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Régionales : ces petites listes qui se débattent pour exister

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le 3 Déc 2015
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Sur les dix listes qui se présentent aux élections régionales, six vont peiner à dépasser les 5%. Dans une campagne bouleversée par les enjeux nationaux, ces "petits" candidats peinent à se faire entendre.

Une partie des candidats de la liste Alliance Ecologistes Indépendants lors de la conférence du 11 novembre 2015.

Une partie des candidats de la liste Alliance Ecologistes Indépendants lors de la conférence du 11 novembre 2015.

“Nous saluons la présence d’un journaliste dans la salle”. La tête de liste Nouvelle donne pour les élections régionales, Cyril Jarny, est à peine ironique en ouvrant cette réunion publique du mouvement citoyen. Une cinquantaine de personnes sont réunies dans la salle des Lices, au centre-ville de Marseille. La plupart des têtes de listes départementales sont présentes. Le meeting est avant tout un rassemblement de candidats et militants.

À quelques jours du premier tour, l’important est de mettre en pratique cette nouvelle façon de faire de la politique en citoyens par opposition aux “professionnels” de la politique. C’est pour cela qu’ils n’ont pas choisi l’union avec la Région coopérative avec qui ils ont entamé des discussions. “Mais cette liste n’a de coopérative que le nom, tacle Jarny. C’est une alliance de partis.” Les militants Nouvelle donne sont donc partis seuls et tard, cahin-caha.

Comme les autres “petites listes” en lice pour les élections régionales des 6 et 13 décembre prochains, leur campagne est passée sous les radars médiatiques. Six listes et 810 candidats tentent d’exister face aux quatre poids lourds qui espèrent figurer au second tour. Et la bataille est rude. L’alliance écologiste indépendante (AEI) a organisé deux conférences de presse pour un seul journaliste présent [l’auteur de ces lignes, ndlr]. “Et la seule fois où un sondage nous mentionne avec 2,5% d’intention de vote, la Provence oublie de nous citer, avouez que c’est étrange”, s’interroge Ahmed Azouaou, tête de liste dans le département.

Au-delà des difficultés habituelles d’affichage, de tractage ou d’accès aux médias, ces candidats de l’ombre ont dû faire face à une campagne trustée par la portée nationale de Marion Maréchal-Le Pen et de Christian Estrosi, puis écrasée par les attentats du 13 novembre.

“Un jour sacré de la démocratie”

Parmi ces candidats de l’ombre, seul Jacques Bompard prend appui sur les grandes listes pour pousser la sienne : elle est la conséquence du départ du Front de proches de Jean-Marie Le Pen. Les autres tracent leurs routes (étroites) en toute discrétion. Pourtant, à l’instar de Jean-Marc Governatori, la tête de liste de l’AEI, ils se disent tous à égalité le dimanche du premier tour : “C’est un jour sacré de la démocratie. Personne ne peut dire ce que les électeurs feront, ce jour-là”. Il n’empêche. Prédiction ou pas, à l’exception près du leader écolo, ils ne tablent guère sur un score supérieur à 5%. C’est le seuil qui permet le remboursement des frais de campagne et offre la possibilité de fusionner avec une liste ayant dépassé 10 %. Mais peu de ces listes en font un objectif politique ou financier.

À Nouvelle donne, par exemple, le financement s’est fait via des dons aux associations de campagne bien avant le dépôt des listes et sans attendre un hypothétique score de 5%. “Cela nous permet de défiscaliser ces dons, explique Rémy Duthérage, tête de liste dans le 13. On ne pourrait pas le faire en tant que candidat.” Le budget de la campagne est donc minuscule : 1200 affiches pour toute la région. “Or, à Marseille, nous sommes systématiquement recouverts par les affiches de Christian Estrosi même sur les panneaux qui nous sont réservés”, reprend ce directeur de maison pour tous, en congé pour cette dernière ligne droite. Nouvelle donne a décidé de porter l’affaire devant le tribunal administratif. “Nous ne nous faisons pas d’illusion sur le fait que la décision du tribunal pourrait conduire à l’annulation de l’élection par le tribunal administratif, explique Cyril Jarny. Mais je trouve insupportable que les services de l’État soient incapables de faire respecter les règles d’affichage.”

Diffusion de programmes nationaux

Pour la plupart d’entre eux, le rendez-vous de dimanche n’est qu’une étape dans un processus politique au long terme. Nouvelle donne distribue des fascicules de leur programme national. Au nom de Lutte ouvrière, Isabelle Bonnet défend une campagne qui se concentre sur la sempiternelle lutte des classes. “Nous sommes là pour défendre le camp des travailleurs et les revendications essentielles du monde du travail”, répondait-elle à Var-Matin, en octobre.

La tête de liste de l’Union populaire républicaine, Daniel Romani est sur le même enjeu global. Il a les yeux rivés sur le compteur des adhérents qu’affiche le site de son mouvement : “9500 mais cela augmente constamment”. La campagne des régionales n’est donc qu’une occasion parmi d’autres de faire passer les idées que défend son mouvement : la sortie de l’euro, de l’Otan, de l’Union européenne… Du coup, face aux questions liées aux attentants de Paris, il met en avant la politique internationale de la France. Tant pis pour les enjeux régionaux “qui ne sont que la “conséquence des politiques nationales et européennes”.

Du côté d’Aubagne où la tête de liste de Debout la France tractait mardi matin, Noël Chuisano fait montre de moins enthousiasme. Les questions régionales ont disparu des échanges avec les citoyens : “Soit ils se disent déçus de la politique et refusent les tracts, soit ils ne nous parlent que de sécurité. Du coup, nous sommes repassés à une campagne nationale où nous reprenons les propositions de notre leader Nicolas Dupont-Aignan.” Il ne dit pas encore quelle sera sa position pour le second tour mais pointe volontiers l’inquiétude générale autour du vote FN “alors que ce n’est pas la solution”.

Logiques de parasitisme

Seul le multirécidiviste électoral, Jean-Marc Governatori se fixe un objectif de 5% pour l’AEI. “C’est jouable”, disait-il lors d’une conférence de presse à Marseille le 11 novembre. “Les Verts se sont alliés à un parti productiviste. Des militants du Modem nous ont rejoints car ils sont insatisfaits de l’alliance avec Les Républicains et ces élections ont lieu pendant la COP21. C’est une fenêtre historique, explique-t-il à un parterre de candidats qui semblent peu ou prou le découvrir. Si notre score est haut alors nous pouvons faire l’élection.” Il laisse planer le doute sur la recommandation de vote qu’il pourrait faire aux électeurs après le premier tour.

Dans la salle, un homme habillé de noir n’est pas un inconnu des élections marseillaises. Proche historique de Bernard Tapie, Marc Fratani avait fait irruption dans la campagne municipale de Marseille avec l’objectif assumé de vouloir couper la route au socialiste Patrick Mennucci, dans le premier secteur. Déjà, il était présent au côté de la liste de l’AEI dans le but avoué de faire perdre des voix à la gauche. Il fait le même pari pour les régionales avec l’espoir que cela permette au candidat Estrosi d’être seul face à Marion Maréchal-Le Pen au second tour. “Il nous donne un coup de main pour obtenir des articles dans la presse, explique Ahmed Azouaou tout en reconnaissant que ce travail n’apporte pas de résultats probants. Et nous n’avons pas pris que des voix à Patrick Mennucci mais à tous les partis.” En revanche, au soir du second tour, ses candidats avaient clairement choisi un camp, celui de l’opposition au leader socialiste.

Est-ce là encore dans une logique de “parasitage” que l’AEI se lance dans les régionales? On retrouve sur la liste des Bouches-du-Rhône d’anciens candidats de la liste d’Alain Persia aux municipales, autre habitué des petites listes qui viennent grapiller quelques voix aux principaux prétendants. “Mais c’est justement parce qu’ils ont été déçus d’Alain Persia qu’ils sont venus chez nous, se défend Azouaou. Vous savez j’ai dû refuser tous les habitués des petites listes marseillaises et c’est pour cette raison que la liste est composée de gens qui débutent en politique”. On y retrouve ainsi plusieurs membres de mêmes familles.

Jean-Marc Governatori a placé son fils Marc dans le Vaucluse. Il y a trois Azouaou et trois Aksil sur la liste des Bouches-du Rhône. “J’ai fait très attention aux membres de la liste pour ne pas prêter le flanc à la critique, c’est ce qui explique cette présence familiale”, justifie Ahmed Azouaou. Le prochain rendez-vous de la campagne est le 4 décembre à Miramas, pour “une soirée couscous dansante”. L’ambiance y sera à coup sûr familiale.

Rectificatif : le 3 décembre 2015 à 10 heures. Décision de la liste Nouvelle donne d’attaquer devant le tribunal administratif le non-respect des règles d’affichage sur les panneaux électoraux.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    “Trois Azouaou et trois Aksil sur la liste” de l’AEI… Ouarf ! Il est rassurant de constater qu’il existe ici une “valeur” qui transcende les clivages politiques : le népotisme. Tout de suite, la crédibilité en prend un vieux coup derrière les oreilles…

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  2. Casanovette Casanovette

    ” La tête de liste de l’Union populaire républicaine, Daniel Romani est sur le même enjeu global ”
    ? … heu non, l’enjeu pour l’UPR, n’est pas globale, il est urgent, nécessaire, essentiel, salvateur , vitale … mais pas globale.
    Nous n’avons pas en tant que citoyen, un besoin ” globale ” de démocratie. En tant que citoyen, nous avons un besoin urgent, nécessaire, essentiel, salvateur, vitale de démocratie.
    … Vous saisissez la nuance ?
    Nous avons perdu notre démocratie en 2005. Depuis, on voit le résultat des petits dictateurs en herbe, européiste. 🙂
    No comment. On continue ?

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  3. Casanovette Casanovette

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