Thierry Mariani, nouveau variant de la défaite du RN aux régionales

Reportage
par Benoît Gilles & Loeiza Alle
le 28 Juin 2021
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Le RN connaît une nouvelle défaite au second tour des régionales en PACA. Au-delà de la victoire "du système coalisé" contre eux, les responsables du parti d'extrême-droite pointent le danger d'une abstention qui éloignent d'eux les jeunes et les classes populaires.

Au Florida Palace, Thierry Mariani et le reste de ses colistiers se sont vite éloignés des journalistes après l'annonce de la défaite. (Photo Loeiza Alle)

Au Florida Palace, Thierry Mariani et le reste de ses colistiers se sont vite éloignés des journalistes après l'annonce de la défaite. (Photo Loeiza Alle)

Le visage fermé, les yeux tournés vers la feuille de son discours, Thierry Mariani commente enfin sa défaite, des heures après que celle-ci a été annoncée. De longues minutes sont passées entre l’annonce de son arrivée et le franchissement des parois de verre qui séparent les salons en plein air du Florida Palace, lieu de réception du 10e arrondissement de Marseille, de la grande salle où la presse est installée. Mais les chiffres se confirment, donnant au RN 42,7% des suffrages, quasiment quinze points derrière son rival. À la tribune, en direct sur les chaînes de télé en continu, l’ancien député LR fait part de sa “grande tristesse” : “Notre liste a été battue par tout un système coalisé, par un candidat qui a vu trois présidents voler à son secours”.  

Dans ce “système coalisé”, il met la “majorité des médias”, “tous les intérêts, toutes les puissances, tous les partis, des macronistes aux communistes”. Il insiste : “Quand on est redevable auprès de tant de cercles de pouvoir, cela ne présage rien de bon pour l’avenir de notre région”. Une fois ces mots lâchés, le nouveau leader du RN dans la région tourne les talons et rejoint ses nouveaux camarades de parti autour des petits fours et des verres de rosé.

Plafond et frontière de verre

Les 80 journalistes présents le suivent, micro en main, espérant recueillir des réactions. Le responsable média se tourne vers Philippe Vardon, élu niçois et principal acteur de la campagne : ça sera non. Une nouvelle fois victime du “plafond de verre” qui l’empêche de franchir le second tour et d’accéder au pouvoir, le parti a décidé de maintenir une frontière de verre au soir d’une nouvelle défaite électorale.

S’ensuit, une curieuse scène, symbolique en diable : la presse, rouage de ce “système coalisé” est maintenue dans un cube climatisé, loin des élus et militants qui ne partageront pas leurs analyses de la défaite. Ils sont pourtant tous là, vieux briscards du FN marseillais, jeunes militants issus de la mouvance de l’ultra-droite, action française, bastion social ou le Tenesoun, sa version aixoise édulcorée. “Ce n’est pas contre vous, veut rassurer Emmanuel Fouquart, candidat aux Départementales à Martigues, qui s’apprête à rejoindre les militants RN. Mais vous savez, avec la déception, il peut arriver que les militants disent des choses qui dépassent leur pensée”.

“Un parti comme les autres”

Il est possible qu’en démocratisant nos idées, on se soit nous aussi mis dans le système, malgré nous.

Un militant

En début de soirée, pourtant, les rares militants étaient assaillis de questions, passant d’un micro à l’autre, pour expliquer une défaite, annoncée très tôt dans la soirée. Il en va ainsi de ce sympathisant toulonnais, venu participer à l’organisation des élections qui, gentiment, répond à toutes les sollicitations. “Les gens en ont marre de la politique. Ils ne voient que des magouilles et des alliances. Donc ils n’ont plus envie d’aller voter du tout, y compris pour le RN. Il est possible qu’en démocratisant nos idées, on se soit nous aussi mis dans le système, malgré nous. Parce que les autres partis reprennent nos idées, se mettent aussi à dénoncer l’immigration clandestine, on est peut-être devenus un parti comme les autres”. 

Directeur de campagne de Thierry Mariani, le Niçois Philippe Vardon ne va pas jusque-là, même si avec la forte abstention qui a desservi son camp, il voit poindre un danger plus grand encore. “Contrairement à une idée reçue médiatique, nos électeurs ne sont pas les plus mobilisés, explique le deuxième de liste dans les Alpes-Maritimes. Les électeurs ne se sont mobilisés ni pour nous, ni pour personne. En fait, bon nombre d’entre eux sont dans une forme de sécession démocratique”.

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Il y voit un signe inquiétant “pour le consentement à la loi, le consentement à l’impôt qui doit interroger en profondeur tous les responsables politiques”. Ils pointent la désaffection des classes populaires et des jeunes “qui forment l’électorat du RN mais aussi le gros de l’abstention”.

Mais entre le parti victime du système, et le RN, parti du système rejeté, il y a un pas que certains électeurs ont franchi. “Mais ils ont eu l’impression après le premier tour que la politique ne servait à rien, poursuit Philippe Vardon. Or, ils sont victimes du système parce que l’abstention favorise le système en place“.

Des smileys pour l’infréquentable

En dehors de l’abstention, les responsables du RN pointent surtout “une campagne dégueulasse” du candidat Muselier, à coup d’anathèmes, de procédures judiciaires énumèrent-ils. “Le même qui nous envoie des textos avec des smileys avant les élections, nous trouvent infréquentable après, rigole Vardon. Même avec Estrosi que je ne porte pas dans mon cœur, en 2015, la campagne avait plus de tenue”.

Son comparse Frédéric Bocaletti, ancien leader du RN à la région, pointe également “une alliance de la PQR”, pour presse quotidienne régionale, accusée d’avoir favorisé leurs adversaires “à part La Provence qui a joué le jeu”. Les éléments de langage y sont les mêmes que ceux de son candidat : seul contre tous, le RN perd une nouvelle fois.

S’ajoute à cela, “le comité représentatif du rassemblement écologique et sociale” que Renaud Muselier a promis aux candidats de gauche qui, derrière Jean-Laurent Felizia, ont accepté de se retirer pour le laisser seul en lice face à l’extrême-droite. “Il a promis de faire passer à chaque plénière, deux délibérations issues de ce comité, alors qu’en six ans, il a rejeté tous nos vœux, toutes nos motions, s’offusque le cadre RN. Et ça, ce n’est pas du mépris pour nos électeurs ? Ce n’est pas contre la démocratie ? Si la gauche voulait être représentée, elle n’avait qu’à se maintenir”.

Mais il n’y voit pas forcément un mauvais signe avant-coureur à la veille des élections nationales, présidentielle puis législatives, le grand rendez-vous de son parti. “Après tout, nos électeurs se mobilisent peu pour les scrutins régionaux, sourit-il. Et ils ont élu des conseillers départementaux RN dans les cantons des villes RN. C’est qu’on fait du bon boulot. C’est ça dont ils ne voulaient pas, qu’on ait un bon bilan dans une région”. Sa candidate, Marine Le Pen, n’aura pas cette rampe supplémentaire pour se présenter à l’élection suprême. Quant à Thierry Mariani, parti tôt de la fête, post-défaite, il sera présent dès ce vendredi dans l’hémicycle régional, au moins pour voir élire son rival.

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Benoît Gilles
Journaliste
Loeiza Alle

Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    Tout d’abord bravo pour le choix des titres ce matin, un peu d’humour ça fait du bien !

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  2. MarsKaa MarsKaa

    En bref, les responsables du RN considerent leurs électeurs comme des enfants qu’il faut gronder, et leurs militants comme des ados qui, ne maîtrisant pas leurs émotions, peuvent dire n’importe quoi …
    quel mépris ! + hyper contrôle de la communication du parti, ça fait peur ! Pour un parti qui se veut populaire et démocratique…..

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  3. Dark Vador Dark Vador

    Ça a fait peur, en effet. Le danger brun s’est éloigné, il continuera à rôder, soyez-en certain. Une nouvelle page s’ouvre, la problématique classe politique-offre politique-électeurs-abstention reste entière et non résolue…

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  4. jasmin jasmin

    Sympas, les titres covidiens de ce matin!!

    Le problème du RN c’est qu’il fonctionne uniquement dans le Triangle Dramatique de Karpman: interactions du type “victime, persécuteur, sauveur”. En se dénommant et en nommant constamment leurs fans comme les victimes du système, et les autres comme leurs persécuteurs, ils espèrent que les gens vont tomber pour la rhétorique et les choisir comme sauveurs. Ils ne voient pas qu’en démocratie, contrairement aux dictatures, c’est le vote des présents qui compte, de ceux qui pensent qu’ils ont quelque chose à dire et à influencer.

    Il n’est pas du tout dit que ceux qui boudent les urnes aient envie d’un système exclusif, de fonctionnement familial du type royauté, de propos dénigrants pour ceux qui ne ressemblent pas physiquement aux ancêtres gaulois, avec leur image Disney de beaux, grands, blonds, roux, blancs aux yeux bleus qui ne correspond pas au faciès de tous les Gaulois de l’antiquité. Le monde a changé, s’est mixé, et eux veulent nous ramener vers l’antiquité en nous faisant croire que c’était le temps de la force, de la paix, de l’abondance. Donc le vote abstentionniste n’est pas majoritairement favorable à ces valeurs, sinon il serait allé voter RN.

    Le plus pénible c’est d’être obligé de voter utile pour éviter la dictature en France. L’existence même du RN finit par nous gâcher le plaisir à chaque scrutin en subtilisant la joie de vivre en démocratie et de voter pour qui on veut. Pffff.

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    • jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

      Pour la première fois (j’ai voté pour la première fois en 1969 contre le référendum de De Gaulle…!) et ainsi de suite je votais régulièrement, je n’ai pas voté ce deuxième tour. Déjà en avril 2002 j’ai voté au deuxième tour contre Le Pen donc pour Chirac, mais désormais le coup du ”front républicain” ”faire barrage” au FN, cela ne prend plus.
      18 ans que les électeurs de gauche sont absents des exécutifs nationaux ou régionaux ÇA SUFFIT…contre le FN. Je me demande si le FN n’a pas été crée pour ÇA…? Qu’en pensez vous…?

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  5. TINO TINO

    Je crains que les ” abstentionnistes RN ” le soient parceque jugeant le RN trop lisse , pas assez radical, au bout du compte pas assez fasciste.

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  6. patrick patrick

    Au prix d’un effacement de la gauche durable et honteux, qui va disparaitre sans avoir combattu mais en gagnant une commission Théodule.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Le mot effacement n’est pas le mot exact, j’employeai plutôt l’expression de s’etre tirée une balle dans le pied toute seule.
      Clientélisme, affairisme, favoritisme,prises d’intérêts ont lassés les électeurs et la justice.Resultat , rayé de la carte. Vu leurs antécédents, la droite y aura droit aussi.
      Question de temps.

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