Sur les chantiers de rénovation urbaine, l'insertion représente 14 emplois par an à Marseille

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le 17 Déc 2013
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A chaque réunion d'information avec les riverains concernés par l'avancée des bulldozers, la même question revient : "Et les jeunes de chez nous, vous allez les faire travailler?". A cette interpellation, pas toujours formulée de manière diplomatique, les acteurs de la rénovation urbaine, Marseille Rénovation Urbaine (MRU) au premier plan, renvoient vers la clause prévue par la charte nationale d'insertion adoptée en 2005 par l'Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU). Il s'agit de "consacrer à l'insertion professionnelle des habitants des zones urbaines sensibles au moins 5% des heures travaillées dans le cadre des investissements du projet de rénovation urbaine".

Ainsi, sur chacun de ses 14 chantiers, MRU doit respecter la règle et faire embaucher par les entreprises du bâtiment des travailleurs résidents dans des quartiers définis, sur la base d'un volume horaire minimum de 5% des heures totales. Ces embauches passent obligatoirement par l'association Emergences et le plan local pour l'insertion et l'emploi (Plie), mandatés par MRU.

Ce lundi, dans le cadre d'un table-ronde, l'opérateur public et Emergences ont fait le point sur les actions réalisés dans ce cadre étroit. L'occasion de faire un bilan d'étape sur l'application de la règle de 5% depuis 6 ans, mais également définir les publics visés et savoir ce que sont devenus les bénéficiaires de ces contrats d'insertion. A la vue de ces chiffres, le levier pour l'emploi ressemble fort à un petit cure-dent. 

1. 276 personnes concernées en 6 ans

Avec 133 912 heures d'insertion réalisées depuis 2006, les programmes de rénovation marseillais ont légèrement dépassé la barre des 5% (qui aurait tourné autour des 131 000). Mais ce montant à six chiffres "correspond théoriquement à 14 ETP [équivalents temps plein] par an, sur une période de 6 ans (84 ETP)", explique Nadège Grand qui présente les données recueillies par l'association Emergences. "A terme, l'ensemble des investissements de travaux prévus dans le cadre des PRU pourra générer envion 530 000 heures d'insertion" retient le bilan de la charte locale d'insertion. Pour l'instant, à vue de nez, cela fait en moyenne trois mois de travail par personne embauchée. 

Derrière la théorie, ce sont 276 personnes – dont 6 femmes – qui ont bénéficié du dispositif. Leur profil est défini à grands traits : "30% des personnes sont allocataires du RSA, 60% ont moins de 40 ans. 91% ont un niveau de qualification inférieur ou égal au CAP BEP". Les bénéficiaires marseillais se démarquent légèrement de la moyenne nationale en ce qu'ils sont moins jeunes : "20% de bénéficiaires sont âgés de moins de 26 ans contre 26% au niveau national et les allocataires du RSA sont plus nombreux : 30% contre 24%".

2. 12 CDI en 6 ans

Comme le montre ce camembert, la grande majorité des embauches dits "clausées" se font en contrat d'insertion. Depuis le début des opérations de rénovation urbaine, seulement 12 contrats à durée indéterminée ont été signés. Cela est en partie lié à la structure du marché : les entreprises embauchent le temps d'un chantier d'où les contrats à durée déterminée.

En revanche, aucune donnée n'est fournie sur leur durée, élément crucial dans le succès du processus d'intégration sur le marché du travail. "Quelle est la durée moyenne d'un contrat ? Une insertion réussie doit se faire sur au moins douze mois", interroge Kamel Dahchar, directeur de la régie de service Nord Littoral. La seule donnée précisée par MRU sur d'éventuelles reconductions mentionne que "plus de 40 personnes sont intervenues plusieurs fois sur le même chantier ou sur plusieurs chantiers".

3. 45 000 heures à Plan d'Aou

Sur les douze zones urbaines sensibles situées à Marseille, seules quatre – Vallée de l'Huveaune, Air Bel, La Rose Frais Vallon et Estaque Saumaty – ne sont pas concernées par les programmes de rénovation urbaine. La clause locale d'embauche prévoit l'emploi de résidents en zone urbaine sensible, mais pas nécessairement sur le chantier de leur quartier. Au contraire, les professionnels semblent craindre une trop grande proximité. "Travailler dans son quartier n'est pas la solution, explique Jean-Michel Amato, directeur de Provence TP. L'insertion commence par le fait de sortir de son quartier et aller travailler ailleurs. C'est la première condition". La gestion dite "inter-ZUS" fait d'ailleurs partie des "axes à améliorer" définis par MRU pour 2014-2015. Pour l'heure, avec près de 45 000 heures d'insertion réalisées, Plan d'Aou / La Viste est l'opération de rénovation qui a le plus bénéficié du dispositif. Mais c'est aussi le chantier qui a démarré il y a le plus longtemps. Les programmes n'étant pas tous au même état d'avancement, c'est à la fin du chantier que les 5% doivent être atteints.

Source : Marseille Rénovation Urbaine

4. 37% en contrat d'insertion 6 mois après

Marseille Rénovation Urbaine a également fourni des données éclairantes sur l'avenir des bénéficiaires de contrats d'insertion. Ainsi "80% d'entre eux sont en situation de travail ou de formation 6 mois après leur premier contrat". Mais cette sortie positive est plus contrastée qu'il n'y paraît.

Six mois après le début de leur contrat, 20% des personnes sont en recherche d'emploi. 37% sont en contrat d'insertion, enchaînant donc les dispositifs d'accompagnement. Les CDD et CDI représentent respectivement 12 et 11% des cas. Malgré cette ventilation au bilan mitigé, MRU se félicite du devenir des travailleurs clausés, relevant : "Localement, ces résultats sont plus favorables que la moyenne nationale". A Marseille, le taux d'emploi en CDI six mois après le début du contrat clausé – 11% des bénéficiaires – est supérieur de 3% à la moyenne nationale. Enfin, "parmi les situations connues à 12 mois, 16% des personnes sont en CDI, contre 12% selon l'enquête nationale". Si ces pourcentages peuvent paraître encourageants, ils reflètent assez mal la réalité de l'insertion professionnelle générée par ces chantiers, plus proche de la goutte d'eau dans un océan de chômage.

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Commentaires

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  1. Marseillais indigné Marseillais indigné

    A partir du moment où c’est l’argent public qui finance ces opérations on comprend mal le faible taux d’heures travaillées réservées aux demandeurs d’emploi de ces quartiers ! On sait en outre qu’il s’agit d’une main d’œuvre peu mobile en raison de l’enclavement des cités pauvres, conséquence de la carence de la municipalité marseillaise dans ce domaine Il est facile de faire joujou avec l’argent des contribuables en finançant le Tramway qui fait double emploi avec le métro ,de payer en leasing un bus électrique En revanche il y a une absence totale de volonté politique pour relier Marignane et Aix à Luminy via le centre de Marseille en commençant par interconnecter ou renforcer l’existant Ainsi le doublement de la voie ferrée entre Aix et Marseille s’impose

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  2. Saturnin Saturnin

    L’insertion, d’accord. Mais l’étude en question regarde les choses par le petit bout de la lorgnette, non ? Les ouvriers qui travaillent sur les chantiers sont bien cela : des ouvriers, et pas des docteurs d’AMU qui n’ont pas trouvé de poste au CNRS, ni (pire) des rentiers aixois prêts à tout pour se distraire.

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