu quelques cas de sauvetage problématique alors nous avons ajouté une mention sur les vêtements ». Un article a donc été ajouté, précisant : « Le port d’une tenue de bain est obligatoire pour tous les baigneurs. Elle ne devra pas entraver l’aisance dans l’eau et constituer un frein au sauvetage. »

L'arrêté pris par la mairie.
Extrait de l’arrêté pris par la mairie en date du 30 mai.

D’après le récit indirectement recueilli par Marsactu, et contrairement au motif invoqué par La Provence, c’est aussi pour des raisons de « sécurité » que deux jeunes filles auraient été rappelées à l’ordre par un sauveteur le 12 août sur les plages du Prado, avant que la police n’intervienne et embarque la mère de l’une d’elle suite à un outrage.

Côté Ville, responsable des surveillants de plage, on assure qu’aucun mot d’ordre particulier n’a été transmis par rapport au burkini. « C’est dans l’arrêté, ils le savent et c’est leur travail de rappeler les règles, défend Didier Réault. Le problème est le même avec n’importe quel vêtement, comme un ouvrier qui viendrait se baigner en combinaison de travail. Tout le monde vient à la plage comme il veut, mais la question c’est la tenue appropriée dans le sens sûr pour se baigner. » Si on suit sa logique, dans la mesure où un burkini peut être est près du corps – à la différence par exemple du djilbeb de bain qui est plus ample – les sauveteurs pourraient alors considérer qu’il n’entrave en rien le sauvetage.

Aux yeux de l’élu, les arrêtés qui ont été pris spécifiquement contre les burkinis ces dernières semaines « ne sont pas apaisants ». Sous-entendu, ils alimentent la polémique. À ce sujet, Jean-Claude Gaudin a déclaré « attendre la décision du Conseil d’État » concernant l’arrêté de Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes). Le maire de Marseille a expliqué à France Bleu Provence : « Ma fonction de maire, c’est de faire vivre ensemble des communautés. (…) Nous avons eu quelques cas isolés qui ne méritent pas que je prenne un arrêté ». Le sénateur-maire LR de Marseille a également confié que « mettre une signature au bas d’un arrêté municipal n’était pas compliqué. Le plus difficile, c’est de le faire appliquer. »

Dans le même temps, ses services – et la police nationale – font pourtant appliquer une mesure aux effets voisins, même si la laïcité ou le contexte des attentats n’est jamais invoquée pour la justifier. Vous êtes désormais prévenus : en cas de coups de soleil catastrophiques, n’essayez pas d’aller nager tout habillé, vous pourriez vous faire siffler. Surtout si vous êtes en djellaba.

34
commentaires

    • MagnavalMagnaval

      Justement, pour avoir lieu, comme toutes les processions sur la voie publique, ce pèlerinage doit être autorisé par arrêté municipal pour ne pas contredire aux dispositions de la loi de 1905.
      Vous reconnaissez donc que l’exhibition de ces tenues de bain ostentatoires a bien un caractère religieux…

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    • Benjamin TubianaBenjamin Tubiana

      Une procession occupe l’espace public. Un vêtement non. Et on a le droit d’affirmer ses convictions (qu’elles soient religieuses ou pas n’a aucune importance : laïcité) en public, c’est même un droit fondamental (coucou la Déclaration de 1789, celle de 1945, la Convention européenne des Droits de l’homme, etc.).
      Si un vêtement vous dérange, une astuce : occupez vous des vôtres et regardez ailleurs.

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  1. JL41JL41

    Excellent cette photo, je la verrais bien introduire l’article de Clémentine.

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  2. CAN L2CAN L2

    Il faut une sacrée dose de naïveté pour ne voir dans cette soudaine volonté de se baigner entièrement vêtue de la part de femmes, une explosion de la foi musulmane.
    La supériorité historiquement démontrée au cours des siècles des courants barbares sur les démocraties doit inciter à faire preuve de fermeté pour notamment un de ses piliers qu’est l’égalité homme femme et transgenre.

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    • Benjamin TubianaBenjamin Tubiana

      « La supériorité historiquement démontrée au cours des siècles des courants barbares sur les démocraties »
      Wow, quelle foi en la démocratie dites moi… Tellement la foi que vous pensez faire progresser les libertés en les restreignant.

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  3. ClaudiaClaudia

    Cela n’a rien à voir avec l’islam. J’évolue quotidiennement avec des musulmanes pratiquantes et cela ne pose aucun problème. Ces personnes sont appréciées pour leurs qualités et leur valeur et personne ne les ennuie. Mais là il s’agit d’islam politique et les français n’en veulent pas. Ces femmes bachees sont des militantes d’ une idéologie totalitaire d’ailleurs combattue dans les pays où les femmes subissent la charia. Des chemises noires ou brunes produiraient le même effet. Il s’agit d’un étendard politique.

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    • Benjamin TubianaBenjamin Tubiana

      C’est fantastique ce jugement à l’emporte pièce entre les bons musulman·e·s qui font les choses comme vous aimez et les autres… Ça sent pas du tout les colonies…

      « militantes d’ une idéologie totalitaire » : bien sûr, faites parler les gens sans leur demander leur avis.
      Tu viens à la plage comme tu veux et te voilà catapulté·e « totalitaire »… par des gens qui veulent régenter les vêtements. 100 % cohérent

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    • Lisa CastellyLisa Castelly

      Une petite précision : en l’occurence, et comme sur les photos de Nice qui ont fait le tour du monde, il n’est pas question de femmes « bâchées », mais bien de femmes se baignant avec une tunique plus ou moins ample et un foulard noué autour des cheveux comme on le voit sur la photo. Un usage, qui, il me semble, mais peut être que je m’avance un peu trop, n’a rien de bien nouveau. Il n’est pas ici question d’une tenue pouvant ressembler de près ou de loin à un niqab ou une burqa.

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    • Benjamin TubianaBenjamin Tubiana

      Un Égyptien et… donc ? Toujours pas la voix des personnes concernées. On décide qu’elles sont wahhabites maintenant parce qu’elles se voilent mais on leur demande toujours pas leur avis.
      (Et au passage : elles pourraient l’être que je vois pas trop ce que ça changerait. Une démocratie n’interdit pas un courant de pensée, même ultra-conservateur…)

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  4. FanetteFanette

    Donc, le burkini « classique » près du corps ne déroge en rien à l’arrêté municipal de Marseille ?

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    • Lisa CastellyLisa Castelly

      On est en droit de penser que non …

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  5. Guillaume NicoGuillaume Nico

    Juste pour info : j’ai vérifié auprès des « autorités compétentes » et le burkini ne tombe effectivement pas sous le coup de cet arrêté.

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  6. JL41JL41

    Un point de vue de plus : « la très critique maire PS de Paris, Anne Hidalgo, a fustigé la polémique en cours. «Aller chercher un sujet comme celui-là et le poser comme l’alpha et l’oméga autour duquel toute la vie politique française et internationale devrait tourner et se positionner…» a-t-elle soufflé, avant d’ajouter: «Je trouve que l’on est dans une sorte d’hystérie médiatique et politique qu’il faut arrêter.»
    http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/08/25/25002-20160825ARTFIG00147-burkini-anne-hidalgo-reclame-l-arret-de-l-hysterie-mediatique-et-politique.php

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  7. Paul DenmanPaul Denman

    A Corbière on se croirait en Iran, alors arrêtez de généraliser les bobos du 8eme! MarsActu aussi devrait sortir du Prado.

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    • Benjamin TubianaBenjamin Tubiana

      La différence avec l’Iran c’est qu’en France, ce sont les gens eux-mêmes et en l’occurrence les femmes qui choisissent quoi porter. Enfin, jusqu’à ce que des arrêtés municipaux viennent leur dire : là on sera vraiment comme en Iran.

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    • Electeur du 8eElecteur du 8e

      @Benjamin. Mouais, je voudrais bien savoir dans quelle mesure il s’agit d’un « choix » individuel et personnel. C’est une supposition qui résulte d’une lecture occidentale des choses. L’avantage d’un point de vue égyptien, c’est que sa lecture est culturellement différente de la nôtre.

      Si la liberté individuelle, voire l’individualisme, règnent dans nos sociétés occidentales, c’est loin d’être le cas partout. Dans les pays arabes, que je connais un peu, et pas seulement en touriste, la pression sociale prend le pas sur les choix individuels…

      Si la démocratie n’interdit aucun courant de pensée, même ultra-conservateur, c’est peut-être aussi sa faiblesse quand certains profitent de cette liberté pour faire du prosélytisme et imposer une « vérité » présentée comme absolue (comme nous le faisons d’ailleurs, en réaction plus que maladroite, avec ces stupides arrêtés anti-« burkini »).

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  8. Paul DenmanPaul Denman

    De plus le Burkini date de dix ans et n’est arrivé ici qu’il y a 4 ou 5ans. Autrement celles qui le portent soudainement ne l’ont jamais porté auparavant. C’est de la provocation pure et simple. Vous voulez voir des photos de magrébines sur les plages du prado dans les années 90 (elles sont pour la plupart topless)??? Ou vous voyez le racisme hystérique que depuis 5 ou 6ans?

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    • Benjamin TubianaBenjamin Tubiana

      Et ? Les gens font ce qu’ils veulent non ? Si c’est de la « provocation » (encore une fois, on prend même pas la peine de demander aux concernées leurs avis), une astuce subtile pour éviter ce piège machiavélique : ne réagissez pas.

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  9. Laurent MALFETTESLaurent MALFETTES

    Les points de vue sont difficiles à (ré)concilier. Le mien est que la loi doit être appliquée et j’attends avec beaucoup d’intérêt la décision du Conseil d’État. En attendant, je note que Najat Valaud Belkacem, Marisol Touraine ou encore Clémentine Autain sont hostiles aux arrêtés anti-burkinis. Trois femmes intelligentes et non suspectes d’anti-féminisme. Cela doit nous faire réfléchir.

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  10. CehereCehere

    La plaie le communautarisme, d’un côté comme de l’autre. C’est un échec de l’idéal républicain Français.
    Quant aux femmes qui se baignent tout habillées, les défenseurs du « chacun fait bien ce qu’il veut », ça ne les interpelle pas de voir les dames comme ça pendant que les hommes se dorent tranquillement la pilule en short (comme tout le monde) ?

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    • PierrePierre

      @Cehere : Bien sûr que c’est choquant, mais pas plus que de savoir que les tâches domestiques en France sont assurées à 80% par des femmes.
      Doit on pour autant légiférer sur le temps d’utilisation par sexe du fer à repasser ?
      Bien sûr que non !
      Si ces femmes veulent s’habiller aussi chaudement, c’est peut être ridicule mais c’est leur problème.
      Si on les oblige à se vêtir de la sorte, qu’elles déposent une plainte, qu’elles quittent leurs maris.
      Le précepte vaut aussi pour les tâches ménagères.
      Comme pour la répartition des tâches ménagères, tout passe par l’éducation et le modèle de société proposé, les lacunes et les manques sont à chercher là.
      C’est plus difficile que de sauter à pieds joints dans le piège de ce qui est, au pire, une ridicule provocation.

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    • Benjamin TubianaBenjamin Tubiana

      1. Faudra expliquer en quoi aller à la plage avec plein d’autres différents autour ça a un rapport avec du « communautarisme »… Par contre, celles et ceux qui ne supportent pas d’être en présence du femme voilée à côté d’eux…
      2. La liberté de s’habiller comme on veut ne dispense pas d’une réflexion sur les rôles de genre et les injonctions qui pèsent particulièrement sur les femmes. Mais à ce titre, ne parler que du « burkini » est ridicule voire hypocrite : des talons hauts au culte de la minceur, les injonctions sont partout !
      Sans parler de la méthode : vouloir libérer des gens en leur interdisant un choix, comment cela peut-il être crédible ?

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  11. RenardsauvageRenardsauvage

    Je pense qu’il faut se calmer et tolérer la baignade habillé. Cela ne dure pas longtemps deux mois au plus et ces femmes ne portent pas atteinte å l’ordre public, l’hygiène c’est une affaire privée et pour le sauvetage en mer, il est vrai que cela ne doit pas être commode mais elles ne doivent pas s’aventurer bien loin dans cet attelage. Personnullement, j’aimerais qu’elles adoptent les us et coutumes de leur pays mais si célastique doit devenir une affaire d’État je leur laisse leurs vêtements et je pense au paiement de mes impôts. N’avon se sur nous pas

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    • neomarsneomars

      En piscine on interdit le maillot short aux hommes pour raison d’hygiène (qui reste commune: nous partageons un espace de baignade), on ne construit / décore pas les façades de nos maisons ou appartements comme on le souhaite au motif de l’harmonie générale, les autorités assimilent très vite la nudité pourtant ultra-naturelle à l’exhibitionnisme empêchant quasiment le naturisme, on ne peut pas faire l’apologie de la « religion – courant de pensée » nazie, etc. notre société est déjà remplie d’interdits restreignant notre liberté, sans que cela en fasse une affaire d’Etat. Edicter une règle de plus ou de moins de changera pas la face du monde, même si ça mérite discussion. Pour autant, je ne crois pas que ça va passer tout seul après 2 mois, sinon ça fait longtemps que ça aurait du passer. La vraie question est pourquoi le modèle républicain français avec ascenseur social, égalité des sexes, laïcité, démocratie … ne séduit plus ? Est-ce qu’une femme peut quitter son mari qui la contraint ? Pour quel foyer , quel logement ? Avec quel revenus ? Avec quelle protection policière ? Le choix de Jacqueline Sauvage est édifiant.

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  12. RenardsauvageRenardsauvage

    D’autres questions plus importantes vont certainement nous préoccuper et parler ne sert à rien, il faut accepter l’autre et penser à améliorer notre pays.

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  13. VéroniqueVéronique

    Je ne nie pas que certains courants de l’islam fondamentaliste existent bien. Mais j’ai constaté qu’à chaque fois qu’une polémique naissait sur le port du voile (dans toutes ses modalités que je ne connais pas dans leurs détails) dans les semaines qui suivaient le nombre de femmes en portant dans la sphère publique augmentait, comme une réaction identitaire à la stigmatisation et l’humiliation des musulmanes. Autrement dit en alimentant les débats sur le voile, la burqa, le burkini… on ne fait que renforcer la réaction identitaire de certains musulmans. Autrement dit encore les conceptions « extrémistes » se renforcent les unes les autres!
    Le conseil d’Etat aurait dû clore le sujet mais les hommes politiques eux mêmes ne respectent pas la légalité, la Constitution, et les textes de droit internationaux. Ce que les grandes ONG de défense des droits de l’Homme comme Human right watch, Amnesty international et la Ligue des droits de l’homme ont rappelé. Il est pitoyable de voir que nos hommes politique s’assoient sur les grands principes des droits de l’Homme alors même que la France en serait la patrie… ou plutôt en était il y a fort longtemps.

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    • VitroPhilVitroPhil

      Tout à fait d’accord le sage arrêt du conseil d’état aurait du couper court à cette affaire lamentable.

      Au lieu de cela un ancien président de la République souhaite jeter le bébé (de l’état de droit) avec le (maill)ot de bain !
      C’est proprement terrifiant.

      Tout cela ne fait que monter inutilement la tension et les crispations identitaires, tout cela sous les yeux incrédules du monde entier.

      Rien de mieux pour encourager les terroristes à frapper encore et encore : à chaque fois nous nous divisons un peu plus et sommes tenté d’enfreindre nos principes les plus essentiels.

      STOP !

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    • JL41JL41

      « Au lieu de cela un ancien président de la République souhaite jeter le bébé (de l’état de droit) avec le (maill)ot de bain ! C’est proprement terrifiant. »

      Oui VitroPhil, c’est terrifiant de la part d’un ancien chef de l’Etat !

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  14. Laurent MALFETTESLaurent MALFETTES

    D’accord avec ces derniers commentaires. Comme dirait François Baroin, le discours de cet ancien président de la République est « un élément de terreur » pour notre démocratie.

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