À droite comme à l’extrême-droite, on joue le contraste avec le parachuté FN Lacapelle

Actualité
le 2 Juin 2017
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L'arrivée de Jean-Lin Lacapelle (FN) dans la 12e circonscription a polarisé l'élection autour de ce parachutage. À droite et au sein même de l'extrême-droite avec le soutien de Jean-Marie Le Pen, on se lance dans la guerre de légitimité tout en se plaçant sur les mêmes thématiques politiques.

Jacques Clostermann, candidat de l'Union des patriotes entouré par Jean-Marie Le Pen et son suppléant, Jean-Marie Verani.

Jacques Clostermann, candidat de l'Union des patriotes entouré par Jean-Marie Le Pen et son suppléant, Jean-Marie Verani.

« Toi aussi, tu es non inscrite ?! » Au premier étage de la salle Saint-Exupéry de Marignane, Jean-Marie Le Pen interpelle mercredi soir Élisabeth Philippe, conseillère régionale qui a quitté le Front national, un parti dont il est lui-même en marge. Le presque nonagénaire, militant « tant que je respire », est venu soutenir Jacques Clostermann étiqueté « union des patriotes » contre le candidat officiel du FN, Jean-Lin Lacapelle, dans une douzième circonscription très symbolique, qui inclut notamment Marignane et Vitrolles.

En campagne avec le sénateur-maire de Fréjus David Rachline le jour-même, Lacapelle a eu le don d’agacer celui que la justice a rétabli comme président d’honneur du parti. « Il dit que je ne représente rien, lâche-t-il devant un poster orné de la flamme du FN. Je suis député de cette circonscription en tant que député européen de Rhône-Alpes et de Provence-Alpes-Côte d’Azur [et de Corse, ndlr]. Mais peut-être, comme il était chez L’Oréal il y a quelques mois encore, qu’il l’ignore. Monsieur Lacapelle aura l’occasion de voir que je pèse encore quelque chose. »

Un dissident pour « faire battre » Lacapelle

Jean-Marie Le Pen soutient donc Jacques Clostermann, lui aussi en rupture avec la galaxie frontiste après avoir été membre du Rassemblement bleu Marine aux côtés de Gilbert Collard et troisième sur la liste FN des sénatoriales en 2014. L’homme est assez clair sur ses intentions dans son dernier tract. Il appelle les électeur à « dire non à Lacapelle, le parachuté parisien ». « Je pense faire plus du 1 % qu’il me prête. J’espère, je crois qu’on va le faire battre », assume-t-il quand Le Pen privilégie la victoire d’un député du « courant national », quel qu’il soit. Son programme s’adresse clairement aux « déçus » du Front national. « Quand j’ai entendu Marine Le Pen dire que l’islam était compatible avec la République, je suis tombé de l’armoire », explique-t-il.

L’homme n’est pas peu fier d’être un des trois fils de Pierre Clostermann, compagnon de la Libération et longtemps député gaulliste, siégeant notamment aux côtés de Jean-Marie Le Pen. Le père a sa plaque en hommage à Marignane, inaugurée par le fils en compagnie du maire de la commune, Eric Le Dissès. La photo figure en bonne place dans ses tracts de campagne.

Le cliché ne gêne pas du tout à droite, quoique Le Dissès soit le suppléant d’Eric Diard, maire LR de Sausset-les-Pins qui veut récupérer le siège cédé à la gauche en 2012 en pleine vague rose. La candidature Clostermann les arrange tant qu’elle peut rogner à Lacapelle un peu des 37,3 % obtenus par Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle. « Cela fait un moment qu’on le voit sur le terrain, il était légitime », l’encourage Diard.

À droite, la législative comme « municipale élargie »

L’ex parlementaire sait bien que le vent n’est pas porteur pour les Républicains, soumis à une deuxième menace, celle des candidats de la République en marche, représentés dans cette circonscription par l’avocate marseillaise Camille Bal. Alors, il met en avant une candidature de proximité, gommant les logos des partis sur son matériel de campagne même si, assure-t-il, « ils seront sur les bulletins ». « Je considère que la législative est une municipale élargie », assume-t-il.

Lancé dans une série de meetings dans la circonscription, Eric Diard donnait le premier d’entre eux à Carry-le Rouet mercredi soir, réunissant plusieurs maires et un peu moins de 200 personnes à la salle du Grand bleu. L’occasion de mettre l’accent sur les thématiques locales : « Le maintien de l’unité de cardiologie de Marignane » ou encore pour les questions environnementales l’accélération de la réouverture du « tunnel du Rove ». « Nous avons un candidat copier-coller de Macron, un candidat copier-coller de Marine Le Pen mais aucun des deux ne prend en compte les sujets locaux. C’est négliger les citoyens que de ne pas parler de la vie des communes », explique-t-il avant de conclure : « Ne cédez pas à l’air du temps, ne votez pas pour une flamme, un symbole ou un hologramme, votez pour du concret ! »

Eric Diard en meeting à Carry-le-Rouet, à côté de son suppléant Éric Le Dissès.

Nationalement, il s’inscrirait, explique-t-il, « dans une opposition constructive » citant la loi de moralisation de la vie politique même s’il juge « la subvention [la réserve, ndlr] parlementaire indispensable car elles aident les associations du territoire ». En revanche, il s’opposerait, a-t-il insisté, « à l’augmentation de la CSG qui touchera les retraités ».

Sécurité, mémoire : terrains de concurrence

Surtout, il s’attache à ne pas laisser le champ libre à Lacapelle sur un certain nombre de thèmes. La sécurité vient en tête. Il affirme « [sa] vigilance quant au sort des commissariats de police de Marignane et Vitrolles » et regrette « le choix de Nicolas Sarkozy, en pleine crise financière, de supprimer un fonctionnaire de police sur deux partant à la retraite ». Dans sa documentation de campagne, il insiste sur « le devoir de mémoire » envers notamment le sort des rapatriés d’Algérie. Le choix de son suppléant, le très à droite maire de Marignane Eric Le Dissès est aussi à lire à cette aune, celle visant à occuper le terrain face au FN.

À l’arrivée, il est persuadé que Lacapelle ne passera pas : « On a eu des ténors nationaux qui sont venus ici mais n’ont jamais réussi à gagner », se convainc-t-il. Un de ses soutiens, le maire de Carry Jean Montagnac, espère qu’il dit vrai. Car l’arrivée d’un hiérarque du Front pourrait, si elle est couronnée de succès, susciter d’autres ambitions : « S’il gagne, il restera pour s’ancrer sur un territoire. S’ils arrivent à s’implanter ainsi, ce sera difficile de les déloger et ils se présenteront partout [aux municipales] et menaceront tous les maires sortants. »


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Commentaires

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  1. Minh Derien Minh Derien

    Un candidat FN issu de l’Oréal ? Le retour à la tradition ?
    Extrait de l’article Wikipédia consacré à l’entreprise :
    « Pendant la Seconde Guerre mondiale, André Bettencourt dirigera la revue française collaborationniste, La Terre française. En 1942, Eugène Schueller l’envoie en Suisse afin d’« aryaniser » la société Nestlé dont il est devenu l’un des principaux actionnaires.
    Après la guerre, André Bettencourt rejoint la direction du groupe. La filiale de L’Oréal en Espagne est créée par Henri Deloncle, le frère d’Eugène, elle emploiera le cagoulard Jean Filliol, condamné en tant que coresponsable du massacre d’Oradour-sur-Glane18, lui permettant ainsi d’échapper à l’exécution de sa peine (il sera employé par la filière espagnole du groupe, comme de nombreux cagoulards le seront après-guerre dans des filiales étrangères ».

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