À la région, les syndicats de nouveau unis contre la réduction de la prime de fin d’année

Actualité
le 10 Jan 2020
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Afin de lutter contre l'absentéisme, la région a décidé de diminuer la prime de fin d'année des agents à partir d'un trop grand nombre de jour d'absence pour maladie ordinaire. Les syndicats y voient une atteinte à leur régime indemnitaire.

Ils étaient une petite centaine jeudi matin à agiter leurs drapeaux sous les fenêtre de leur président Renaud Muselier. L’intersyndicale des agents de la région est repartie en guerre en ce début d’année contre le projet de modification de leur prime de fin d’année (PFA). Un mail reçu par les agents fin décembre a relancé un bras de fer amorcé quelques mois plus tôt.

Début 2019, déjà, la collectivité avait soumis le principe de diminuer la prime en question à partir de six jours d’absence pour maladie ordinaire sur une année. Une façon selon la présidence de région de « lutter contre l’absentéisme », lequel représenterait chaque année 18 millions d’euros à la région. En mars, le projet avait été retiré après une très forte mobilisation, l’équipe de Renaud Muselier reconnaissant « un vrai déficit de communication » et promettant de relancer un dialogue plus serein.

Finalement, le mail de décembre dernier a annoncé aux agents que la réforme serait mise en place dès ce 1er janvier, avec néanmoins un seuil différent. Désormais, à partir de 11 jours d’absence pour maladie, un décote de 50 euros par jour d’absence sera prélevée sur cette prime de 2141 euros brut stipule le courrier. Au 30e jour d’absence, la prime serait donc complètement supprimée. Ne seront pas concernées les absences pour maladie ordinaire « à la suite d’une hospitalisation, congé longue durée, accident de travail, accident de trajet, maladie professionnelle, congé longue maladie, affection de longue durée » et autre absences autorisées.

« C’est la petite maladie qui est visée »

« On a appris ça par mail à la veille des vacances, déplore Frédéric Quet de la FSU, syndicat majoritaire à la région. Renaud Muselier avait promis du dialogue, mais il n’y en a pas eu, on a quitté la table des négociations, les débats ont été plutôt houleux ». Les représentants de l’intersyndicale ont été reçus par le directeur de cabinet du président, sans obtenir satisfaction. Ils demandent de nouveau la suspension de cette décote.

« Avec ce nombre de jours, c’est la petite maladie qui est visée », pointe aussi Magali Escot pour la CGT. « On en viendra à venir travailler avec le rhume pour ne pas perdre sa prime », s’étouffe Frédéric Quet qui raille le « docteur Muselier » : « Les médecins-contrôle valident la majorité des arrêts maladies, ça veut dire que même à eux on ne leur faire pas confiance ? ». 

« Un équilibre fragile » dans les conditions de travail

Tous les syndicats se disent néanmoins prêts à discuter du problème d’absentéisme au sein de la collectivité qui emploie 6000 agents, dont la majorité dans les lycées. Au printemps, deux enquêtes ont été menées par le cabinet d’audit KPMG auprès de 3100 agents sur les questions de qualité de vie au travail et des risques psychosociaux, que Marsactu a pu consulter. Toutes deux présentent des bilans mitigés : sur la plupart des indicateurs, les agents se disent satisfaits de leur emploi à plus de 70 %. En revanche de forts facteurs de stress sont mis au jour et un « équilibre fragile » en terme de risques psychosociaux, liés, selon KPMG au « contexte organisationnel ».

Et notamment à « l’absentéisme, sa gestion, ses conséquences ». Si d’un côté, le cabinet pointe « des pratiques abusives sur le recours aux arrêts de travail (…) qui sont devenues au fil du temps une norme de fonctionnement pour certains agents » il met en balance le « report de charge (…) générant une concentration de la charge de travail sur quelques agents » et « un fort déséquilibre au sein des collectifs et donc des tensions et conflits » aggravés par « une politique de remplacement qui permet difficilement de prendre en compte les remplacements de courte durée ». 

« Il y a une baisse constante des effectifs : plus on nous pressure, plus on nous fragilise, plus on sera absents », commente Magali Escot. « Taper sur les fonctionnaires n’arrange rien à la situation », appuie Frédéric Quet pour qui il faut avant toute chose travailler sur la qualité des conditions de travail et aux « causes profondes » de l’absentéisme.

« Mesure incitative » ou atteinte aux droits des agents ?

Dans le mail envoyé aux agents, le directeur des ressources humaines assure que la nouvelle règle de calcul fait partie d’un « ensemble de mesures qui ont vocation à se compléter », inspirés par les résultats de ces audits. « Je ne doute pas de votre compréhension de la nécessité qu’une modulation de la PFA trouve à s’inscrire dans ce cadre général », écrit-il, présentant la décote en cas d’absences répétées comme une « mesure incitative » pour faire diminuer l’absentéisme.

Sans surprise, l’argumentation ne prend pas chez les syndicats qui y voient d’abord la diminution d’un avantage salarial instauré depuis 35 ans, qui plus est sur des critères liés à la santé. L’intersyndicale se donne comme date butoir le 16 janvier, pour les vœux du président de région, afin d’obtenir la suspension de la mesure. « Aux vœux, nous saurons lui dire ce qu’on pense, prévient Frédéric Quet. Et à partir de là, s’ils maintiennent la mesure, nous préparerons une action en référé devant la justice ». 

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    « On en viendra à venir travailler avec le rhume pour ne pas perdre sa prime. » Allo ? Je lis mal, ou je lis bien ce que je lis ?

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    • N SV N SV

      Je me suis fait la même réflexion. C’est sur qu’un petit rhume c’est hautement handicapant !

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    • Malaguena/Jeannine Malaguena/Jeannine

      et bien si pour un rhume on s’absente!! Et la prime c’est lorsque l’on a travaillé, même si l’on est « honnêtement » malade, il est normal de ne pas avoir cette prime, puisque elle est versée en fonction du travail fourni. Alors la CGT n’a qu’à demander qu’elle soit intégrée dans le salaire!!. Tout au long de ma carrière j’ai été CFDT puis CGT et dans mon entreprise c’était la même « rengaine » la CGT voulait que la prime de productivité soit automatiquement versée aux salariés en maladie. Que n’ai je pas entendu car j’estimais anormal ce souhait

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  2. N SV N SV

    Marsactu, un petit rappel sur les tenants et aboutissants de cette prime svp ? Le montant me paraît substantiel, que vient elle récompenser ?

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  3. zebulon13 zebulon13

    Bonjour,
    A la ville de Marseille, la prime de fin d’année est divisée en une partie fixe et une autre variable en fonction des jours d’absence pour maladie.
    Cela fonctionne très bien et permet d’éviter les arrêts maladie pour un nez qui coule 🙂
    Maintenant il certain qu’il faille travailler sur les causes de l’absentéisme.
    D’autre part il faut que les syndicats arrêtent de penser qu’un avantage lié à une rémunération annexe est un dû pour l’éternité. Comme pour le système des retraites, il faut savoir s’adapter.
    Pour faire un aparté et sur ce dernier sujet, les syndicats se trompent de combat. Ce n’est pas la réforme qu’il faut combattre mais plutôt la distribution des richesses…..

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    • Piou Piou

      Le principe de la PFA est un avantage collectivement acquis, cf. article 111 de la loi 84-53 portant statut de la FPT.

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    • Zumbi Zumbi

      Tous les calculs montrent que cette réforme des retraites aboutirait à une baisse très nette, parfois massive, des rémunérations et à une explosion de la pauvreté chez les retraité.e.s. C’est précisément corrélé de la distribution, de plus en plus férocement inégalitaires !
      Pendant ce temps-là les indices boursiers vont de record en record. Pour que les gens qui sont derrière ces chiffres, il est intolérable que celles et ceux qui ont travaillé pour de petits et moyens salaires profitent dignement de leur temps libre avant de mourir.
      Nous ne nous adapterons jamais à cela, ni pour nous ni pour nos enfants et petits-enfants. Nous sommes affreusement conservateurs.trices, n’est-ce pas : pour le suffrage universel (cette calamité : des gens qui sont même pas experts de bfm), pour la Sécu (cette calamité : on soigne des gens sans même vérifier d’abord leur police d’assurance), l’école publique et gratuite pour tous sans considération de pouvoir d’achat ou de religion (cette calamité : nos enfants sur les mêmes bancs que la racaille)…
      Nous ne nous adapterons pas.

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    • Manipulite Manipulite

      C’est vrai qu’il faut s’inspirer du modèle de GRH de la ville de Marseille « cela fonctionne très bien »😊
      Lire les rapports CRC ,enquêtes du PNF …

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  4. Piou Piou

    L’administration dispose de moyens pour vérifier le bien-fondé des arrêts maladie (contre-expertise médicale), dont elle ne fait usage que trop rarement.

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    • Pelren Pelren

      C’est ça, on va demander systématiquement une contre-expertise pour un rhume de 2 ou 3 jours !.. et, pourquoi pas, pour un mal de tête ?

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Nous pourrions aussi leur donner une prime pour commencer à travailler aussi.

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  6. Manipulite Manipulite

    Les gaspillages de Muselier et de ses sbires sont sans commune mesure avec les « avantages »dont disposent les agents régionaux et qui sont des droits acquis fixés par la loi.
    En sanctionnant financièrement les malades, Muselier ne résoudra pas la question de l’absentéisme car les causes sont beaucoup plus profondes et tiennent beaucoup au management (cabinet de Muselier/ direction générale) et largement démontré par les études KPMG.
    Se donner le profil de patron de choc et recueillir les bravos de ceux qui jalousent les fonctionnaires, à défaut d’en faire partie, est facile.Il suffit de voir certains commentaires ici.
    Le signataire du mail de Noël 🎄 annonçant brutalement les sanctions sans concertation n’est pas la DRH mais le Directeur général adjoint (un parmi d’autres) ancien DG de l’office HLM de Marseille (un modèle de gestion ? ) quand Muselier était le fidèle 1er adjoint de JCG.

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  7. Brallaisse Brallaisse

    Manipulite, la langue française est extraordinaire de nuances. On peut travailler comme comptable chez Carrefour ou être employé comme comptable au conseil régional. Sentez vous cette légère nuance de l’employé à vie, quasiment invirable au rendement économique aléatoire et qui coûte très cher à la collectivité pour un service minimum et quand on lui demande de faire un effort s’estime harcelé
    Je veux bien tout ce que vous voulez mais au bout d’un moment cela suffit.

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  8. Brallaisse Brallaisse

    D’ailleurs aujourd’hui dites moi ce qui est trendy, dans le vent ou encore le nec ultra du chic. Être communiste dans une administration ou une entreprise d’état dans laquelle vous êtes employé à vie, avoir des avantages en béton comme partir à la retraite à 55 ans et tout ceci financé bien entendu par les autres. Et en plus ne prendre aucun risque et n’être pas sanctionnable même en emmerdant la terre entière par égoïsme corporatiste. Quand à jalouser les fonctionnaires, non merci. Car si cela a été votre ambition ou votre réalisation je vous plains. Sauf si bien sur vous parlez de la haute fonction publique, mais la nous ne parlons plus de la même chose.

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    • Manipulite Manipulite

      Et voilà la démagogie populiste à l’oeuvre.
      Un fonctionnaire ( tous ne sont pas communistes n’ayez pas peur 😨 ) est d’abord au service du public et non d’intérêts privés tout à fait respectables.
      Seulement pour garantir sa neutralité il a un statut issu du CNR (Conseil National de la Résistance ça vous dit quelque chose ?)
      Pour accéder à la Fonction publique il faut passer (et réussir) des concours sélectifs.
      Quant à la comptabilité de Carrefour et celle d’une administration gérant l’argent public il y a des différences qui vous semblent inconnues. Fin de discussion.

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  9. barbapapa barbapapa

    Quelque chose ne tourne pas rond, à la Ville, à la Métropole, à la Région, au département, les arrêts maladie atteignent des sommets tels qu’il est plus qu’évident qu’il s’agit très souvent de vacances déguisées. Vacances prises sur le dos des collègues qui doivent assumer le boulot dans des conditions extrêmes, payées par les collègues qui cotisent à l’assurance maladie…Le service public n’est pas rendu comme il le faudrait…Les médecins qui signent des arrêts maladie à tour de bras sont « intouchables » et impunis, il faut bien à un moment remettre les choses en ordre, sinon ce sont tous les salariés qui vont se mettre en maladie ??? Que proposent les syndicats qui s’offusquent le la mesurette anti-absentéisme ? S’attaquer aux causes de l’absentéisme, parce que travailler c’est dur ?

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  10. Brallaisse Brallaisse

    Quand vous parlez de neutralité syndicale cher manipulite vous ne parlez pas de Paca j’espère car en terme de neutralité entre FO et la CGT vous me faites mourir de rire. Concernant le recrutement à la région, à la mairie ou au département le mot clientelisme vous est sans doute inconnu’ même avec un concours
    Concernant le CNR faites une question trottoir à la sortie des trois dernieres institutions et vous serez surpris des réponses et même ailleurs

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  11. corsaire vert corsaire vert

    Aucun syndicat n’envisage plus la revendication suivante :
    Intégration des primes dans le salaire qui compteront pour la retraite( mise à mal en ce moment) …
    Vieille militante je me suis toujours battue pour cette revendication dont les salariés ne mesurent pas l’importance : la prime c’est du vent , un pourboire qui dépend du bon vouloir du patron : la preuve ! et en plus c’est imposable !!!

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