Après un incident dans son usine de Gardanne, Alteo se met au lavage de voitures

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Clémentine Vaysse
11 Mar 2016 3

Fin de l'important dispositif de crise mis en place à Gardanne suite à la rupture de canalisation dans l'usine d'alumine d'Alteo. Plus de 30 hectares ont été touchés par le rejet accidentel d'eau chargée de soude et de bauxite. Si l'industriel minimise les risques pour les habitants et l'environnement, le préfet a pris l'incident au sérieux et le maire a regretté le délai d'information.

Voilà un incident qu’Alteo aurait sûrement préféré éviter deux mois à peine après avoir obtenu une nouvelle autorisation de rejets en mer, condition selon elle de sa poursuite d’activité. L’usine d’alumine a eu à affronter, avec la mairie, les conséquences d’une rupture de canalisation au sein de son usine de Gardanne. Dans la nuit du mardi 8 mars au mercredi 9, un tuyau dans un atelier du site a cédé sous l’effet de la pression, libérant de l’eau chargée de soude et de bauxite, dont est extrait l’alumine que fabrique Alteo.

Une réunion de crise se tenait sur le sujet à la mairie ce vendredi matin en présence de l’industriel et des forces de l’ordre intervenues dans le cadre de l’opération ayant suivi l’incident. Une manière de faire un premier bilan du nouveau dispositif d’urgence piloté par la mairie alors que la cellule de crise se terminait à 17h ce vendredi.

Un tuyau contrôlé en janvier

La cause de cet incident a été identifiée sans trop de souci : « La canalisation en acier a cédé sous la pression, explique le responsable de l’usine Eric Duchenne. Le procédé de fabrication use les tuyaux, nous procédons à un entretien de ceux-ci toutes les 10 semaines ». Selon la direction de l’entreprise, la paroi de ce tuyau, posé en 2013 et contrôlé en janvier, faisait 3,6 mm. Se fixant une limite à 3 mm, elle avait prévu de le changer en avril.

Selon l’industriel, la situation sur place a été réglée en une quinzaine de minutes, le flux étant arrêté. 15 mètres cube de liquide se seraient échappés contenant « quelques kilos de soude ». « Bien que l’incendie ait eu lieu à 2 heures du matin, nos équipes ont fait le nécessaire pour contenir la soude. Aucun embrun de vapeur n’a été constaté. A cinq heures du matin, pour nous l’incident était clos », expose Eric Duchenne. La direction régionale de l’environnement est prévenue à 8h30 mais l’industriel découvre peu après que l’impact ne s’est pas limité à l’usine. « Petit à petit, nous avons eu l’information que plusieurs voitures étaient blanches aux abords », poursuit-il. Un fort mistral aurait en effet soulevé un nuage de vapeur chargé de soude.

3 écoles nettoyées à grande eau

La mairie n’est mise au courant de l’incident qu’à midi le mercredi. En aparté, le maire Roger Meï déplore ce délai. « Ce qu’il y a c’est qu’Alteo a tardé à nous alerter. En juillet 2014, lorsqu’il y avait eu un problème sur un bac de soude, j’étais immédiatement sur place », se souvient l’élu PCF, à la mairie depuis 1977. Jusqu’à présent, contrairement à de nombreux sites industriels, aucun comité de suivi n’existait. Cette instance regroupant élus et représentants du monde associatif autour de l’industriel est prévue par l’arrêté préfectoral de décembre autorisant le rejet en mer.

Dès l’alerte parvenue à la mairie, la priorité est alors mise sur les trois écoles du centre-ville, à proximité de l’usine. Les établissements sont nettoyés à grande eau par les services de la ville et par une société privée dépêchée par Alteo. « Le risque se limite à des brûlures au contact », tente de rassurer la direction de l’usine, considérant la soude comme irritante mais pas toxique. La préfecture s’est montrée plus préoccupée dans un communiqué publié jeudi à 17 h indiquant qu« un médecin de l’Agence régionale de santé s’est vu confier le soin de suivre les éventuelles conséquences sanitaires ». Le préfet indiquait également qu’il prendrait « un arrêté d’urgence demandant à ce que toutes les canalisations de l’usine fassent l’objet d’une vérification ».

« Nous avons pu tester le plan communal de sauvegarde qui permet de coordonner l’ensemble des forces en présence sous l’autorité du maire », détaille Angèle Planidis, directrice générale des services de la ville de Gardanne, défendant le « principe de précaution » imposé par la situation. Deux périmètres d’impact ont été étudiés selon elle, un de 14 hectares et un autre de 34. Deux numéros verts ont été mis en place pour les habitants, un par la ville et un par Alteo. L’industriel s’est également engagé à nettoyer les rues et les véhicules des habitants recouverts d’une poussière blanchâtre récalcitrante. « Nous avons ouvert un carwash sur le site de l’usine », s’amuse Eric Duchenne. Un papier a été déposé par l’entreprise sur les pare-brises des habitants.

« Les gens appellent surtout pour des questions matérielles et pour s’inquiéter de l’eau du robinet mais il n’y a aucun risque en la matière », tient à préciser le maire. Industriel et mairie assurent que des mesures « contradictoires » seront effectuées la semaine prochaine pour vérifier notamment que les cours d’eau n’ont pas été contaminés par la soude et la bauxite libérés lors de cet incident. Hasard du calendrier, la pêche à la truite ouvre ce 12 mars.

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