Sur la rocade L2, François Hollande fait des vœux pour un grand Marseille

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Benoît Gilles
9 Déc 2016 4

Le président Hollande a profité de l'inauguration de la rocade L2 pour envoyer un message aux grands élus sur les nécessaires évolutions de la métropole, bientôt en discussion à l'Assemblée nationale.

François Hollande à Marseille le 8 décembre 2016

François Hollande à Marseille le 8 décembre 2016

Il y a quelques avantages à être un président qui se représente pas : chaque discours a une valeur testamentaire. En inaugurant la section Est de la rocade L2, le président Hollande dit “être venu honorer une promesse de 80 ans”. “Combien de présidents de la République avant moi ont dû se succéder pour confirmer la promesse et ne jamais pouvoir l’honorer”, formule-t-il. C’est un peu tordre l’histoire et oublier que dans les années 30, quand la rocade est dessinée, elle est un projet municipal. Et ce jusqu’en 1979, où le projet de rocade de contournement change de maître d’ouvrage et passe de la Ville à l’État.

Cela remonte à une époque d’avant les lois de décentralisation signées par le ministre de l’intérieur et maire d’alors, Gaston Defferre. L’État et les pouvoirs locaux agissaient alors de concert. Au-delà des grandes envolées sur l’identité plurielle de Marseille, “ville mondiale”, il a surtout été question dans les discours des relations complexes entre l’État central et les collectivités.

“Marseille, enjeu national”

Jean-Claude Gaudin est ainsi revenu sur Marseille “enjeu national” qui doit “bénéficier d’un soutien fort de l’État”. Pour le maire et président de la métropole, la présence même du chef de l’État au bord de cette autoroute enfin ouverte est le gage de ce soutien notamment “pour les projets futurs de l’agenda de la mobilité métropolitaine” (lire notre article).

La présidente du conseil départemental, Martine Vassal l’a également exhorté dans cette “forme de liberté nouvelle” d’un mandat sans élection à poursuivre son action “jusqu’au dernier jour” notamment pour “cette métropole que vous avez voulue” et son “plan réaliste et ambitieux pour les transports métropolitains”.

Elle rappelle au passage que l’institution qu’elle préside doit injecter 300 millions d’euros dans ce projet de transports, soit à peine le double de la part qui revient au Département dans le financement de la rocade L2, c’est-à-dire 176,5 millions d’euros. À son tour, le président de région, Christian Estrosi a rappelé l’important écot que son institution verse pour participer au chantier de la rocade : 280 millions négociés par son prédécesseur. Il a aussi rappelé les grands projets de transports financés dans le cadre du contrat de plan État-région et engagé le gouvernement à poursuivre son engagement “aux côtés des collectivités”.

“Pour une société de projet”

Tous ces messages sont passés. Mais le président Hollande s’est bien gardé de pousser très loin ses promesses pour Marseille et sa métropole. Il y a d’ailleurs là un étrange grand écart. De cette demi-rocade qu’il dit inaugurer par anticipation – la L2 Nord ne sera livrée que dans un an – il dit qu’elle est un “projet d’envergure européenne” en ce qu’elle relie l’autoroute A7 “très fréquentée” à l’A50 entre Marseille, Toulon et la Côte d’Azur. Un chemin pourtant déjà proposé par l’A8 qui elle pousse jusqu’en Italie…

Mais pour rattraper le retard métropolitain en matière de transports collectifs, pas d’annonce sonnante et trébuchante, si ce n’est l’idée de “bonifier les dotations de l’État” sans que l’on sache s’il s’agit là du coup de pouce passé ou d’un autre encore à venir. En revanche, le chef de l’État va plus loin en réaffirmant la promesse de créer “une société de projet, avec la capacité de mener à bien les investissements” sur le modèle du grand Paris. Mais il prévient aussitôt : “Ce sera à vous les élus de prendre vos responsabilités. L’État peut vous donner les moyens de vos ambitions, il faudra l’intervention du législateur mais ensuite il ne dépendra que de vous d’être à la hauteur des compétences qui vous seront attribuées.”

L’expression est sibylline mais la référence aux législateurs n’est pas un hasard alors que l’Assemblée nationale se prépare à examiner un certain nombre de mesures qui concernent la métropole marseillaise au sein d’un projet de loi concernant le statut de Paris. Ce projet de société dédiée est déjà sur la table, avec une demande de rapport du gouvernement formulée par un amendement adopté par la commission des lois et bientôt en discussion à l’Assemblée nationale.

Nécessaire évolution du département

Le chef de l’État s’est aussi fait sibyllin à propos du département en évoquant “ceux qui sont pour des solutions définitives avant d’arriver aux responsabilités puis ensuite réfléchissent”. La flèche s’adressait peut-être à Manuel Valls, favorable à leur disparition avant de se rétracter et candidat à sa succession. “Les départements devront évoluer surtout pour ceux qui comprennent une métropole”, ajoute le chef de l’État. Là encore, un amendement adopté par la commission des lois prévoit que le gouvernement rédige un rapport sur le cas marseillais avant septembre 2017.

Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal dénoncent régulièrement dans cette forme de cavalier à la fois territorial et législatif une manœuvre du député Patrick Mennucci, encore vilipendé lors du dernier conseil municipal et accusé de faire de la métropole le nouveau véhicule de son ambition personnelle. Or, ce vendredi, les deux présidents devraient faire entendre “une parole forte” et commune, si l’on croit l’entourage du premier, sur le débat en commission des lois et la réflexion autour de la disparition du département. Cela sans rapport avec les signaux présidentiels. Ce dernier laissera à son successeur le soin de gérer l’évolution de la métropole et le financement de ses projets.

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