Vie et mort de la ZAD urbaine du square Lévy

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le 30 Jan 2015
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L’entrée du square Michel-Lévy avait des allures de camp fortifié en ce milieu de semaine. Accès barricadé et murs couverts de tags. L’un d'eux prédomine : "ZAD Michel-Lévy" s'étale en grandes lettres rouges sur plusieurs mètres. Le ton était donné. Cela n'a cependant pas suffi pour garder à distance les forces de police qui sont entrées dans le square ce vendredi matin dès 6h pour expulser les zadistes. Suivant une décision de justice rendue mercredi, un déploiement massif sous ordre de la préfecture de police a pris position dans la rue de Lodi et la rue Pierre Laurent, où se trouve l'entrée du square. De nombreux camions de police et pas moins de 52 hommes en bleu, d'après un communiqué de la préfecture de police. Lourdement équipés ils empêchent quiconque de passer.

Un peu plus tôt dans la semaine, lorsqu’on se glissait à l'intérieur du parc, on découvrait un petit groupe de personnes, encapuchonnées pour braver le froid, qui s'attelaient à construire cette première zone à défendre en plein coeur de Marseille. Les branches coupées avaient été ramassées, les troncs d’arbres poussés sur les côtés, on avait balayé l’aire de jeu, bref, on avait fait propre pour installer un lieu de vie et de lutte durable.

Zone à définir

Racheté par le promoteur immobilier Unicil, le petit square de quartier doit être détruit pour accueillir 47 logements sociaux et un parking souterrain de 300 places, ainsi qu'un petit square reconstitué. Une transformation refusée par les riverains depuis plusieurs années. Si le parc était officiellement fermé depuis le 3 juin 2013, ce n’est qu'à la mi-janvier que les choses ont commencé à bouger avec l'arrivée d'une tractopelle et de tronçonneuses. Plusieurs arbres tombent avant que le collectif Michel-Lévy, qui se bat pour la sauvegarde du square n'arrive à se mobiliser. Le 22 janvier au soir, membres du collectif, militants et voisins se sont rassemblés pour manifester leur mécontentement, et par la même occasion déclarer le parc Michel-Lévy comme "zone à défendre". Avec un leitmotiv, exprimé par Franck Pini, trésorier du collectif de défense du littoral 13 : "Il faut que les villes respirent. Marseille étouffe !"

Capuche, masque chirurgical et collier de fleurs colorées, Michel 55 goûte l'anonymat et opte pour le prénom unisexe à la fois en hommage au nom du square et pour reprendre une tradition des ZAD. Il dit avoir "été particulièrement choqué par la mort de Rémi Fraisse", décédé à la suite de l'explosion d'une grenade lors d'un affrontement entre zadistes et forces antiémeutes à Sivens, dans le Tarn.

En se proclamant ZAD, les militants du square surfaient sur un courant de mobilisation, de Notre-Dame-des-Landes au Center Parcs de Roybon. Malgré un premier engouement médiatique, le noyau dur était cependant limité à une petite dizaine de personnes. Dans le square, on cherchait encore son identité. Membre du collectif Michel-Lévy Muriel Wolff précisait alors qu’il existe "des définitions diverses et variées pour une ZAD, selon l’endroit ou même le pays. Nous avons mis en place une charte pour la nôtre. Avec une ZAD en lieu urbain on ne peut pas faire n’importe quoi". Des règles de vie qui allaient du respect du quartier à l'interdiction d'entrer dans le centre d'animation voisin.

Occupation pacifique

Une semaine après la première occupation, les choses s'étaient calmées et la ZAD avait pris des allures de camping. Une petite dizaine de silhouettes s'affairaient dans le camp. Devant l’ancien centre d’animation Tempo, de vieux canapés entouraient un brasier au-dessus duquel mijotait le repas du midi. A quelques mètres de là, un début de potager avait vu le jour, avec betteraves et piment d’Espelette. Pour la récolte, il aurait fallu être patient. Derrière le centre avaient été regroupées les tentes, à l’abri du vent. Sur les murs se multipliaient les graffitis de soutien. Dans le micocoulier choisi comme symbole de la ZAD qui se dresse à l'entrée du square on distinguait des palettes et des planches. Il faisait office de tour de guet de fortune et de dernier carré de résistance en cas de retour des ouvriers. Vendredi matin, perché dans le micocoulier, David Escalier représentant de Terres fertiles 13 n'a pu que retarder l'inévitable. Délogé de son perchoir vers 10h, il était l'ultime barrière face à la reprise des travaux.

"Il s’agit de la première ZAD urbaine en France", insistait mardi soir Patrick Desbouiges, président de l’association "2015 nature et environnement". Ce marseillais d’adoption, habitant du quartier au franc parler expliquait qu’ils participaient "à un échange national entre les différentes ZAD de France pour faire passer le message sur [leur] action". Jusqu'à ce matin, les zadistes présents dans le parc restaient des habitants des environs, et le rayonnement national de la cause se faisait attendre. Michel 55 expliquait qu’ils n'étaient pas "venus pour les intérêts de quelques personnes". Pour cet ancien habitué du parc dans lequel il venait jouer aux boules avec des amis, l’intérêt "c’est de voir si les choses peuvent changer politiquement et socialement". Avec des assemblées générales régulières, le combat pour le parc misait aussi sur l'autogestion.

Pour le maire UMP des 6e et 8e arrondissements, Yves Moraine, cette occupation via une ZAD est "tout le contraire de la démocratie". Si "la ville de Marseille n'est plus concernée" car la parcelle appartient désormais à Unicil, il estime que la décision a été prise dans une logique de "démocratie participative" avec "des élus qui décident" en amont, et l'accord du comité d'intérêt de quartier (CIQ), favorable au projet depuis le départ. Un peu agacé, le maire ne comprend pas un tel mouvement pour "un petit projet de seulement 47 logements", expliquant que 1100 m² seront cédés à la ville au terme des travaux dans le but de créer un nouvel espace vert. S'il concède qu'il n'y aura pas d'arbres de haute taille, il estime qu'il "y a de quoi faire quelque chose de bien". Ce vendredi, par le biais d'un communiqué, le maire s'est "réjoui que le projet de construction puisse enfin démarrer".

Un espoir coupé court

Au cours de cette semaine, les zadistes se regroupaient au milieu du camp pour discuter de l'avenir. Encharpé jusqu'au nez et protégé d'un chapeau sombre, Jean-François, qui se prend au jeu en s'annonçant comme "Michel l’indien", ne se "fai[sait] pas d’illusions" sur l’avenir du parc Michel-Lévy à long terme. Il espérait quand même redonner une vie collective au jardin public. C’est également là-dessus que cette ZAD urbaine se démarquait de ses consœurs rurales. Si l’occupation avait pour objectif d’arrêter la destruction du parc, l’idée était avant tout de le remettre en état pour que les gens puissent y revenir. Les militants avaient travaillé d’arrache-pied pour préparer le parc en vue du mercredi après-midi, avec comme objectif de faire revenir parents et enfants.

Valérie, maman aux élans militants expliquait qu’ils voulaient "pouvoir montrer aux habitants du quartier qu’ils peuvent revenir au parc", pendant que ses fils se balançaient dans les pneus accrochés à un arbre abattu. Tout doucement, le jardin reprenait vie, les anoraks colorés des enfants commençaient à réapparaître. Des visiteurs qui n'habitent pas le quartier s'aventuraient dans le square. C'était le cas d'Annette. C'était la première visite pour cette "joyeuse retraitée" qui vient du sud de la ville mais qui estime que "Marseille est [son] quartier". Elle se souvient encore de l'époque où elle venait faire ses études à l'ancien hôpital Michel-Lévy, qui se dressait sur la parcelle avant qu'il n'y ait un parc.

Réveil mouvementé

Ces débuts timides avaient reçu un soutien politique sous la forme de courriers d'élus de l'opposition de gauche envoyés au maire et au préfet. Sans réponse jusqu'à lors. Sur le terrain, les zadistes se disaient déterminés à lutter sur la durée. "Et si on vient nous expulser on grimpera aux arbres", avançait Patrick Desbouiges, "et bonne chance pour nous déloger". Ils n'en ont visiblement pas eu le temps. "Ça s'est passé très vite", se désole "Michèle" à quelques mètres de la barrière des policiers. On la voyait quelques minutes plus tôt crier à "l'assassin" depuis un balcon de la rue Pierre Laurent. Les forces de polices ont procédé à l'expulsion tandis que les zadistes dormaient encore dans leurs tentes. Muriel Wolff, les yeux rougis et peinant à trouver ses mots sous l'émotion, se révolte face au déploiement de "l'artillerie lourde, comme si on était des terroristes". Sur le côté, Michel 55, toujours masqué, peste face à une action "minable" d'un "état voyou".

L'attroupement des forces de l'ordre intrigue les passants. Confrontés à la disparition immédiate du parc ils s'indignent. Le groupe des zadistes lui s'effrite peu à peu, conscients qu'ils ne pourront remettre les pieds dans le parc de si tôt. David Escalier se révolte face à "l'abattage immédiat du micocoulier" par l'entreprise de travaux. La disparition de son perchoir temporaire et "symbole de la ZAD" serait pour lui un affront aux zadistes. Ils ne souhaitent cependant pas en rester là, bien déterminés à faire passer leur message. Après une assemblée générale, une manifestation est en cours depuis 14h devant le bâtiment de la société Unicil. Les zadistes pourraient alors décider d'adopter le mot d'ordre "Occupy Unicil" et de surfer sur un autre courant protestataire très en vogue.

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Commentaires

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  1. jexprime jexprime

    La loi est respectée !

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  2. leravidemilo leravidemilo

    De profondis micocoulus! Ceux qui nous bassinent, à propos de la métropole, avec les citations permanentes des villes de Lyon, Bordeaux, Toulouse… devraient se payer une petite ballade comparative sur ces villes et la leur, en google earth ( certaines villes proches sont aussi pas mal, Nimes, Montpellier… je n’irai pas jusqu’à leur proposer Genève…). Marseille est grise et fait la chasse aux petites taches vertes, à coup de parking et de franches coulées de béton.(cette ville illustre à merveille l’inanité de la maxime, quand le bâtiment va, tout va!). Bon, pas de grand soutien non plus, ne serait ce qu’en informant de la part de nos deux quotidiens locaux; sur leur site en tous cas, même pas une brève. Il vaut mieux aller chercher l’info sur la presse nationale (un bon article sur le site de politis)

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  3. Camille Camille

    L’ambiance était bon enfant et accueillante,chacun contribuait comme il voulait ou pouvait (temps, cotisation , nourriture, chocolat chaud…). Chacun avait droit a la parole et participait a la mobilisation.
    Les arbres centenaires tombent et ne se relèveront pas. Les enfants ne les verront plus. Tristesse.

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  4. Camille Camille

    L’ambiance était bon enfant et accueillante,chacun contribuait comme il voulait ou pouvait (temps, cotisation , nourriture, chocolat chaud…). Chacun avait droit a la parole et participait a la mobilisation.
    Les arbres centenaires tombent et ne se relèveront pas. Les enfants ne les verront plus. Tristesse.

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  5. Tresorier Tresorier

    Je ne vois pas ce que la future metropole non encore en activite a comme relation avec un parc public detruit par la mairie de Marseille ce jour……

    Pour le fond, les municipalites successives ici n’ont jamais aime les parcs. Trop couteux et qui ne rapportent rien, au dessus et en dessous de la table, aux elus et a leurs amis betonneurs.

    Le parc Longchamp ampute pour un parking, le parc sportif Vallier ampute pour un parking, le parc sportif des Catalans defigure pour des logements et le siege de SOGIMA, les alentours de Borely lotis, le camping de Bonneveine vendu aux promoteurs,…… La liste est longue !!!!!!

    Cette ville n’aime pas le vert et detruit les quelques arpents de vert qui restaient dans la grisaille betonnee actuelle. Restera aux enfants, a defaut de parc, a se promener dans leq centres commerciaux qui eux se developpent.

    Bienvenue dans la societe de consommation, plus rentable pour nos elus et leurs copains.

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  6. Marseillais indigné Marseillais indigné

    Moraine ferait mieux de s’occuper de la propreté de son quartier Prado Saint Giniez Au fait où trouve-t-il le fric pour afficher sa binette partout en technicolor ?

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  7. Alain NICOLAS (c'est mon nom !) Alain NICOLAS (c'est mon nom !)

    J’allai avec ma fille dans ce square essentiel pour la vie du quartier et de ses habitants. Ce qui se prépare est HONTEUX, et les élus municipaux sont des
    IMBECILES/INCOMPETENTS/CYNIQUES. Il faut se battre pour garder ce square et ses arbres.
    Alain NICOLAS, Conseiller Régional EELV

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  8. Marius Marius

    Le clan Gaudin-Guérini-Moraine peut se permettre n’importe quoi, puisque des électeurs naïfs et aveugles sont assez nombreux pour les faire réélire, malgré leur frénésie immobilière.

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  9. Anonyme Anonyme

    Et ce n’est qu’un début. Prochaine étape : destruction du Parc Longchamp! Les arbres centenaires ont déjà été euthanasiés, opération orchestrée par l’Attila de pacotille des Chutes Lavies. Il est vrai que vu la pauvreté de son bilan en 20 ans il lui faut enfin une opération d’envergure pour essayer de faire croire qu’il existe autrement que pour encaisser à la fin du mois. Lamentable!

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  10. Anonyme Anonyme

    D’où vient cette indifférence crasse des élus de tous bords pour l’environnement des Marseillais? Tout simplement, gavés avec nos sous, ils ont eux la possibilité de partir en vacances et de posséder de superbes villas avec des jardins privatifs. Donc que les Marseillais crèvent dans le béton et se pourrissent la santé à respirer des gaz d’échappement, ils s’en f… Quand on occupe aux frais de la princesse un bureau avec vue sur les jardins du Luxembourg, le jardin Longchamp on s’en tape. Avez vous déjà croisé un élu dans un jardin public à Marseille, où même dans la rue? En dehors des élections bien sûr car alors à on les voit sortir comme des rats de leur trou.Il serait intéressant aussi de savoir à qui vont être attribués ces logements sociaux superbement placés…

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  11. JL41 JL41

    Pendant que nous faisons des guéguerres de ZAD, voici ce qui se fait à Turin en Italie : http://www.thisiscolossal.com/2015/03/a-multi-story-urban-treehouse-that-protect-residents-from-air-and-noise-pollution/
    « La structure ondulée crée une transition à partir de l’extérieur pour, tenant les arbres 150 qui absorbent près de 200.000 litres de dioxyde de carbone par heure. Cette absorption naturelle apporte la protection de la pollution à ses résidents, aidant à éliminer les gaz nocifs causés par les voitures et les sons durs des rues animées de l’extérieur. Progression saisonnière Les arbres de crée également le microclimat idéal à l’intérieur du bâtiment, stabiliser les températures extrêmes pendant les mois froids et chauds. Pleins rayons de soleil de blocs de feuillage Les plantes de cours de l’été tout en laissant passer la lumière chaud pendant l’hiver » (traduction Google).
    Nous en parlions également ici : http://www.marsactu.fr/archi-et-urbanisme/il-est-temps-darreter-cet-etalement-urbain-mortifere-36691.html#comment-374242

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