A contre-courant médiatique, Alteo joue l’élève modèle contre la pollution

Actualité
le 13 Sep 2016
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Après la diffusion d'un reportage de Thalassa qui a relancé le désaccord gouvernemental sur son autorisation de polluer, Alteo invitait les journalistes et élus locaux à visiter son usine. Et plus particulièrement un projet "pilote" de filtration de ses rejets en mer. Mais pour cet habitué des contre-feux médiatiques, le grand oral sera le 26 septembre face à une commission chargée d'évaluer son plan en la matière.

Eric Duchenne, directeur des opérations d'Alteo et le député François-Michel Lambert

Eric Duchenne, directeur des opérations d'Alteo et le député François-Michel Lambert

Casque, lunettes, combi intégrale, mini-bus… Alteo menait une opération portes ouvertes ce 12 septembre pour présenter aux élus locaux et aux journalistes le second pilote de traitement de ses rejets en mer. Dans le cadre du renouvellement de son autorisation fin 2015, l’industriel de Gardanne s’est engagé à faire entrer ces rejets polluants dans les normes d’ici 2021 et donc à trouver des solutions de filtration.

Après les filtres-presses installés pour ne rejeter qu’une partie liquide des fameuses « boues rouges », il s’agit d’inventer de nouveaux filtres, cette fois-ci pour débarrasser cet effluent des métaux lourds qu’il contient. Pour l’heure, Alteo teste des « pilotes », des démonstrateurs expérimentaux, destinés à faire progresser son propre dispositif. Une manière surtout pour l’usine d’alumine de rendre visibles les efforts qu’il fournit en matière de recherche sur ses déchets, en pleine tempête médiatique sur la poursuite de ses rejets en mer. Une dizaine de journalistes, dont la moitié pour des médias nationaux, ont répondu à son invitation.

Le député Lambert à la rescousse

Le calendrier choisi n’est pas anodin, alors que l’émission Thalassa dédiée à la pollution de l’usine de Gardanne a ravivé les tensions gouvernementales autour de la question. Ce nouveau coup de projecteur, après Envoyé Spécial quelques semaines auparavant, a ravivé la pétition sur Change.org contre les rejets, qui atteint désormais plus de 330 000 signatures. Le contre-feu médiatique devient une spécialité chez l’industriel. Mi-juillet, alors que le préfet avait prononcé une mise en demeure pour pointer le fait que ses rejets actuels n’étaient pas conformes aux engagements pris dans le cadre du renouvellement de l’autorisation, Alteo présentait un premier pilote de traitement, développé par Air Liquide. Il consiste à utiliser du dioxyde de carbone pour « neutraliser la soude et précipiter les métaux dissous pour être capable de les séparer », explique Eric Duchenne, le directeur des opérations, dans ses présentations sur le sujet.

À ses côtés ce lundi, le conseiller départemental communiste Claude Jorda, le maire de Gardanne Roger Meï (PCF) et le député écologiste François-Michel Lambert. Ce dernier est venu peser de tout son poids pour défendre les efforts de l’industriel : « Les solutions vous ont déjà été présentées, c’est nouveau pour vous les médias de vous y intéresser mais pas pour l’industriel. Les solutions, vous n’en parlez jamais », accuse-t-il face aux micros. Celui qui a toujours défendu la poursuite de l’activité était d’ailleurs avec Manuel Valls lors de sa visite dans les Bouches-du-Rhône vendredi. Sa collègue écologiste et ministre du Logement Emmanuelle Cosse en a profité pour saluer publiquement son travail de parlementaire. « En tant qu’écologiste, on m’a demandé où je voulais poser pour une photographie, certains auraient choisi une forêt, moi j’ai choisi ici. C’est la plus belle usine d’alumine du monde », insiste François Michel-Lambert.

1 mètre cube traité par jour

En face d’eux, près des cuves rouges, a été installé un drôle de système sur un échafaudage. On y devine le parcours du rejet qui doit être traité, de bac en bac jusqu’à finir dans un dernier récipient où une nébuleuse blanchâtre apparaît. « Le principe, explique le directeur de la société Extracthive Christophe Dondeyne, est de reproduire ce qui se passe en mer avec la formation d’hydrotalcites qui piègent les métaux lourds ». L’idée est de valoriser ces hydrotalcites c’est-à-dire de réussir à les vendre. Comme avec la Bauxaline, la partie solide des « boues rouges » désormais extraite et stockée à Bouc-Bel-Air, dont les débouchés sont pour l’heure loin d’atteindre les besoins.

A contre-courant, Alteo veut montrer ses efforts sur l'amelioration de ses rejets en mer 2

Aujourd’hui, explique Christophe Dondeyne en aparté, un mètre cube est traité par jour. Rappelons que le flux total des rejets en mer est de 270 mètres cubes par heure… « La technologie est assez simple, le passage à une plus grande échelle ne devrait pas poser de problème », assure-t-il. Un bémol toutefois, « nous n’avons pas encore pu analyser la qualité du rejet à la sortie du traitement », admet le jeune dirigeant, de toute évidence moins habitué aux micros et caméras que son homologue de chez Alteo. « Un troisième pilote est en cours de préparation et devrait être présenté d’ici la fin de l’année », assure Eric Duchenne. Pour rappel, le budget annuel de recherche sur les rejets en mer d’Alteo est de 500 000 euros.

D’ici là, l’industriel a devant lui deux échéances qui découlent de l’autorisation préfectorale de décembre 2015. D’une part, les résultats des analyses menées par l’État devront confirmer que son rejet est bien rentré dans les clous après les dépassements du printemps. Ces données sont attendues pour fin septembre. Pendant la même période, le 26 septembre précisément, se tiendra la troisième réunion de la commission de suivi de site, créée après l’arrêté préfectoral. L’ordre du jour porte justement sur ces recherches de solutions techniques.

Et s’ils se sont fait griller la politesse avec cette visite médiatique, les membres de la commission – élus, représentants de l’État et d’associations – ne devraient pas se contenter d’un projet pilote. À la demande de la ministre de l’Environnement Ségolène Royal « Alteo présentera son plan d’action pour améliorer la qualité du rejet en mer » et notamment « le plan d’investissement prévu en conséquence », précisait il y a quelques jours la préfecture. Un détail devrait donner du grain à moudre aux opposants : dans les solutions présentées par l’industriel, le rejet, même filtré, se fait toujours en mer.

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Commentaires

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  1. Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

    Le dépôt en terre ferme de résidus ocres pratiqués maintenant par Alteo est tout aussi toxique : dissémination par le vent, infiltration pluviale etc. Il ne faut pas oublier cet aspect des rejets.

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  2. Maxime Maxime

    Si le rejet liquide, même fortement dépollué comme le projette l’industriel, ne se fait pas en mer, où se fera t’il? Dans les rivières? Dans la Luynes?
    Est-ce plus acceptable qu’en profondeur?

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    • Clémentine Vaysse Clémentine Vaysse

      Vu les volumes d’effluent, 270 mètres cube par heure, le rejet en rivière n’est pas envisagé. « Cela finirait dans la mer de toute façon, autant utiliser la canalisation », a répondu le responsable rejets de la société sur la question il y a quelques jours

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    • Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

      C’est Antoine Laurent Lavoisier, philosophe, économiste et chimiste (1743-1794) qui a énoncé cette formule : «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme», mais en 2016 Alteo ne sait toujours pas transformer ses déchets toxique au lieu de les répandre dans une décharge terrienne ou de les acheminer en mer ! Sans doute pour faire des économies et préserver ses profits au détriment de la santé générale de la population et de tout l’écosystème.

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  3. BernardMounier BernardMounier

    Je ne doute pas que des solutions technologiques de traitement des effluents liquides peuvent être trouvées pour respecter les seuils de la convention de Barcelone dans un temps indéterminé avec un coût additionnel certain. Mais quid des profits du fonds d’investissement américain, alors qu’Alteo cumule les pertes depuis 2013 et a mangé près de la moitié de son capital ? Pour moi, ce qui condamne l’exploitation sur ce site, c’est le stockage des déchets solides et boues ultra pollués (et de plus en plus à mesure que l’on dépollue les effluents) à proximité dans le vallon du Mange-garri. L’aquifère superficiel de l’Arc, qui affleure le bas de ce vallon faillé, est très mal en point. Le Préfet a interdit tous les usages de l’eau des puits. La recharge de la nappe par de l’eau saine est impraticable. Il faut aussi faire cesser d’urgence le transport des particules très fines par le vent, qui entraîne des conséquences de santé publique intolérables pour les riverains (et les salariés). Mais cela aurait un coût immédiat que les alliés politiques des « industriels » d’Alteo ne veulent pas leur faire supporter.
    Au lieu de parader avec les représentants des financiers du fonds d’investissement américain, les divers élus devraient étudier comment créer des emplois durables dans ce bassin. Car les emplois actuels ne le sont pas. Il ne faudra pas ensuite jouer les naïfs devant le cynisme prévisible de ceux qui auront fait financer quelques brevets avec des fonds publics.

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    • neomars neomars

      J’aimerais vraiment lire les réponses de M Lambert à ce commentaire, ou une interview contradictoire. J’ai beaucoup de mal à imaginer les causes de son enthousiasme, si ce n’est une vision mondialisée qui lui ferait préférer faire avancer la recherche grâce à celle effectuée sur le site à la délocalisation de la pollution dans un pays moins éveillé à la gestion durable de son environnement, humainement négative et concourant à produire loin pour consommer ici.
      Soyons honnête, j’ai aussi l’hypothèse du « tous pourri » pas loin …

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