Reprise de La Provence : la justice relance le match entre Xavier Niel et la CMA-CGM

Décryptage
le 12 Jan 2022
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Le patron de Free a vu son droit d'agrément suspendu par le tribunal de commerce de Marseille et ne peut plus évincer d'office son concurrent. Les deux rivaux sont désormais lancés dans une cour assidue pour s'attirer la sympathie des salariés.

Le siège de La Provence, dans le 15e arrondissement.

Le siège de La Provence, dans le 15e arrondissement.

Le match pour le contrôle de La Provence aura bien lieu. En suspendant mardi 11 janvier le droit d’agrément dont disposait Xavier Niel pour décider du futur actionnaire majoritaire, le tribunal de commerce a remis le magnat des télécoms sur un pied d’égalité avec l’autre candidat, l’armateur CMA-CGM présidé par Rodolphe Saadé. Une manière, précise le tribunal de garantir aussi les “intérêts” de la société La Provence. Quitte à mettre entre parenthèses la loi sur la presse, qui impose un tel agrément :

“La situation inédite très exceptionnelle découlant de la double position de la société L’Avenir développement [la société de Xavier Niel, ndlr] candidate au rachat des 89 % des titres de la société La Provence […] caractérise un conflit d’intérêts. […] Il en découle que cette situation ne garantit pas la réalisation de l’actif [du groupe Bernard-Tapie] dans les meilleures conditions possibles ainsi que la préservation des intérêts économiques et sociaux de la société La Provence.”

La décision s’exécute immédiatement, malgré l’appel déposé par les avocats de Xavier Niel devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Les deux candidats devront donc désormais convaincre le juge-commissaire du tribunal de commerce de Bobigny de leur céder les parts détenues par le groupe Bernard-Tapie, aujourd’hui en liquidation. La prochaine étape attendue est celle de l’ouverture des plis, encore reportée par le tribunal de Bobigny, qui permettra de connaître les propositions exactes des deux concurrents. “Je souhaite qu’elle puisse intervenir au plus tôt”, réclame au nom du liquidateur du groupe Bernard-Tapie son avocat, Bernard Vatier. “Vite, l’ouverture des offres !”, a aussi réclamé l’intersyndicale du journal.

Financièrement, la CMA-CGM est attendue à un niveau plus élevé que son adversaire. La logique voudrait que l’offre de Xavier Niel se situe au niveau des dernières expertises puisque son droit d’agrément lui permettait de racheter à ce prix. “Il n’est pas envisageable à mon sens que la cession se fasse à cette valeur vénale. C’est le sens de la levée du droit d’agrément que de permettre un rachat à la valeur du marché”, reprend Bernard Vatier. Dans ce cadre, Xavier Niel conserve un atout puisqu’il peut toujours user de son droit de préemption pour s’aligner sur l’offre concurrente et emporter la mise.

Cours assidues

Si le montant restera la matrice de la décision du tribunal de Bobigny, la procédure impose au préalable de recueillir les avis des salariés du groupe qui seront amenés à se prononcer. S’ils avaient soutenu le principe d’une concurrence non faussée pour obtenir les meilleures conditions et garanties, les représentants des salariés n’ont, à ce stade, pas fait part de leur préférence. Depuis plusieurs semaines, ils sont l’objet d’une cour assidue des deux rivaux, notamment d’Anthony Maarek pour NJJ Press, la société de Xavier Niel, et de Denis Olivennes, le directeur général de Libération choisi comme conseiller par Rodolphe Saadé.

Tous deux ont tenté de multiplier les promesses. D’un côté, l’offre Niel défend son implantation dans le domaine de la presse. À terme, La Provence et Corse-matin rejoindraient le Fonds pour l’indépendance de la presse créé et contrôlé par Xavier Niel. Ils retrouveraient alors en son sein les parts détenus par l’entrepreneur dans le groupe Le Monde, l’Obs et d’autres titres locaux. Une concentration des médias qui a ses contempteurs et sur laquelle le Sénat va braquer les projecteurs : Xavier Niel sera auditionné le 21 janvier.

L’offre de NJJ prévoierait une imprimerie commune avec Nice-Matin mais pas de mutualisation des rédactions.

NJJ veut au contraire voir dans cette expérience des garanties sur ses compétences, forte des résultats très positifs du groupe Le Monde et du premier trimestre à l’équilibre économique de Nice-Matin. Cette présence dans le secteur des médias entrainerait des synergies avec les autres titres comme le projet commun d’imprimerie dans le Var avec le journal niçois. Mais cela ne concernerait pas les journalistes a assuré NJJ devant les représentants de la rédaction. La société souligne aussi que Xavier Niel n’est pas réputé interventionniste et n’a que peu d’intérêts dans la région. Elle met encore en avant le mécanisme d’approbation du directeur de la rédaction existant au Monde qu’elle souhaiterait reproduire.

Le numérique comme clé

De son côté, Rodolphe Saadé n’est pas en reste. Le plus gros patron de Marseille, dont l’intérêt soudain pour la presse étonne, compte localement de nombreux soutiens dont d’importants responsables économiques qui ont ouvertement cherché à peser sur la décision du tribunal de commerce de Marseille. Alors, il sait qu’il doit lui aussi donner des garanties. L’armateur a ainsi promis une place aux salariés dans la gouvernance, un droit de regard sur le futur patron de la rédaction et une charte des droits et des devoirs garantie par un comité indépendant.

La CMA-CGM espère rétablir les comptes sous cinq ans, Niel sous un an.

Rodolphe Saadé jure qu’en investissant près de 35 millions d’euros dans le groupe, il peut rétablir l’équilibre économique de la société à cinq ans quand Xavier Niel se donne une année pour y parvenir. Sans surprise, les deux misent sur un fort investissement dans le numérique, La Provence étant, comme la quasi-totalité de la presse quotidienne régionale, à la traine en termes de revenus dans ce domaine. “Pour retrouver l’équilibre dans la société, il faut à la fois faire croitre rapidement le numérique et ralentir la chute des ventes papier”, assure une source proche du dossier. Mais, avec un lectorat vieillissant, le chemin est encore long : selon les déclarations de la société, les 9305 clients numériques (moyenne 2020-21) ne représentent aujourd’hui que 22 % des abonnés et 12 % des lecteurs de La Provence.

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Commentaires

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  1. Jean-Paul GIRAUD Jean-Paul GIRAUD

    Je suis abonné à La Provence numérique, mais c’est l’un des plus mauvais sites de la Pqr

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    • jean-marie MEMIN jean-marie MEMIN

      pourquoi???

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