Aux Chutes-Lavie, un centre éducatif fermé à la dérive visé par une enquête judiciaire
Alternative à la prison pour mineurs, le centre éducatif fermé des Chutes-Lavie est visé par une enquête pour mauvais traitements et malversations financières. Un rapport des services de l'État sur la gestion par l'association Nouvel horizon pointe des dysfonctionnements multiples.
Le centre éducatif fermé (CEF) Don Bosco, aux Chutes-Lavie. (Photo : CG)
L'enjeu
Suite à son rapport, le ministère de la Justice a bloqué l’accueil de nouveaux mineurs dans le centre. Les services de l’état espère redresser le CEF avec la nomination d’un nouveau directeur.
Le contexte
Ouvert en 2017, l'établissement peut accueillir jusqu'à douze mineurs placés par le ministère de la Justice. En 2018, le gouvernement annonçait la création de vingt nouveaux centres éducatifs fermés.
"De toute façon, les jeunes ont très bien compris qu'il n'y a plus rien pour eux ici ", souffle Jeanne*, éducatrice au centre éducatif fermé (CEF) Nouvel Horizon. La voix est fatiguée, le ton las. Comme pour beaucoup d'autres passés par l'établissement des Chutes-Lavie (13e) qui accueille des mineurs, l'optimisme a disparu.
Depuis quelques mois, le centre géré par l'association Nouvel Horizon, dont le député (groupe liberté et territoires, ex-LREM) de la Vienne Jean-Michel Clément est le président, part à la dérive. Début juin, la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), service dépendant du ministère de la justice, bloquait l'accueil de nouveaux mineurs. Elle mettait aussi sur la table du CEF pas moins de 98 préconisations suite à un contrôle de dysfonctionnement.
Depuis, le centre a changé de direction pour la septième fois en trois ans d'existence. Son directeur général a été licencié. Si la PJJ espère mettre fin à cette instabilité, le centre fait toujours l'objet d'une enquête préliminaire pour mauvais traitements et malversations financières (lire notre deuxième article ci-dessous sur les malversations financières).
Aux Chutes-Lavie, la folie des grandeurs du directeur général d'un centre pour mineurs
Depuis plus d'un an, un centre en tension
En avril 2017, quand le centre ouvre ses portes, l'association Nouvel Horizon qui a remporté l'appel à projets du ministère de la Justice pour la gestion de l'établissement flambant neuf, jouit d'une bonne réputation. Basée à Poitiers, elle gère un CEF au Vigeant (Vienne) depuis 2005 et débarque donc à Marseille. "Nous sommes arrivés un peu par hasard. Nous avons été repérés pour nos résultats spectaculaires au Vigeant. Pour nos débuts à Marseille tout allait bien, mais comme dans toute institution, il y a eu des échecs et des aléas", considère Jean-Michel Clément, devenu président de l'association en 2018.
Le ministère de la Justice délègue la gestion de ses CEF
Le CEF situé aux Chutes-Lavie est entièrement financé par le Ministère de la justice, mais c'est Nouvel Horizon qui gère l'établissement. L'association est habilitée par la PJJ pour une durée de cinq ans. L'autre établissement de Marseille, le CEF Les Cèdres (9e) est lui directement géré par les services de la PJJ.
Depuis la création de ce type de structures en 2002, 51 CEF ont ouvert en France pour proposer une alternative à l'incarcération. Ils peuvent accueillir 8 à 12 mineurs de 13 à 18 ans placés en application d'un contrôle judiciaire, d'un sursis avec mise à l'épreuve ou à la suite d'une libération conditionnelle. S'ils sont jugés par certains comme des "antichambres de la prison", Nicole Belloubet annonçait en 2018 la création de 20 nouveaux centres d'ici 2021, dont 15 délégués au secteur associatif.
Rapidement le CEF des Chutes-Lavie fait face . . .
« Car si la PJJ contrôle le casier judiciaire des nouveaux éducateurs, elle ne supervise pas le recrutement qui est laissé à la discrétion de l’employeur associatif. « Le plus souvent sont employées des personnes sans diplôme et qui ne sont pas suffisamment formées, ce qui permet de les payer moins cher » »… Voilà le conclusion et l’explication, tout est dit 😒
Se connecter pour écrire un commentaire.
Tout à fait! L’éducation n’est ni une affaire de justice ni la compétence d’associations (en plus si elles sont gérées par des élus…) aussi courageuses qu’elles puissent être.
Nous avons une des meilleures structures éducatives du monde au sein de la République. Il faut simplement lui donner les moyens de réparer les dégâts mis en œuvre depuis des décennies par nos différents pouvoirs politiques incompétents ou calculateurs.
Se connecter pour écrire un commentaire.