Tram d'Aubagne : intérêt public ou démagogie ?

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le 27 Juin 2012
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Le tramway d’Aubagne mis au débat. Une enquête publique est en cours jusqu’au 20 juillet, une étape cruciale où les citoyens sont appelés à donner leurs avis sur le projet, porté par la communauté d'agglomération du pays d'Aubagne et de l'Etoile (CAPAE). Un tram existait déjà à Aubagne en 1905, avant de disparaître à la fin des années 50. Un tracé sur lequel la collectivité s'est d'ailleurs beaucoup appuyée.

La mise en service d'une première ligne, du Charrel à la zone industrielle des Paluds est prévue pour 2014. Une seconde suivra en 2019, de La Penne-sur-Huveaune à la gare d'Aubagne. L'ensemble du réseau couvre une zone d'habitation de 32 000 personnes. Le tram pourra transporter une centaine de voyageurs. Le montant des travaux dépasse lui les 166 millions d'euros. Une facture, bien que plutôt réduite rapportée au nombre de kilomètres – surtout lorsque l'on compare avec le tram rue de Rome – qui crée des tensions au sein de l'agglomération.

La carte du tracé (tirée, comme les infobulles, du site de l'enquête publique). Cliquez ici pour la version plein écran.

Trop cher pour Aubagne ?

La CAPAE peut compter sur l'appui des institutions publiques qui financeraient 40% des travaux. La ligne a été retenue par l'Etat dans le cadre de son appel à projets transports en commun, ce qui donnera droit à plus de 13,6 millions d'euros de subventions. Le conseil général, la région et l'Union européenne complètent la liste. L'agglo paierait elle cash 16 millions d'euros, misant sur l'emprunt pour régler les 50% restants.

Bien que la ville centre de l'agglo soit l'une des plus endettées de France (2600€ par habitant), celle-ci a tout de même réussi à convaincre plusieurs institutions bancaires (dont la Caisse d'épargne et le Caisse des dépôts) de financer le projet. Et ce avec des taux d'intérêts compris entre 3,77 et 3,86% sur 28 et 35 ans, loin des conditions des emprunts toxiques qui empoisonnent les finances de la ville.

Pour rembourser ces dettes, l'agglo ne pourra pas miser sur les recettes des tickets – comme pour les bus depuis 2009, le tram sera gratuit pour les usagers – et se repose sur le versement transport. Un impôt payé par les entreprises de plus de 9 salariés de la CAPAE : "En augmentant (en 2010, ndlr) cette taxe de 1,05 % à 1,8 % on obtient 5 millions d'euros par an, de quoi couvrir les crédits sur 35 ans." Une sérénité, qui n'est pas ressentie par tous : "On l'a vu dans d'autres villes comme Marseille, le coût des travaux pour un tram peut vite doubler au final", craint Thierry Berger, président de l'UPE13 d'Aubagne, qui tractait ce mardi sur le marché d'Aubagne. Autrement dit, la collectivité pourrait avoir du mal à faire face financièrement si l'addition s'alourdit.

Du même point de vue, Véronique Miquelly, conseillère municipale UMP à Auriol, présidente de l'association l'Agglo pour tous, parle d'un "projet irresponsable". Une position dans la ligne d'une droite locale qui est l'un des fers de lance de l'opposition au projet. Elle ne voit pas comment la ville peut le financer : "Les travaux coûtent entre 160 et 220 millions d'euros. La taxe transport est à son seuil maximum, la ville n'a pas les moyens de tout payer. A moins qu'elle augmente d'autres taxes."

Utile pour la ville ? 

Les automobilistes le savent bien. En heures de pointe, les bouchons sont interminables en centre-ville d’Aubagne. Le tram "rééquilibrerait l’espace public avec moins de voitures, explique l’agglo. Les réseaux de bus  arrivent à saturation, il faut trouver une alternative". Un chiffre qui semble lui donner raison : le nombre d'usagers a augmenté de 160 % en trois ans. Mais là encore ses opposants ne voient pas les choses du même oeil : "Le réseau de bus est loin d'être à saturation. Amusez-vous à suivre les bus d'Aubagne en voiture, vous verrez bien qu'ils ne sont pas pleins !", contre-argumente Thierry Berger.

La possible fréquentation du tram laisse perplexe l'opposition aubagnaise. A la mi-juillet, elle a publié des chiffres dans un rapport remis au commissaire enquêteur. On y lit  que les bus de l'Agglo, concernés par le  tracé du tram, ne cumulent pas plus de 8375 passagers par jour. Loin des 16 000-20 000 voyageurs espérés pour le tramway. Pour le front anti-tram,  la courbe de fréquentation dû à la gratuité se stabilise. L'évolution du nombre de passagers progresse de 19% en 2011, contre presque 50% pour 2010. Même les 3500 habitants supplémentaires  ne suffiraient pas à booster cette affluence. Ils apporteraient 950 voy/J en plus selon ce rapport, contre 1160 prédit par la Ville. Pour couronner le tout, Aubagne  est  la plus petite ville de France à s'équiper d'un tramway.  Avec 45 000 habitants (sur une surface de 54,9 km2) , elle est presque trois fois moins peuplée que Le Mans ou Brest, elles aussi dotées d'un tram. Le 9 juillet, une petite ville comme Aix en Provence a simplement étendu son réseau de bus, pour répondre à la demande de transports collectifs.  

Le président de l'UPE 13 d'Aubagne qui minimise l'argument d'un tram en forme d'alternative pour les habitants travaillant sur place : "43 % des Aubagnais travaillent à l'extérieur de la ville. Ces gens là prennent leur voiture", note Thomas Berger.  Dans le camp des pro-tramway, on retrouve l'association des commerçants du centre-ville, séduits par ce nouvel outil "d'attractivité" proposé par la ville. "Cela va être dur pendant les 2 ans de travaux, mais on pense que la ville peut devenir plus attractive par la suite", espère Gérard Levetti, président des Boutiques d'Aubagne.

L’association Mobilidées, spécialisée sur les questions de transport, pointe du doigt le manque de proximité vers les zones industrielles : "Le terminus de la zone Industrielles des Paluds se trouve à 1 km des entreprises. Le tram ne s'arrête pas non plus à la Z.I de Gemenos, elle est à 3 km du dernier arrêt". L'association se dit consciente que des "raisons techniques" sont là en jeu, mais estime qu'"il serait intéressant de développer des correspondances piétonnes ou à vélo en complément du tram".

Relier la métropole 

Au delà du coût, le collectif anti-tramway critique surtout un projet 100 % Aubagnais au "micro intérêt" local. Véronique Miquelly demande que l'argent soit investi en priorité dans la réouverture de la voie de Valdonne. Une ligne de tram-train qui remplacerait celle de chemin de fer fermée depuis 20 ans. A l'époque elle reliait la Bouilladisse jusqu'à Aubagne, du Nord au Sud, sur 14 km. Ses rails rejoignent la ligne TER en direction de Marseille, ce qui renforce d'autant plus son intérêt. Las : malgré une concertation préalable suivie, le projet prend du retard par rapport à l'ouverture initialement prévue en 2014. "La voie appartient à Réseau ferré de France. Mais l'Etat, la région et la SNCF sont également concernés. Ce n'est pas facile de réunir tout le monde", justifie André Julien, maire de La Bouilladise. En clair, ce serait plutôt la détermination des compétences et du rôle de chaque institution qui ralentirait les démarches.

Autre enjeu du tram : relier Aubagne au secteur Valentine-Barasse, comme le faisait à peu près son ancêtre le 40. "Il faut une dynamique intercommunale pour la suite du tramway d'Aubagne. Il faut que la ligne se prolonge jusqu'à l'Est de Marseille", fait remarquer Myriam Janin, présidente du comité d'intérêt de quartier de la Millière (11e). En novembre, Magali Giovannangeli, la présidente de l'agglo, a rencontré sur ce sujet métropolitain Eugène Caselli, son homologue de la communauté urbaine de Marseille. Et cette dernière a inscrit le projet dans son Schéma de cohérence territoriale. Mais au milieu d'une multitude d'autres, qui font pour certains déjà l'objet d'études plus poussées. Avec le risque que ces deux trams supplémentaires restent fantômes.

Mise à jour le 24/07/2012 sur la possible fréquentation du tram.

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Commentaires

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  1. freenod freenod

    bonjour,
    j’habite aubagne, devant la gare routière.
    je viens de lire votre article et deux choses m’ont fait bondir sur lesquelles j’aimerais apporter mon point de vue :

    “En heures de pointe, les bouchons sont interminables en centre-ville d’Aubagne. Le tram “rééquilibrerait l’espace public

    avec moins de voitures, explique l’agglo. Les réseaux de bus arrivent à saturation, il faut trouver une alternative”.

    1-demandez à la police municipale de faire son travail et de pévéter les dizaines de voitures qui encombrent les rues du

    centre ville garées en double file et vous verrez qu’on circulera déjà un peu mieux…
    2-plus de tramway / métro = moins de voitures : c’est faux et archi faux, je travaille sur marseille, je traverse la ville et

    malgré l’offre de transport, la circulation y est impossible. Le marseillais ne lâche JAMAIS sa voiture.
    3-j’ai la gare routière d’aubagne sous mes fenêtres (merci d’ailleurs aux bus qui passent leurs journées à klaxonner pour rien), les bus ne sont jamais pleins.

    “Dans le camp des pro-tramway, on retrouve les commerçants du centre-ville, séduits par ce nouvel outil “d’attractivité”

    proposé par la ville.”

    il faudra me dire lesquels !
    quasiment tous les commerçants de la rue de la république d’aubagne sont CONTRE le tramway, ils l’affichent en vitrine,

    sur le comptoir et font signer la pétition à leurs clients.
    quand ils ont fait le tramway à la rue de la république à marseille, beaucoup de commerces ont fermés, c’est bien

    simple, il n’y avait plus de trottoir, mais un mauvais passage terreux très étroit pour les piétons, des palissades

    métalliques de deux mètres de haut, il était impossible d’accéder aux commerces et on ne les voyait même plus !
    ma compagne a un commerce à aubagne, on s’en sort déjà très mal avec la crise, alors la perspective des travaux qui vont nous plomber la clientèle pendant des mois, voir des années, non merci !

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  2. Vincent13008 Vincent13008

    Quand chacun fait son petit réseau de transport en commun dans son coin en tournant le dos au voisin, quand un bassin d’emplois comme Marseille n’est que médiocrement relié à sa “banlieue”, on voit le résultat de la hauteur de vue de nos “élites” politiques depuis des décennies. Ce serait rendre service aux citoyens que de dépasser les querelles de clocher et de travailler ensemble à la création d’un vrai réseau métropolitain de transport public… si possible avant que l’utilisation de la voiture individuelle devienne un luxe inaccessible. Après tout, il ne s’agit que de faire ici ce qui a été fait partout ailleurs en France, ce n’est donc pas sorcier !

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  3. Noé Noé

    C’est incompréhensible, pourquoi se lancer dans un projet de tramway couteux alors que l’on aurait pu privilégier le BHNS ?!

    Aubagne est une petite ville et le réseau de transport n’est pas à ce point saturé, il y a quelques difficultés au centre ville à cause des incivilités et sur la ligne 7 le samedi mais il ne faut pas exagérer.

    La ville de Cannes possède à elle seule 73 300 habitants et sans doute plus de moyens qu’Aubagne, pourtant elle ne s’est pas payée le luxe d’un tramway mais a fait le choix d’un BHNS qui reliera trois communes !

    Franchement, ce joujou sur rail que s’est offert (à crédit) Mr Fontaine n’était vraiment pas indispensable.

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  4. esternome esternome

    Ce débat, c’est un peu celui des anciens et des modernes, mais inversé. Un tramway existait, jusqu’à la politique du tout automobile qui a fait tant de mal ici, quand Aubagne devait compter au bas mot, moins de la moitié d’habitants, et la plupart travaillant sur place: en quoi un tramway ne serait plus une solution réaliste en 2012 quand elle l’était en 1905? Autre chose: il est de notoriété publique que Marseille lorgne sur la CAPAE pour s’en attribuer le potentiel fiscal, mais aussi sa capcacité à s’endetter: n’est-il pas dans son intérêt, au tournant de futures élections locales, de la prendre la moins endettée possible pour faire payer aux habitants du pays d’Aubagne les années d’incurie de Gaudin à Marseille, qu’il fait déjà payer aux pauvres Marseillais (vos articles sur la TH, l’impôt métropolitain); dans ce contexte, les Aubagnais et les autres paieraient pour les investissements de Gaudin (le stade vélodrome…)et pourraient se gratter pour leurs propres équipements.Ca paraît machiavélique, mais Machiavel était un politique.

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  5. gemi gemi

    Vivement le tram !!!!!!!!!!

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  6. Lyonnais Lyonnais

    Attention: c’est la CAPAE, peu endettée, qui finance le tramway (aidée à 40% par l’Etat et grâce au versement transport). Il ne faut pas la confondre avec la Ville d’Aubagne et son fort endettement.

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  7. fils d'Aubagnais fils d'Aubagnais

    On nous parle du coût de ce tramway et de l’intérêt pour les Aubagnais. Pendant ce temps-là, et depuis des années, on ne trouve pas la petite somme nécessaire pour climatiser les clubs du 3° âge …

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  8. creeks13 creeks13

    Bonjour,
    On nous fait croire que le tramway va faire diminuer la circulation. Mais pour qui on nous prends, des imbéciles ? Si on avait rajouté seulement 2 ou 3 lignes de plus avec des bus éco la facture aurait été moins lourde. Encore certainement des histoires de dessous de table. On en vait pas besoin pour seulement 35000 habitant. Je virerai tout le monde et récupérerai leurs biens. Non bien sur les impôts ne vont pas augmenter !!! on va bien voir.

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