Soutien officiel d’Yvon Berland, un journaliste couvre sa campagne sous pseudo

Actualité
le 12 Sep 2019
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Un journaliste du site d'information Gomet' a utilisé un nom d'emprunt pour rédiger des articles à propos du candidat à l'investiture LREM pour les municipales, dont il est membre officiel du comité de soutien. Le journal argue que les articles publiés restent dans les canons professionnels et le candidat apparaît gêné.

Photo : Emilio Guzman.

Photo : Emilio Guzman.

L’alphabet peut parfois être malheureux. En classant les soutiens à sa candidature aux municipales par ordre alphabétique, Yvon Berland a forcément mis en bonne place Christian Apothéloz. Dans une première version de cette liste, il figurait même en troisième position. Ce n’est pas son seul engagement parmi les soutiens du président de la République : il a signé une tribune avec Saïd Ahamada et est le co-animateur du comité LREM du 1er arrondissement.

L’homme se présente à la fois comme consultant et journaliste. Il écrit pour le journal en ligne Gomet’, fondé en 2014 et reconnu par le ministère de la Culture comme un journal « d’information politique et générale ». Une double implication dans la vie locale qui a fait réagir Jean-Paul Kopp, un militant associatif marseillais et ancien adhérent du parti socialiste, sur Twitter.

La réponse du média, qui ne se présente pas comme un journal d’opinion, est en apparence rapide et sans détour. Gomet’ assume et estime que l’auteur peut très bien faire le distinguo entre ses engagements et son travail de journaliste. L’histoire aurait pu en rester à ce bref échange. Mais Marsactu a appris en parallèle que Christian Apothéloz utilise aussi un pseudonyme, Alex Pélissard. Il a ainsi signé plusieurs articles sur la campagne dont un au seul propos d’Yvon Berland, son candidat favori, donc.

Intitulé « Municipales 2020 : Yvon Berland entre en candidature », l’article a été publié le 20 juillet. C’est un compte-rendu de la conférence de presse qui a officialisé l’entrée en politique du président d’Aix-Marseille université. Yvon Berland y est notamment dépeint en « chef d’équipe ». L’article est à l’encan : un ton flatteur qui ne verse toutefois pas dans le panégyrique.

Extrait de l’article :
Il se sent investi pour réunir « le puzzle des atouts inexploités de la ville », mais avec sa méthode : ne rien promettre qui ne soit réalisable. Réaliste, car, il ne veut pas décevoir, mais aussi visionnaire qui veut se fixer des objectifs que semblent inatteignables. Le patron d’université rappelle volontiers la stagnation du projet de fusion des universités phocéennes qui végétait depuis les années quatre-vingt-dix et que seule son énergie a permis de réaliser ».

Capture d’écran de Gomet’

Interrogé par nos soins sur ce conflit d’intérêt et cette absence de transparence, Jean-François Eyraud, le directeur de la publication de Gomet’, a d’abord nié le lien entre Christian Apothéloz et Alex Pélissard. « Je ne suis pas tout à fait à l’aise. Je préfère que les gens signent de leur nom. On aurait peut-être pu le dire, c’est peut-être pas le top », admet-il finalement. Mais il maintient que le fond n’est pas impacté : « Il ne fait pas des papiers militants, mais des papiers aussi objectifs que peut l’être un journaliste, estime-t-il. Pour ma part, je fais attention, je relis tout. »

Quant à Christian Apothéloz, s’il admet qu’il y a bien là « une question », il estime avoir « respecté ses lecteurs ». Il indique qu’étant « identifié comme un journaliste économique, prendre un pseudonyme pour les articles politiques permettait de distinguer les deux ». Pour lui, il était même aisé de s’y retrouver : « Je ne me suis pas camouflé. Alexandre Pélissard était mon arrière-grand-père et ma généalogie est accessible en trois clics sur Internet. J’ai même repris un article signé Alex Pélissard sur mon blog ! » Enfin, il met en avant son éthique professionnelle : « J’ai suffisamment d’années de journalisme pour me dire que je ne trahis pas mes lecteurs. Et n’oubliez pas qu’une rédaction est un collectif et que les articles sont relus. Je ne suis pas le seul à décider de ce qui est publié ! »

Le cas Apothéloz/Pélissard embarrasse en tout cas jusqu’à Yvon Berland. Interrogé par nos soins, le candidat à l’investiture LREM a indiqué ignorer ce mélange des genres avant d’ajouter : « Je suis bien sûr attaché à la déontologie et à l’éthique mais là vous me prenez à brûle-pourpoint, il faut que je me renseigne. » Nous n’avons pas obtenu de précision supplémentaire par la suite.

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