Saint-Louis scelle la fin du sucre marseillais

Actualité
Rémi Baldy
18 Fév 2019 5

Le groupe Sudzücker, propriétaire de Saint-Louis sucre a annoncé son intention de réduire l’activité du site marseillais où les 58 salariés ne seront plus que 5 d’ici 2020. Un coup presque fatal pour l’une des dernières industries du nord de la ville, ancrée dans le quartier du même nom.

L'usine Saint-Louis Sucre dans le 15e arrondissement de Marseille.

L'usine Saint-Louis Sucre dans le 15e arrondissement de Marseille.

Les 11 hectares adossés à la rue de Lyon où se trouve l’usine Saint-Louis sucre avaient déjà perdu de leur éclat depuis quelques temps, à coup de réorganisations et plans sociaux au fil de ses 162 ans d’existence. Cette fois, le coup est presque fatal. La filiale du groupe allemand Sudzücker depuis 2001 a annoncé jeudi la réorganisation de trois de ses sites français, à savoir ceux de Cagny dans le Calvados, Eppeville dans la Somme et donc Marseille.

À Saint-Louis, l’activité sera recentrée sur la production de sucre liquide. “Nous nous attendions à des annonces lors du comité central d’entreprise, mais pas cette ampleur”, réagit Fabien Trujillo, salarié depuis 19 ans et délégué central CGT. “Nous payons les choix de la direction qui a voulu beaucoup produire pour nous rendre compétitifs à l’export”, estime celui qui occupe le poste d’opérateur de conditionnement.

La raffinerie arrêtée depuis 2016

Le déclin de l’usine des quartiers Nord se profilait avec l’arrêt de la raffinerie en 2016, malgré une aide de l’État dix ans plus tôt. Elle at entraîné une réduction drastique du nombre de salariés passés de 130 à un peu plus d’une cinquantaine (lire notre article).

Saint-Louis justifie dans un communiqué sa démarche par “un contexte de pertes de la branche sucre du groupe Südzucker” lié “à la nouvelle donne du marché du sucre : libéralisation du marché européen depuis octobre 2017 avec la suppression des quotas, surproduction à l’échelle mondiale et chute des prix sans précédent sur les marchés mondiaux et européens”. La société refuse d’en dire plus et le groupe Sudzücker n’a pas répondu à nos sollicitations.

Des discussions sur le futur “projet” sont prévues avec les représentants du personnel pour le printemps. Une première réunion a eu lieu ce vendredi avec une dizaine de salariés. L’idée d’un mouvement social est envisagée, mais cela nécessite de sonder l’ensemble du personnel. Fabien Trujillo ne s’aventure pas à dater le début d’une telle action. Il évoque d’autres solutions : “Nous avions eu un projet de relancer l’activité en 2016, nous pourrions recommencer. Si d’autres industriels sont intéressés pour venir, cela nous va aussi, nous ne sommes pas mariés à Saint-Louis”.

Une usine ancrée dans le quartier

“C’est un coup dur pour l’entreprise, les salariés et tout le quartier”, réagit Jean-Marc Coppola, conseiller municipal PCF du secteur qui attend “une réaction très forte des salariés, mais aussi de l’État et des collectivités”. De son côté, Samia Ghali, sénatrice PS, accuse dans un communiqué Südzucker d’avoir amorcé la mort de notre raffinerie historique” qui pendant des décennies, a fait vivre des milliers de famille employant principalement de la main d’œuvre dans nos quartiers”.

Malgré la baisse d’activité progressive, les alentours n’ont pas vraiment bougé. Le bar en face s’appelle toujours “O’café sucré” et l’arrêt de bus est toujours “Lyon raffinerie”. Présent lors de la réunion, le secrétaire départemental PCF 13 Jérémy Bacchi espère que l’importance de l’usine dans la ville permettra de sensibiliser sur la situation de l’ex-raffinerie : “C’est un entreprise historique le quartier porte son nom, beaucoup de Marseillais ont quelqu’un de leur famille qui a travaillé ici.”

C’est notamment le cas du maire de secteur, Roger Ruzé qui a débuté à l’âge de 18 ans au 336 rue de Lyon où il a travaillé pendant 10 ans. “C’est une vraie surprise”, clame l’édile désormais installé quelques mètres plus loin. “Même s’il n’y avait plus grand monde, l’impact sur le quartier est plus fort qu’avant, j’ai reçu beaucoup de coups de téléphone de personnes dont les parents ont travaillé, raconte-t-il. C’est une entreprise qui a marqué le quartier, même pour ceux qui ne l’ont pas connu directement.”

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