Y aura-t-il encore des temps d’activités périscolaires à la rentrée ?

Actualité
le 24 Mai 2017
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La Ville envisage de renoncer aux activités périscolaires dès la rentrée 2017 en revenant à la semaine de quatre jours. Si personne ne s'y oppose vraiment, un arrêt brutal ne serait pas si simple.

« Papa, tu peux me désinscrire des TAP, c’est nul, j’veux plus y aller. » Il y a parfois des moments où l’actualité rencontre les attentes d’un enfant de cinq ans qui ne veut plus réaliser des pizzas en carton tous les jeudis après-midi. Ce lundi, l’adjointe aux écoles de la ville de Marseille, Danièle Casanova, n’y allait pas par quatre chemins en répondant à nos confrères de France Bleu Provence : « Si le décret d’application arrive d’ici trois semaines, on arrêtera tout » dès la rentrée 2017. C’était là une promesse du président Macron qui deviendrait concrète à Marseille.

Une position qu’elle réitérait auprès de Marsactu, ce mardi matin. « Effectivement, si l’Éducation nationale nous donne le feu vert en publiant un décret dans les semaines qui viennent alors nous mettrons tout en œuvre pour revenir à la semaine de quatre jours dès la rentrée de septembre », explique l’ancienne directrice d’école en prenant soin de se retrancher derrière la décision ministérielle.

Si le nouveau ministre Jean-Michel Blanquer ouvre la voie à un retour à l’ancien rythme hebdomadaire, l’adjointe souhaite d’abord consulter les conseils d’école comme la Ville l’avait fait la première année de mise en place des temps d’activités périscolaires (TAP). Viendra ensuite une négociation forcément serrée avec les associations et fédérations d’éducation populaire qui assurent les TAP pour le compte de la Ville. « Ces associations assurent également les garderies du matin et du soir ainsi que les temps d’animation de la pause méridienne, elles ne perdront pas tout », tente de déminer l’adjointe.

« Pas de vases communicants »

Une vision des choses qui ne satisfait pas pleinement le directeur de développement de l’IFAC, Vincent Gaveriaux : « Tout dépend des conditions dans lesquelles on organise la sortie du dispositif. Très clairement, pour une structure comme la nôtre, les TAP sont loin d’être la poule aux œufs d’or, bien au contraire. Mais cela ne peut pas être ‘on les enlève mais vous gardez le reste’. Nous avons fait des embauches pour encadrer les temps d’activités périscolaires. Il ne peut pas y avoir de vases communicants. » Les discussions risquent donc d’être plus serrées que l’adjointe municipale semblait l’envisager.

Du côté des parents d’élèves, le ton est clairement au soulagement. « Que la Ville le fasse, nous disons tant mieux, se réjouit Séverine Gil, présidente du Mouvement des parents d’élèves (MPE 13). Cela créait une inégalité selon les villes et une complexité pour les parents qui devaient trouver un moyen pour venir chercher leurs enfants le mercredi matin. Sans compter qu’avec le maintien de la semaine de 4 jours dans le privé, les enfants qui y sont scolarisés devenaient prioritaires pour les activités en centre aéré le mercredi. Là encore, c’était profondément inégalitaire. » 

La représentante des parents d’élèves estime même qu’il serait préférable de revenir à la semaine de quatre jours et demi avec classe le samedi matin. « Je sais que cela dérange beaucoup de monde mais cela permet aux parents de rencontrer les enseignants et à ces derniers de mettre en place des choses qu’ils ne font pas le reste du temps. »

« Une majorité d’enseignants pour l’abandon »

Du côté des enseignants justement, le ton est aussi au soulagement. Vendredi, le principal syndicat d’enseignants du primaire, le Snuipp, a fait passer un questionnaire sur l’abandon du système et la mise en place d’un nouveau rythme. « Sans dévoiler les résultats qui sont encore en cours d’analyse, la tendance est très claire : les collègues sont majoritairement pour un abandon du rythme actuel sur cinq jours, explique Clair Billès, secrétaire départementale du syndicat. Et notre questionnaire a été rempli par 10 % du corps enseignant, autant dire qu’ils sont significatifs. »

La syndicaliste pointe l’état de fatigue des enfants comme des profs, le bouleversement des organisations familiales et la tension que cela crée au sein des écoles comme autant d’arguments qui militent pour l’abandon. La gestion de cette réforme par la mairie, irritée par ses conséquences budgétaires, contribue sûrement à cet unanimisme. Elle n’avait préparé la rentrée 2014 qu’au dernier moment, obligeant les parents à s’organiser par eux-mêmes pendant plusieurs « vendredis noirs » qui avaient donné lieu à des manifestations. Les effets de cette impréparation ont continué à se faire sentir de longs mois après, lorsqu’il a fallu trouver des associations – et du personnel formé – pour assurer les prestations.

Le ministre temporise

Du côté du ministère, la réflexion est loin d’être aussi arrêtée. Le nouveau ministre ayant à peine posé son cartable, il est difficile de trouver un interlocuteur pour expliquer la doctrine de Jean-Michel Blanquer sur le sujet. Lundi, au micro de RMC, il pointait clairement la rentrée 2018 comme un horizon tout en laissant la liberté aux collectivités locales de défaire les dispositifs en place et en appelant de ses vœux des concertations dès la rentrée 2017. Dans Le Monde, il évoquait des « concertations locales et des expérimentations – sur la base du volontariat – pour que chaque commune puisse trouver, avec les écoles, les parents d’élèves, ce qui lui paraît la meilleure organisation de la semaine ». 

Dans les bureaux du ministère, le téléphone sonne longtemps avant de trouver un volontaire pour décrocher. La réponse y est évasive : « Rien n’est arrêté. In fine, ce sont les acteurs locaux, l’inspecteur d’académie et les représentants des collectivités locales qui arbitreront ». Or, la rentrée 2017 est préparée très en amont par ces services. Et le ministère prépare déjà une réforme jugée prioritaire : le dédoublement des classes en CP dans les écoles des réseaux d’éducation prioritaires dits REP+. À défaut de pousser les murs, une gageure à Marseille, la réforme prévoit d’ajouter du personnel pour doubler les profs dans chaque classe. Difficile d’y ajouter une nouvelle réforme du temps de travail des enseignants en plus.

À Marseille, selon Danièle Casanova les écoles REP sont au nombre de 209. Dans l’après-midi, le service presse de la Ville publiait un communiqué laconique :

« La ville de Marseille poursuit le travail engagé depuis plusieurs mois pour la préparation de la rentrée scolaire 2017, l’accueil des élèves de ses 444 écoles et leur inscription aux activités périscolaires.
Un nouvel aménagement de ces activités, et donc de l’ensemble du temps scolaire, dépendra des décisions qui seront prises par l’actuel gouvernement. Dès lors, une réflexion sera engagée quant aux modalités de leur engagement, par la ville de Marseille, en concertation avec le monde éducatif et dans le meilleur intérêt des élèves et de leurs parents. »

Il est donc urgent d’attendre.

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