Rénovation de Lieutaud : (beaucoup) moins de voitures et des arbres

Actualité
Clémentine Vaysse
30 Nov 2016 12

Le projet de rénovation du cours Lieutaud a été présenté aux habitants lors d'une réunion du comité de quartier en présence du maire de secteur Yves Moraine. En 2020, sur la partie la plus au sud, l'artère devrait retrouver des arbres et compter deux ou trois voies de circulation contre quatre voire six aujourd'hui.

“Pompidou est mort !” Dans la petite salle de la Maison de la philosophie où se déroulait lundi soir une réunion du comité d’intérêt de quartier, l’exclamation répondait à l’indignation exprimée par l’un des présents. Ce dernier ne réagissait pas au fait que le CIQ tient régulièrement ses réunions dans ce lieu géré par la Nouvelle Acropole. Il s’offusquait de la disparition annoncée de voies de circulation sur une des artères les plus passantes de la ville.

Et de voitures, il a été beaucoup question lors de la présentation des études sur la requalification du cours Lieutaud. Avec, en guise de pédagogue, le maire de secteur Yves Moraine (LR), par ailleurs candidat sur la circonscription traversée par cet axe. Heureux hasard, la rénovation du cours est dans un premier temps prévue uniquement sur le tronçon Sud de Baille à Salvator.

Notre défenseur du tout-voiture assimilé à la France pompidolienne avouera, à la demande de ses voisins, habiter “au Prado”. Il considère comme impossible la suppression de voies de circulation sur cet axe routier majeur. “Et les gens qui ont des trains à prendre, comment vont-ils faire ?”, demande-t-il, provoquant rires et grognements dans le reste du public.

Car l’avis est unanime dans l’assistance : ce boulevard qui ceinture l’hyper-centre est “une autoroute urbaine, invivable”, selon l’expression du président du CIQ Rome-Lieutaud-Préfecture Jean-Claude Tricoche. Selon l’étude de l’agence d’urbanisme, l’AGAM, en amont de la requalification, l’“espace public [y est] occupé à 90% par les voitures et les motos”.  Tout le monde est d’accord pour que le cours Lieutaud retrouve un peu de son calme d’antan. Donc moins de voitures, mais sur combien de voies et quand ?

Accéder à l’étude de l’Agam sur la requalification du cours Lieutaud

Le retour des arbres

Le cours Lieutaud du temps du tramway et des platanes. Photo issue de l'appel à projet
Le cours Lieutaud du temps du tramway et des platanes. Photo issue de l’appel à projet

Dans le projet porté par la métropole, le premier bouleversement consistera à “créer un alignement d’arbres sur chaque rive du cours”, comme c’était le cas avant 1955, où les platanes ont été abattus pour élargir l’espace des voitures. Un cours Lieutaud à deux ou trois voies est donc l’hypothèse retenue, avec possibilité d’alterner les deux. “La trame précise n’est pas encore arrêtée, explique le maire de secteur Yves Moraine. L’appel d’offres a été lancé, nous espérons en avoir le résultat début 2017″. Le contour exact de la rénovation dépendra donc aussi des propositions émises.

La rue des vendeurs de moto. Dans son étude, l’AGAM s’est également intéressée aux commerces qui occupent les pieds d’immeubles de l’artère. A l’automne 2015, elle recensait “200 unités commerciales dont 50 vides”, soit un taux de vacance très élevé de 25%. 35 d’entre elles sont des vendeurs auto/moto.

Un véhicule par seconde en heure de pointe

Une autre question inquiète les riverains : le stationnement. L’AGAM a recensé 220 voitures garées sur le cours, dont 170 légales, à cheval sur le trottoir. Sans compter les nombreux véhicules arrêtés sur la chaussée : “Le stationnement régulier en double file ramène fréquemment la chaussée circulante à une emprise fonctionnelle équivalente à 2×1 voie”, écrit l’agence d’urbanisme.

Visuel issu de l'étude de l'Agam
Visuel issu de l’étude de l’Agam

A ses yeux, le futur cours, à deux ou trois voies, pourra supporter les 25 000 voitures qui empruntent quotidiennement l’axe. Le soir, en heure de pointe, de 17 h 30 à 18 h 30, 3 880 véhicules ont été comptés, soit plus d’un par seconde ! Au contraire, elle estime que le scénario d’une seule voie dans chaque sens, augmentée éventuellement aux carrefours, “permet en outre de dissuader fortement le stationnement en double-file”.

L’agence d’urbanisme table également sur un report du trafic grâce à l’ouverture de la rocade L2. La baisse de trafic serait de “10 à 15%”. En revanche, l’étude n’évoque pas le report de trafic depuis la rénovation du Vieux-Port en 2012. Le cours Lieutaud fait partie du boulevard urbain circulaire, la première ceinture autour de l’hypercentre, qui devait absorber les voitures ne passant plus par le Lacydon. À l’époque, l’augmentation du trafic était évaluée à plus de 20 %. Selon les chiffres actuels, cette estimation a été largement dépassée.

Mais au final, avec l’ouverture de la totalité de la rocade L2 en 2018, ce sont deux boulevards internes – Lieutaud et le Jarret – qui sont censés en même temps retrouver visage humain. Montant de la facture pour le cours Lieutaud : “8 à 10 millions d’euros” selon le maire de secteur. À ce prix, il y aura donc des arbres et même des vélos sur une bande cyclable d’1 mètre 40 situé sur le trottoir. Et encore des voitures, mais garées. “Il n’est pas exclu qu’il y ait des places de stationnement”, confirme Yves Moraine qui s’est prononcé publiquement pour un système de stationnement rotatif. Des aires de livraison sont également prévues.

Petit best of des accidents de camion sous un des deux ponts du cours Lieutaud (source Agam)
Petit best of des accidents de camion sous un des deux ponts du cours Lieutaud (source Agam)

Livraison 2020 pour le 1er tronçon

En revanche, le premier coup de pelle n’est pas pour demain. “Les études de conception seront menées en 2017, début 2018. Ensuite vient la concertation pour une réalisation en 2019”, répond Yves Moraine. “C’est un an de plus que ce qu’avait annoncé l’AGAM”, commente un des riverains.

“L’objectif de livraison c’est la fin du mandat de l’équipe municipale actuelle”, énonce fièrement le président de CIQ. Il est certain que la requalification réussie d’un axe tel que Lieutaud serait un bon argument de campagne pour le maire de secteur sortant et potentiel candidat à la mairie centrale. Une carte risquée aussi, si le chantier venait à connaître quelques embouteillages.

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