Samia Ghali dans le viseur du parquet national financier

Actualité
le 21 Sep 2017
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La sénatrice PS et maire des 15e et 16e arrondissements de Marseille a été visée ce mercredi matin par une perquisition à son domicile. Celle-ci intervient dans le cadre d'une enquête ouverte par le parquet national financier au printemps 2016.

Pour Samia Ghali, le timing ne pouvait pas plus mal tomber. Alors que la sénatrice socialiste dévoilait ce mercredi une proposition de loi pour rendre obligatoire un soin bucco-dentaire pour les enfants, elle a subi avant l’aube une perquisition à son domicile du Roucas-Blanc, comme l’a révélé France 3. Le parquet national financier accompagné des enquêteurs de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales sont venus récupérer des documents relatifs à l’achat en 2010 de sa villa avec piscine.

Lors d’une conférence de presse, l’élue a elle-même confirmé ces éléments. « Ils ont notamment demandé l’acte d’achat de la maison et tout ce qui y est afférent, des documents dont l’administration a déjà connaissance », a-t-elle expliqué ajoutant : « Je n’ai fait aucune obstruction à quoi que ce soit, bien au contraire. »

Soupçon de prise illégale d’intérêts et de blanchiment

L’enquête préliminaire a été ouverte au printemps 2016 par les magistrats parisiens sur des soupçons de détournements de fonds publics, prise illégale d’intérêts, corruption et blanchiment, comme nous l’avions révélé en partenariat avec Mediapart. Ils ont alors reçu un courrier anonyme, que nous avons pu consulter, qui listait une série de griefs à l’encontre de Samia Ghali. Une partie a déjà été documentée par la presse (notamment par Xavier Monnier, Marsactu et Mediapart) et concerne des subventions attribuées à des associations, notamment à deux membres de sa famille, alors qu’elle était vice-présidente du conseil régional.

Une autre partie s’intéresse donc aux conditions d’achat de sa villa que Marsactu et Mediapart ont déjà épluchées. L’élue et son mari Franck Dumontel, ancien directeur de cabinet à la région et à la communauté urbaine quand les socialistes les dirigeaient, ont conclu un accord particulièrement arrangeant avec le précédent propriétaire. Celui-ci avait ainsi accepté de consentir un prêt sans intérêts sur 8 ans à hauteur de 350 000 euros (sur un prix total d’1,3 million). Il avait aussi accepté un échange de maison, récupérant dans le deal un pavillon à Carnoux-en-Provence, propriété du couple, évalué à 400 000 euros.

Une piscine promise à la démolition mais régularisée

A cette époque, pesait sur cette belle propriété une décision lourde de conséquences : une demande sous astreinte de démolition de la piscine, qui comme l’a confirmé Samia Ghali elle-même, intéresse le PNF. Aménagée sans autorisation sur un espace boisé classé par le précédent propriétaire, elle avait été remarquée par la Ville de Marseille qui avait déclenché l’action en justice. Mais après l’achat par le couple Ghali-Dumontel, une opportune modification du plan local d’urbanisme est intervenue en 2013 à l’initiative de la communauté urbaine, alors présidée par le socialiste Eugène Caselli et dont Samia Ghali était vice-présidente à l’habitat. Les nouveaux propriétaires avaient alors déposé une nouvelle déclaration de travaux à laquelle la mairie de Marseille n’avait alors rien trouvé à redire.

Interrogée à l’époque, Samia Ghali s’était défendue de toute manipulation. « Je comptais démolir tout de suite quand j’ai acheté, mais nous avons fait une expertise et l’expert m’a dit que je ne pouvais pas démolir la piscine sans mettre en danger le versant de la colline, expliquait l’élue socialiste sans toutefois accepter de nous transmettre l’analyse en question. J’ai écrit à la cour d’appel d’Aix-en-Provence et à la mairie, moi je ne prends pas la responsabilité de faire tomber la maison et une colline. Ensuite on a fait une modification du PLU, comme pour tout le monde, j’ai demandé à ce qu’on me régularise. »

La question de la prise illégale d’intérêts pourrait consister en cet arrangement trouvé avec les services de l’urbanisme comme elle pourrait désigner les associations dirigées par des membres de sa famille qui avaient bénéficié via ces structures de fonds publics. Celle de blanchiment pourrait quant à elle viser les conditions de l’achat de la demeure. Ce mercredi, Samia Ghali a dit sa sérénité : « Je n’ai bien sûr pas d’inquiétude. Je laisse l’enquête préliminaire se faire. Ils vont travailler. La seule chose que j’ai demandée, c’est que ça aille très vite. Ils ont répondu qu’ils avaient beaucoup de dossiers et ne pouvaient pas me le garantir. » Martine Vassal, la présidente LR du département, visée par le même PNF depuis début 2015 dans une enquête sur les contrats de l’eau de la métropole, pourra lui dire que ces choses-là prennent parfois du temps.

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