Renaud Muselier, le geste barrière

Reportage
le 28 Juin 2021
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Renaud Muselier est réélu à la tête de l'exécutif de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Une réélection complexe, plombée par des tiraillements dans son camps et par un front républicain dont les ressorts s'usent d'élection en élection...

Une foule de journalistes et de militants attendaient Renaud Muselier à son QG après l'annonce de sa victoire. (Photo Emilio Guzman)

Une foule de journalistes et de militants attendaient Renaud Muselier à son QG après l'annonce de sa victoire. (Photo Emilio Guzman)

Mais arrêtez maintenant ! J’ai gagné, c’est tout ! Allez, venez, je vous paye un coup ! Les perches, les micros et les caméras forment autour de Renaud Muselier une sorte de muraille dont, on le sent, il aimerait bien s’échapper. Renaud Muselier a gagné. Celui que les sondages promettaient à une déculottée certaine, celui à qui la droite dure reprochait son casting s’étendant à des élus du centre et de la République en marche, celui pour lequel la gauche – fatiguée d’un front républicain dont elle se sent le perpétuel dindon – ne voulait pas voter. “Estrosi m’a appelé à sept heures moins le quart et m’a dit : t’es président de région !” Renaud Muselier a gagné.

Alors, devant ce local un peu biscornu qui lui sert de permanence électorale, face au Silo, le président sortant Les Républicains de la région Provence Alpes Côte d’Azur aimerait bien dépasser la herse de micros tendus et qu’on le laisse à sa joie cinq minutes. Mais avoir réussi à incarner le geste barrière face au Rassemblement national pour quelque 57,3% des électeurs qui se sont déplacés (l’abstention atteint 64%) quand on a été donné perdant pendant des semaines mérite qu’on s’y attarde.

“Ça a été un enfer ! Deux mois de chemin de croix cette campagne !”

RENAUD MUSELIER

“Ça a été un enfer ! Deux mois de chemin de croix cette campagne !”, s’irrite Renaud Muselier qui peine à relâcher la pression. Il sourit à ses militants, mais, dedans, il bouillonne. Remâche, revanchard : “Les médias nationaux n’ont pas cessé de se tromper ! Pendant des semaines on a dit que ma stratégie était mauvaise et que j’étais un âne !”. Un de ses proches collaborateurs claque la bise à un colistier : “La vérité c’est que c’est un putain de tourbillon qui s’arrête…”  Non loin, l’élu régional vauclusien Michel Bissière abonde : “On nous a tellement montrés du doigt. Il y a des critiques qu’on veut bien entendre, et d’autres qu’on accepte mal.”

Surtout quand elles viennent de votre camp. Car ce que les colistiers du sortant pointent, c’est d’abord les coups de dagues plantées dans le dos au lancement de la campagne, notamment de la part de l’aile la plus à droite des Républicains. “On n’a pas la culture de la coalition. Pourtant, la preuve que la stratégie était la bonne !”, note Jean-Pierre Colin, premier adjoint centriste à la Seyne-sur-Mer. Ils sont nombreux, en aparté, à glisser que “les Ciotti, les Teissier et les Boyer”, comme dit une militante en chemisier jaune, “se sont bien plantés”. Dehors, la fête bat son plein, des jeunes Républicains dansent sur des tubes techno et un vieux briscard analyse : “Dans les jours qui viennent, je peux vous garantir que les couteaux seront de sortie chez LR…”

“Le front républicain n’est pas mort”

Un peu plus tard dans la soirée, le maire de La Roque d’Anthéron, Jean-Pierre Serrus et Bertrand Mas-Fraissinet, tous deux issus des rangs de la République en marche, sirotent un dernier verre dans la trattoria qui jouxte le local. Tous deux siègeront dans l’hémicycle dans les rangs de la majorité régionale. Jean-Pierre Serrus insiste : “Depuis deux mois, on annonce la couleur : que les étiquettes doivent être mises en sourdine pour l’emporter. Ça a du poids ce soir, me semble-t-il !”

Comme lui, Sabrina Roubache, productrice audiovisuelle proche du couple présidentiel et 4e sur la liste des Bouches-du-Rhône veut “remercier tout le peuple de gauche qui s’est mobilisé”. Elle sait, affirme-t-elle “à quel point ça a dû être dur pour Jean-Laurent Félizia de se retirer”. Cette victoire est aussi à ses yeux le signe que “le front républicain n’est pas mort”. Betrand Mas-Fraissinet y voit, lui, l’indice “d’une intelligence collective face au risque de bascule avéré au RN”.

Les scènes d’embrassades se sont multipliées à l’annonce des résultats au QG de la Joliette. (Photo Emilio Guzman)

Tapie, Jacob, Hollande, Arthus-Bertrand

À la tribune, le président réélu n’a pas le lyrisme grandiloquent de son prédécesseur Christian Estrosi qui, il y a six dans, s’était posé en résistant. Mais Renaud Muselier salue ces électeurs de gauche qui ont fait le choix de glisser un bulletin en sa faveur dans l’urne. Le fameux geste barrière. “Cette victoire, c’est la victoire de toutes celles et tous ceux qui sont allés voter aujourd’hui, souvent au-delà de leurs différences, de leurs appartenances politiques, philosophiques, sociales ou religieuses.

S’il évite d’utiliser le terme “front républicain”, Renaud Muselier préfère parler de “cause commune face au péril de l’extrême-droite”. Dans un drôle de discours, aux faux airs de remise du César du meilleur espoir, il remercie une foultitude d’acteurs de cette “cause commune” : de Bernard Tapie à Yann Arthus-Bertrand, en passant par Christian Jacob et, plus tard, François Hollande ou Nicolas Sarkozy. “On nous promettait un destin de cobaye, nous avons opté pour un destin de région libre”, dira plus tard le sortant.

“La participation est dramatique”

Le médecin de 62 ans ne file pas la métaphore médicale, mais il devra, durant son mandat, panser bien des plaies. Pour tenter d’apaiser celles de l’alliance de gauche et des écologistes, il évoque à nouveau le comité représentation du Rassemblement écologique et citoyen. Un “espace d’expression, de réflexion et d’action” dont il promet qu’il ne sera pas “une usine à gaz” similaire à la “conférence régionale consultative” mise en place dans les mêmes conditions par Christian Estrosi…

L’autre remède qu’il devra trouver, c’est celui qui guérit de l’abstention. Car même si la région Paca est l’une des “moins pires” élèves métropolitaines, le taux de participation de 36% est un motif d’inquiétude sérieux chez les élus. Sophie Joissains, deuxième dans les Bouches-du-Rhône ne le cache pas : “La participation est dramatique. Nous devons tous nous interroger sur ses causes. Et ne pas les laisser s’installer”, argue-t-elle.

Sabrina Roubache, toute à sa joie de voir “le RN reculer”, n’oublie pas que les autres partis reculent aussi… “On a un vrai travail à faire sur les messages et sur l’image même du politique. Il faut s’y pencher, fissa fissa !”  En 2015, Christian Estrosi était élu avec 54,78% des suffrages soit 1 million de voix (avec 40% d’abstention). En six ans, les Républicains ont perdu en route presque 400 000 de leurs électeurs.

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Commentaires

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  1. MarsKaa MarsKaa

    Nécessaire conclusion. Cette memoire et cette analyse des chiffres sont indispensables si on veut comprendre le corps électoral.
    J’espère que toutes ces paroles seront suivies d’actes de la part des élus.

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  2. Dark Vador Dark Vador

    Paroles, paroles, paroles… J’ai participé au front républicain, il fallait que le RN soit stoppé.

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  3. patrick patrick

    Content de ne pas avoir participé à cette mascarade, va falloir s’habituer à ne plus voir la gauche dans cette région qui va être gouvernée entre extrême droite et droite extrême.

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  4. patrick patrick

    L’insupportable hypocrisie des vainqueurs face à l’abstention. Lequel va refuser son mandat car trop peu représentatif ? beaucoup de blabla.

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  5. julijo julijo

    j’ai un peu vu hier soir, et un peu lu ce matin. je suis consterné. oui, le front républicain à marché – dans tous les sens du terme-
    aucun pour s’inquiéter réellement de la signification du nombre d’abstentions…
    la conclusion que l’idée de “large” rassemblement autour de lui était bonne…me laisse coi ! un peu d’humilité ne ferait pas de mal.
    muselier est il conscient que sa légitimité est légère, et que 64 % d’abstention ne couvre pas forcément les pertes de voix du lr et qu’il est un peu loin de l’unanimité pour son ouverture de lr, lrem, modem…..
    j’attends avec impatience que voie le jour ce fameux : comité représentation du Rassemblement écologique et citoyen, et surtout comprendre son utilité.

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  6. jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

    Pour la première fois (j’ai voté pour la première fois en 1969 contre le référendum de De Gaulle…!) et ainsi de suite je votais régulièrement, je n’ai pas voté ce deuxième tour. Déjà en avril 2002 j’ai voté au deuxième tour contre Le Pen donc pour Chirac, mais désormais le coup du ”front républicain” ”faire barrage” au FN, cela ne prend plus.
    18 ans que les électeurs de gauche sont absents des exécutifs nationaux ou régionaux ÇA SUFFIT…contre le FN. Je me demande si le FN n’a pas été crée pour ÇA…? Qu’en pensez vous…?

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    • patrick patrick

      D’accord avec vous, leur barrage ça suffit. D’autant que sur ce coup là mumu serait passer même avec une triangulaire. Je n’ai dans mon relatif petit entourage quasiment que des gens qui ont voté à gauche au 1er tour et nada ou blanc au 2ème. Je ne suis certainement pas représentatif mais j’ai l’impression que les baltringues pc/ps/eelv se sont fait gravement avoir.

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  7. Manipulite Manipulite

    Qu’aurions nous dit si Mariani l’avait emporté ? Ne boudons pas notre plaisir et notre honneur d’avoir sauvegardé PACA hors de la fachosphère. L’abstention ? Tant pis pour ceux qui font les enfants gâtés devant une chance démocratique ou qui ne s’intéressent pas aux élections malgré l’abondance des infos à leur disposition. Ils ne devront pas venir se plaindre.

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    • patrick patrick

      regardez les scores il ne serait pas passé. par contre les enfants de chœur sont out pour 7 ans de plus. Qui sont les ballots ?

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  8. Dark Vador Dark Vador

    N’oublions pas que R. Muselier a été élu à 57,3 % sur… 19,7 % des inscrits… Très très mal élu pépère!

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  9. GlenRunciter GlenRunciter

    Certains font la fine bouche. Ils n’ont qu’en s’engager en politique et aller convaincre les gens de voter (c’est à dire choisir leur destin), et accessoirement de voter pour eux. Comme au théâtre, j’ai toujours respecté les artistes, ceux qui montent sur scène, quel que soit leur niveau. Réflexe fondamental.
    Sinon il y a la Chine populaire. Pas la peine de voter c’est cool.

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  10. Lambda Lambda

    Vous êtes sérieux GlenRunciter, ?
    S’engager en politique sans soutien et sans fric ? “Si t’es pas content présente toi ! ”
    C’est une philosophie (ou plaisanterie) très ringarde .
    Quant à la photo du vainqueur (programmé) poing levé ? (que signifie ce geste ?) .
    Elle représente ce qu’on appelait à une époque “l’arbre aux singes”, dont les chefs lorsqu’ils grimpent vers le sommet, se retournent et ne voient que des gueules souriantes, tandis que ceux qui grimpent derrière n’y voient que des trous, du cul !

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