Voiture avec chauffeur : vers la fin d’un privilège pour les élus marseillais

Info Marsactu
le 31 Mai 2018
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La mairie de Marseille s'apprête à mettre fin au privilège qui offre à certains élus une voiture avec chauffeur particulier. La collectivité envisage un nouveau fonctionnement en "pool". Officiellement mise en place pour plus d'équité entre les élus, cette réforme vise aussi à réduire les heures supplémentaires.

Manifestation des chauffeurs d'élus à l'appel de Force ouvrière, vendredi 1er juin.

Manifestation des chauffeurs d'élus à l'appel de Force ouvrière, vendredi 1er juin.

Des chauffeurs qui patientent auprès de leurs voitures avec cocarde en attendant leurs élus à la sortie d’une réunion publique. Cette image ne sera bientôt plus qu’un souvenir. La Ville prévoit de mettre fin à ce privilège accordé aux adjoints au maire, aux maires de secteur et aux présidents des groupes politiques. Ces derniers bénéficiaient jusqu’à présent d’une voiture de service avec chauffeur attitré pour l’ensemble des déplacements liés à leur mandat, soirs et week-ends compris.

Pour l’heure, « ce n’est qu’un projet », indique-t-on à la Ville. Un projet à ce point avancé qu’il figure à l’ordre du jour du comité technique du 7 juin prochain, l’instance consultative où représentants de l’administration et des personnels débattent des rapports que doit examiner le prochain conseil municipal. Le rapport, intitulé « nouvelle organisation des services du garage de l’hôtel de ville » et que Marsactu a pu consulter, entérine la fin de ce privilège.

Les chauffeurs aujourd’hui non affectés et ceux mis à disposition d’élus sont regroupés dans un pool technique unique. Des chauffeurs, en nombre extrêmement réduit, pourraient rester attitrés spécifiquement à un élu (…).

Jusqu’à présent, les 30 adjoints, les huit maires de secteurs et les trois présidents de groupes politiques ainsi que le maire lui-même avaient le droit à cette voiture de service avec chauffeur. Les conseillers municipaux délégués avaient déjà accès à un pool, une équipe de chauffeurs, permettant d’avoir accès à une voiture de service à la demande. Désormais, ils seront tous ou presque logés à la même enseigne. Les élus eux-mêmes ont déjà été avertis de la fin de ce privilège qui fait régulièrement les choux gras de la presse nationale.

« Gestion informatique du pool »

Interrogés, certains élus mentionnent la rentrée de septembre comme point de départ effectif de la réforme, « le temps de mettre au point la gestion informatique » du nouveau dispositif. D’autres évoquent une date plus rapprochée. « Franchement, je n’en ai aucune idée, tout ce que je peux vous dire c’est que depuis que je suis président du groupe, en 2008, nous tentons de réformer ce système », justifie Yves Moraine, le président du groupe de la majorité municipale, par ailleurs maire des 6e et 8e arrondissements.

Pour dépasser le « tableau noir avec la craie », la Ville a mis en chantier « un système numérique » permettant aux élus de réserver lesdits véhicules. « A priori, cela ne concernerait que les adjoints et les présidents de groupe. Les maires de secteur sont constamment contraints de se déplacer. Cela n’aurait pas de sens de les intégrer au pool », explique encore le maire des 6e et 8e, depuis sa voiture avec chauffeur qu’il va donc conserver. Voilà donc pour la version officielle : assurer une plus grande équité entre élus en mettant fin à un privilège jusque-là réservé à quelques uns. Les documents soumis au comité technique ne donnent pas de date d’entrée en application. En revanche, ils bornent la réforme dans le temps. Le nouveau système sera testé jusqu’à la fin de l’année avant de déboucher sur une nouvelle mouture en 2019 permettant de respecter le seuil légal de 1607 heures.

Pas de base légale

Cet avantage octroyé aux élus n’est directement encadré par aucun texte législatif spécifique. Le code général des collectivités détaille les modes de remboursement des frais de transports des élus de collectivités locales selon le type de déplacement ou de mission.

En 2007, un sénateur a posé la question au ministre de l’intérieur qui précisait dans sa réponse : « Rien ne s’oppose à ce que les exécutifs locaux fassent usage d’un véhicule de service dont la collectivité se serait dotée, conduit par eux-mêmes ou par un chauffeur, sous réserve que cela soit strictement justifié par l’exercice des fonctions communales ». En début de mandat, lors de l’installation du maire et de son équipe, le conseil municipal entérine ce privilège. Le prochain conseil municipal devrait y mettre fin.

« Mise au carré »

La seconde raison qui a motivé cette réforme est plus structurelle : mettre la Ville dans les clous de la durée légale de travail alors que les auditions en rafale se poursuivent dans le cadre de l’enquête du parquet national financier. « Ils essaient de mettre les choses au carré au fur et à mesure mais ça va tellement vite qu’ils sont pris de vitesse », rigole un syndicaliste sous couvert d’anonymat. Les gendarmes tentent justement d’éclairer la question de ces volets d’heures supplémentaires délivrés à un certain nombre d’agents et, soupçonnent-ils, tenant lieu de complément de salaire. Or, les chauffeurs d’élus figurent depuis longtemps parmi les agents qui alignent le plus grand nombre d’heures supplémentaires annuelles.

Yves Moraine ne nie d’ailleurs pas que cette question constitue un des motifs de la réforme annoncée : « C’est vrai qu’il y a beaucoup d’heures sup’ et je vous promets que, dans le cas de mon chauffeur, elles sont loin d’être indues, affirme l’élu LR. C’est un peu la quadrature du cercle que nous tentons de résoudre : permettre aux élus de mener leurs missions à bien en limitant les heures supplémentaires et sans avoir recours à des embauches ». Il cite ainsi un mois où son chauffeur était sur le terrain à ses côtés deux week-ends de suite avant de lui demander de pouvoir prendre le troisième pour « pouvoir rester un peu avec sa famille ». « J’ai dû jongler avec des adjoints de secteur, des militants pour tenir le rythme des rendez-vous publics », témoigne l’élu qui a donc du faire du covoiturage.

« Ce sont souvent des hommes divorcés »

Son alter ego du groupe socialiste, Benoît Payan est sur la même tonalité à propos du chauffeur qui l’accompagne depuis sa prise de fonction. « Il suit mon rythme de travail qui est plutôt de 50 heures par semaine. C’est une amplitude horaire sans équivalent. Chaque mois, il fait des heures supplémentaires mais bien plus que celles qui lui sont vraiment payées. Ce sont souvent des hommes divorcés, qui n’ont plus de vie de famille. Je crois qu’il faut effectivement sortir de ce système de façon positive. Au conseil départemental, il y a un système de pool qui fonctionne très bien ».

En tout cas, du côté des chauffeurs, la réforme ne passe pas. Force ouvrière, majoritaire dans ce service, a déposé un préavis de grève reconductible avec une manifestation prévue dès ce vendredi sous les fenêtres du maire. « Le nouveau cycle de travail qui leur est proposé entraîne une perte de revenus, à la fois sur les heures supplémentaires et les primes, constate Patrick Rué, secrétaire général des territoriaux. Nous n’avons pas vérifié mais ils évoquent une perte de revenus entre 350 et 700 euros par mois. »

Une réunion interne au service a eu lieu ce mercredi pour tenter de trouver un point d’équilibre et éviter la grève « mais il y a 90% de chances que leurs revendications ne soient pas entendues ». Pour la première fois, les chauffeurs d’élus pourraient accueillir le maire avec un concert de klaxons de leurs voitures de service.

Actualisation le 1er juin à 10 H 15 : changement de la photographie d’illustration. Le chauffeur pris en photo lors de la parution de l’article travaille pour le Département et non La Ville. Nos excuses aux intéressés.

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    « Franchement, je n’en ai aucune idée, tout ce que je peux vous dire c’est que depuis que je suis président du groupe, en 2008, nous tentons de réformer ce système », nous raconte le sémillant Moraine, avec son sens du comique qui le caractérise.
    Cela fait donc 9 années que la mairie se penche sur le problème, 9 années pour que cela monte au cerveau de nos cultissimes élus afin de régler ce problème simplissime , tout en profitant bien sûr et surtout de ce scandale ( un de plus) ambulant de 41 voitures plus chauffeurs au passage. Et nous pauvres « couillons  » nous casquons.
    Où je suis plus inquiet pour eux je vous l’avoue , c’est que si c’est la même équipe informatique que la station Capitaine GEZE qui doit créer l’application informatique du « POOL » véhicules de la mairie , nos zélus ne sont pas sortis de l’auberge et là ils seront peut être obligés de prendre les transports en commun marseillais. Cela devrait leur faire bizarre, je pense. La Pointe Rouge / Hôpital Nord un jour de pluie cela relève des  » Coulisses de l’Exploit ».
    Une injustice quand même à signaler c’est que dans la liste des bénéficiaires il n’y a pas notre Ingéniore . En tant que vrai maire de Marseille franchement ,ce n’est pas normal.

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  2. Un électeur du 9 ème Un électeur du 9 ème

    Les élus marseillais devraient voyager en transports en commun. Ainsi les transports publics feraient sans doute de rapide progrès en termes d’extension du réseau, d’horaires, de fréquence et aussi peut être de confort.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Vous ne croyez peut-être pas si bien dire : l’une des « excuses » avancées par la nullicipalité pour justifier les menus avantages voituriers accordés à une palanquée d’individus, c’est l’insuffisance du réseau de transport en commun !

      Dans un journal aussi peu suspect d’antigaudinisme primaire que Le Figaro, on trouve ainsi cette citation historique : « ‘Le parc est important, reconnaît Jean-Claude Gondard, directeur général de la mairie, cela tient à l’importance de la deuxième ville de France, à l’étendue de son territoire, à la variété de ses services et on n’a pas les mêmes possibilités de transport en commun qu’à Paris’, justifie-t-il. » (http://www.lefigaro.fr/politique/2012/12/14/01002-20121214ARTFIG00515–marseille-la-mairie-roule-aux-frais-du-contribuable.php)

      C’est tout de même bien pratique : moins tu en fais pour développer les transports collectifs et le vélo, plus tu peux accorder des privilèges à quelques-uns, y compris à des maires de secteur dont les « pouvoirs » sont à peu près équivalents à ceux de la reine d’Angleterre… Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir (bis)…

      Heureusement que quelques génies essaient d’y mettre fin depuis… une décennie seulement. C’est moi, ou ça commence à se voir, que la nullicipalité prend les Marseillais.es pour des c.ns ?

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    • petitvelo petitvelo

      C’est l’essence même du clientélisme tel que M Muselier l’avait défini dans un documentaire sur le sujet: organiser la pénurie (de service public) et distribuer les bonus à quelques privilégiés. Et dans ce même documentaire M Guérini de déclarer en jouant les indignés : « si aider les gens c’est être clientéliste, alors oui je le suis! »
      On se demande comment font tous les cadres d’entreprises qui se passent de chauffeur …

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  3. Brallaisse Brallaisse

    En relisant l’article , car il faut le relire, nous découvrons tout un tas d’aspects : le premier , mon Dieu cela est terrible , Moraine qui fait du covoiturage . Le deuxième il n’y a que les zélus qui travaillent beaucoup , il faudrait qu’ils viennent dans la vraie vie et ils verraient que beaucoup de gens font 50 heures et plus, et enfin tout ce système de gaspillage et d’avantages et en fait mis en place pour garantir les prîmes des chauffeurs syndiqués.
    Entre cet article et celui d’hier sur les permis de construire, notre administration municipale est résumée. En 24 heures c’est pas mal !

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  4. Pascal L Pascal L

    Une grève des chauffeurs d’élus municipaux,? Je soutiens totalement. Qu’elle puisse durée le temps du mandat !

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    • LaPlaine _ LaPlaine _

      Oui çà n’aura pas un gros impact sur « l’efficacité » municipale, ils peuvent faire du travail à domicile, quand certains auront terminés leurs travaux…

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Travaux à domicile et surtout dans le bâtiment pour certains élus

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  6. deminuit.amidi deminuit.amidi

    quelle honte! A quand la fin des privilèges

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  7. Brallaisse Brallaisse

    Et je suis sûr que nous ne sommes qu’au début de la découverte à venir de tout un tas de « petits « avantages que nous allons découvrir au fur et à mesure que nous approcherons de la date des élections. Le remord, la délation ou bien la vengeance que sais je ? , vont faire ressortir tout un tas de choses
    Ce la risque d’être croquignolesque avec l’équipe de pieds nickelés que nous avons à la mairie. Entre les autorisations de construire qui n’en sont pas , les domestiques à la maison, les voyages et missions nous n’avons à cette heure qu’un petit échantillonnage des dérives municipales

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  8. corsaire vert corsaire vert

    On va sûrement découvrir un tas de crapuleries et de privilèges , pourtant abolis en 1789 !
    Si le maire donne voiture avec chauffeur à l' »ingénieur « , la grève illimitée ne fera pas long feu !
    Mais que font donc les élus 50 h par semaine avec leur bagnole ?
    Quoique, avec les heures de gueuletons , de sieste obligatoire et les soirées spectacle ou autres , pendant que le chauffeur attend,ils doivent y arriver sans peine !
    A t on le droit d’exploiter de la sorte de pauvres travailleurs ? c’est un scandale !!!
    Les transports en commun pour eux ce serait normal, et leurs chauffeurs reconvertis dans les bus ou le métro afin de faire enfin (! ) 35 h par semaine ….ils doivent en rêver ….

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  9. Brallaisse Brallaisse

    Ou en chauffeur d’ambulances car cette municipalité est vraiment malade !

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  10. Hde mars Hde mars

    On ne parle pas des chauffeurs qui se servent des voitures comme de leur voiture . Il est etonnant que les élus ne refusent pas cet avantage si ils veulent le combattre .
    Mais que fait Payan à défendre son chauffeur il a peur de marche . Et les chauffeurs ne promenent plus leur elus si il va a une reunion pour le departement la region ou en tant que deputé . Ou sur Marseille et son territoire il represente la fonction .
    Qu’ils aient des voitures de fonction types smart qu’ils conduisent eux meme avec un bon kit mains libres .

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  11. canale canale

    Et là vous ne parlez que des utilisations des voitures par les élus en occultant pudiquement enfants , épouses et autres maîtresses et là il y aurait tellement à dire

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  12. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    « Des chauffeurs qui patientent auprès de leurs voitures avec cocarde en attendant leurs élus à la sortie d’une réunion publique….. » ? il s’agit aussi de certains restaurants de la rue Jean Mermoz lors de la visite d’un ex-premier ministre Pour celui-ci un commando de balayeurs et d’arroseuses municipales avaient été mobilisées pour faire place nette! Mais maintenant ;par prudence, on planque la cocarde Pour faire cesser les abus il faut faire figurer sur la porte des voitures des élus et du personnel municipal l’insigne de la ville de Marseille et la mention « personnel communal »

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