Visite bien fléchée de Najat Vallaud-Belkacem dans les écoles marseillaises

Reportage
le 29 Nov 2016
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La ministre de l'éducation nationale effectuait une visite marathon à Marseille. Au programme, travaux dans les écoles, moyens pour l'éducation prioritaire et flèches tirées dans une cour de collège. À chaque fois, les sujets scolaires butent sur la réalité parfois dure qui entourent les établissements. Et la campagne électorale qui s'annonce.

Suivez les flèches. À Marseille, une visite de ministre de l’éducation est un parcours balisé : les syndicats manifestent, demandent plus de moyens, les parents d’élèves se plaignent de l’état de leur école. Et puis il y a des impondérables. Il y a deux ans, Najat Vallaud-Belkacem était au centre social Consolat quand, à quelques centaines de mètres, les enfants de la Castellane assistaient à un guet-apens avec arme de guerre. Ce lundi, c’est un tir de flèches de chasse dans la cour du collège Versailles (3e) qui faisait figure de caillou pointu dans la botte d’une ministre qui assume venir « faire campagne sur les actes ».

La visite a pourtant bien commencé. Dans une interview à La Provence, elle prend soin de désamorcer un des conflits en cours dans les lycées en éducation prioritaire en promettant 450 postes supplémentaires à la rentrée 2017. Une annonce que les syndicats d’enseignant saluent comme « un effort substantiel, un signal fort » mais « pas suffisant ». « Nous souhaitons établir la traçabilité de ces emplois dans les établissements réellement prioritaires. Nous voulons une liste des lycées et des engagements écrits, réclame Caroline Chevé du SNES-FSU, enseignante à Saint-Exupéry (15e). Surtout nous souhaitons qu’un groupe de travail soit mis en place sur le principe du droit commun de l’éducation prioritaire. »

Réforme des lycées pour 2017 et 2018

À cette demande, la ministre répond en flattant le bilan de sa réforme des écoles et collèges en zone prioritaire. « Je comprends qu’ils souhaitent que la même chose soit faite dans les lycées, sourit-elle. Mais je n’ai jamais dit que les lycées sortiraient de la géographie prioritaire. La réforme sera menée en 2017 et 2018. Cela prend du temps. Il faut concerter. » Comme si l’année qui vient n’était pas un rendez-vous électoral et son déplacement un soutien dans la campagne des législatives, avec une réunion politique en soirée au côté du député Patrick Mennucci, dans le 3e arrondissement.

« 746 chantiers ont été ouverts dans 238 groupes scolaires, égraine-t-elle. 400 ont démarré cet été mais il reste beaucoup à faire. C’est pour cette raison que nous avons débloqué 7 millions d’euros tandis que la ville mettait 5 millions supplémentaires. Cela a notamment permis la réalisation de trois groupes scolaires, à Sainte-Marthe, au Rouet et à la Capelette. Des efforts restent à faire, le chantier est énorme. Il y en a pour 2 ou 3 ans pour rattraper le retard. » Bien entendu, la ministre se garde bien de dire que ces moyens sont en grande partie pris sur l’enveloppe des crédits de politique de la Ville. Il s’agit donc d’un nouveau fléchage de crédits destinés aux quartiers prioritaires vers une nouvelle cible.

Des flèches dans la cour

Des cibles, il y en avait justement sur la poitrine des enseignants du collège venus attendre la ministre à l’entrée de la nouvelle école Bugeaud, dans le 3e arrondissement. L’école est nouvelle, faite de préfabriqués tout neuf posés dans la cour d’une ancienne caserne militaire. Derrière, on voit encore le toit des baraquements. Devant, ces enseignants racontent ces flèches qui sont tombées dans la cour « sans doute tirées depuis les immeubles qui entourent le collège à une heure où il devait y avoir des enfants ».

Elles font suite à des tirs de carabine à plomb et des flèches, déjà des immeubles voisins du collège Versailles. Immeubles d’une impasse où règne une insalubrité qui ne profite qu’aux marchands de sommeil. La rue est inscrite dans le périmètre de l’opération Euroméditerranée mais devra attendre le projet plan national de rénovation urbaine pour connaître une intervention des pouvoirs publics.

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Des enseignants de l’école Versailles ont manifesté, entourés des forces de l’ordre, alors que la ministre se rendait dans la nouvelle école Bugeaud.

« Les rats qu’il faut enjamber »

Là encore, la ministre prend le temps de s’arrêter, de rassurer : « Il y aura des moyens de sécurité supplémentaire dès demain devant l’école. » « Mais le problème, ce sont les rats qu’il faut enjamber pour arriver au collège qui lui-même est insalubre, rétorque une enseignante. Sa rénovation sans cesse remise à plus tard et la violence sociale qui entre dans le collège avec des bagarres de plus en plus dure. » La maire de secteur, Lisette Narducci, qui a rejoint le cortège hoche la tête. Elle même a porté plusieurs fois le projet quand elle était vice-présidente du département : « Cela fait dix ans que le sujet est sur la table ». Là, les travaux sont prévus en septembre 2018. Le collège devra être détruit et reconstruit.

Dans l’école Bugeaud, tout n’est pas rose non plus. Certes, les préfabriqués sont spacieux et propres. Mais l’école a déjà dû sacrifier la salle d’informatique et la bibliothèque pour assurer une classe supplémentaire à la rentrée. Du coup, les enseignants ont remis un courrier notamment pour dire que le nombre d’enfants par classe prévu dans un établissement du réseau d’éducation prioritaire dit REP+ était « dépassé » dans presque toutes les classes.

« 390 places vacantes dans le 3e arrondissement »

Pourtant le directeur départemental de l’éducation nationale, le Dasen Luc Launay l’affirme : « Il y avait à la rentrée 2016 390 places vacantes dans le 3e arrondissement. » Le chiffre paraît fou dans un secteur où, justement, les écoles provisoires fleurissent à chaque rentrée ou presque. Et où on pousse les murs et supprime des salles pour faire de la place aux élèves.

« C’est toute la difficulté de notre travail, explique ce dernier. Nous faisons nos calculs neuf mois à l’avance en fonction des élèves qui sont déjà scolarisés et ensuite nous ajustons au fur et à mesure des inscriptions dans les écoles et des demandes de dérogation. » À la mi-septembre, les services de l’Éducation nationale ont donc refait leur calcul : « 390 places n’étaient pas pourvues dans les classes, soit parce que les parents ont déménagé sans nous prévenir, soit parce qu’ils ont préféré l’offre privée. » 

« La vraie égalité des chances »

Les parents d’élèves ont aussi leurs revendications « pour obtenir la vraie égalité des chances ». Ils sont en rang face à la ministre qui écoute patiemment alors que ses services s’impatientent devant telle ou telle approximation. « La réussite de votre réforme passe par l’application des mesures annoncées et par la prise en compte des questions liées à notre implantation dans un territoire donné », lit une jeune femme.

Là encore, Najat Vallaud-Belkacem explique le détail des mesures, défendant la réforme des rythmes scolaires en mettant en avant la fatigue des enfants et son statut de mère. « Les miens ont le même âge que les vôtres, vous avez vu dans quel état ils rentrent de l’école. Aujourd’hui, ils font en cinq jours ce qu’ils faisaient en quatre ». Elle se tourne vers Danièle Casanova, adjointe aux écoles, quand il est question de TAP qui ne sont « que des garderies » et l’association « qui n’est pas sérieuse ». « Dès qu’il y a un problème, nous saisissons les services de jeunesse et sports pour qu’il diligente une enquête », assure l’élue municipale, comme elle le faisait déjà lors de notre enquête sur le sujet.

À la sortie de l’école, alors que la ministre doit encore remettre une légion d’honneur et rejoindre ses camarades socialistes, une délégation de parents, pancartes en main, l’apostrophe. Ils viennent de l’école National (3e arrondissement), construite dans une maison de ville et beaucoup trop étroite pour accueillir des classes. « La cantine ne compte que 40 places, ma fille ne veut pas aller à l’école à cause de ça », affirme une maman. « Je sais que nous sommes déjà dans les clous concernant les moyens, mais chez nous, il faut plus de clous », formule une autre. Là encore, la ministre écoute, hoche la tête, passe la parole à Danièle Casanova qui affirme : « Le principe de l’expropriation du garage voisin sera voté au prochain conseil municipal, le 5 décembre ». Et se tourne vers Luc Launay pour qu’il se rende sur place. « Ben, venez vendredi, je dois déjà y aller », propose au débotté le député Mennucci. Le fonctionnaire obtempère à la demande ministérielle. La cortège peut repartir sur un air de campagne qui commence.

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