Cinquante-cinq mois de mandat et pour certains plus de 6000 amendements. Alors que la campagne présidentielle va s'accélérer, Marsactu jette un œil dans le rétro, à la recherche du bilan des seize députés des Bouches-du-Rhône.

Les uns ont soutenu Fillon ou Sarkozy, d’autres tractent en ce moment pour leur champion dans une primaire de gauche sans François Hollande, le tout avec un œil sur la marche d’Emmanuel Macron et l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon… Qu’ils soient candidats à leur réélection ou qu’ils poussent un successeur, les seize députés des Bouches-du-Rhône savent que les législatives de juin seront fortement influencées par les dynamiques de l’élection présidentielle.

Mais cela ne les empêche pas de miser, en complément, sur leur ancrage local et la défense de leur bilan. Alors qu’il ne reste plus que quelques semaines de séances à l’Assemblée, Marsactu fait le point sur l’activité des députés depuis juin 2012. Les fiches ci-dessous ont été réalisées grâce aux données fournies par l’Assemblée et compilées par l’association Regards citoyens. Vous y trouverez les statistiques d’activité (voir son site pour des précisions) ainsi que les principaux thèmes qui ressortent des discours prononcés.

Infographies : Lisa Castelly et Clémentine Vaysse

Dans ce type d’exercice, le premier réflexe est souvent de chercher les cancres et les bons élèves, les absentéistes et les assidus. Et comment ne pas relever que les prises de parole de Sylvie Andrieux se limitent à une question au gouvernement sur l’avenir de l’hôpital Lavéran de Marseille et un commentaire sur un projet de loi d’accélération des constructions ? Ou que Bernard Reynès, député-maire de Châteaurenard, n’a passé que cinquante semaines à l’Assemblée, contre plus de cent pour la plupart de ses collègues ?

Petits groupes, grande activité

Mais la lecture de ces chiffres est impossible sans prendre en compte la position dans l’hémicycle des élus. Ainsi, ce n’est pas un hasard si François-Michel Lambert a signé un nombre record de 6137 amendements : il était membre du groupe écologiste, associé étroitement à la co-production législative de la majorité. Ce n’est pas non plus un hasard si 802 d’entre eux ont été adoptés. « Nous avons apporté un complément aux lois portées par le gouvernement, là où le groupe socialiste, surtout au début, n’y touchait pas trop. Ne pas être dans le groupe majoritaire, cela nous autorisait à proposer plus », commente-t-il. Malgré ses 6412 amendements au compteur, le député d’opposition Dominique Tian (LR) n’a évidemment pas eu le même succès avec seulement 146 adoptés.

L’appartenance à un « petit » groupe fait aussi que la parole tourne plus, ce qui se ressent dans les statistiques du communiste Gaby Charroux comme celles de François-Michel Lambert. « Bien sûr que c’est plus facile d’exister mais il faut quand même se battre, apporter quelque chose », insiste ce dernier, qui raconte s’être fait rabrouer par Noël Mamère après sa première intervention dans l’hémicycle, sur le mode « c’est fini les questions sur le territoire ».

Dans l’opposition, on fait comme si

Du côté de l’opposition LR, la prédilection se porte plutôt vers les questions au gouvernement, écrites ou orales, et de nombreuses propositions de loi. Particulièrement prolixes, Valérie Boyer, Guy Teissier et Bernard Reynès en ont respectivement rédigé 37, 19 et 9. Un effort à vertu exclusivement interpellative, pour ne pas dire médiatique, puisque ces textes sont très rarement programmés pour un examen, encore moins adoptés. Histoire de donner un avant-goût d’une éventuelle alternance ?

Seule exception dans le département : Valérie Boyer a réussi à convaincre ses collègues LR de lui accorder deux des rares « niches » de leur groupe, autrement dit le droit qui leur est offert d’inscrire un texte à l’ordre du jour. Dans les deux cas, ses propositions de loi sur la reconnaissance des génocides et sur le recours aux mères porteuses ont fait l’objet d’un tir de barrage du groupe socialiste. D’une manière générale, la porte-parole de François Fillon pendant la primaire a manié toute la panoplie de l’activité parlementaire, de l’amendement visant à inscrire les racines chrétiennes de la France dans la Constitution jusqu’au voyage dans une Syrie en plein chaos.

Au rapport

Autre profil saillant : les habitués du Palais. Élu député pour la première fois en 1986, Michel Vauzelle (PS) a récupéré la vice-présidence de la commission des Affaires étrangères. Président du conseil régional pendant la plupart de son mandat, il est rarement intervenu en séance, davantage en commission mais s’est surtout vu confier sept rapports sur des questions diplomatiques. Maire du 9/10 puis président de MPM, Guy Teissier a été relativement moins présent à Paris que ses collègues. Mais pour son sixième mandat consécutif, l’ancien président de la commission de la Défense a supervisé chaque année un gros porteur : l’avis de la commission des Affaires étrangères sur le projet de loi de finances. Pour son quatrième mandat au palais Bourbon, Bernard Deflesselles a lui planché sur les négociations climatiques (cinq rapports), le G20, la politique spatiale et la Côte d’Ivoire.

Petit nouveau, François-Michel Lambert veut croire que le volontarisme peut payer : « Soit on est au troisième ou quatrième mandat, ou une personnalité politique reconnue, soit il faut montrer qu’on a envie et qu’on a les capacités. ». En l’occurrence, il a créé l’Institut de l’économie circulaire, sujet émergent, et a fait valoir son expérience dans la logistique pour présider une conférence nationale sur le sujet. Avec dans sa circonscription la future plus grande centrale biomasse de France, il a obtenu la rédaction d’un rapport sur le potentiel de cette source d’énergie, puis une mission sur les enjeux portuaires.

Huit petits nouveaux

« Quand on est élu député, on siège 15 jours après, et on est censé savoir tout sur la loi de finances etc. Il faut être honnête : le deuxième projet de loi de finances, je savais peut-être davantage ce que je votais », reconnaissait Jean-David Ciot (PS) lors de ses vœux la semaine dernière. Comme sept de ses collègues, tous à gauche, il a découvert le palais Bourbon il y a quatre ans et demi. Il a fini par être chargé de l’avis de la commission de la Défense sur cette partie du budget.

De fait, pour la plupart, leur activité est plutôt modeste si l’on en croit les chiffres collectés par Regards citoyens. Patrick Mennucci se signale toutefois avec de nombreuses prises de parole accumulées, en commission comme dans l’hémicycle. Il a également eu la tâche de rédiger un rapport d’information sur les filières djihadistes, qui lui a valu une audience nationale, et de préparer le passage de plusieurs textes en commission, dont celui sur le statut de Paris, en cours de discussion.

Qui a voté quoi ?

Pour ces députés socialistes, difficile de se cantonner à l’aspect quantitatif dans un quinquennat qui aura vu se multiplier les frictions au sein de la majorité parlementaire. Les deux principaux étant la déchéance de nationalité et la loi Travail. Patrick Mennucci est le seul socialiste du département à avoir défendu la déchéance de nationalité, à condition qu’elle ne s’applique pas qu’aux binationaux, Marie-Arlette Carlotti votant contre et les autres (Henri Jibrayel, Vincent Burroni, Michel Vauzelle et Jean-David Ciot) choisissant pour leur part de s’abstenir. « En tant que parlementaire, je me sens comptable de ce qui a été fait, même si je n’ai pas voté certains textes, précisait ce dernier lors de ses vœux. L’un est un sujet local, la métropole, et je l’assume. Le deuxième, c’est la déchéance de nationalité qui est une faute politique. En cherchant l’unité nationale, François Hollande cherche un accord avec la droite mais en fait il court après l’extrême-droite. »

Ce soutien de Manuel Valls défend en revanche la loi Travail, « créatrice de nouveaux droits », dissertant longuement sur les accusations récurrentes et injustifiées à ses yeux de « trahison » lorsque la gauche est confrontée à l’exercice du pouvoir. Sur cette loi, l’analyse des positions des députés du département est plus complexe, au gré des moutures et des négociations. Vincent Burroni l’a soutenu, du moins dans sa version remaniée. Patrick Mennucci et Henri Jibrayel sont sortis du rang, tandis que Marie-Arlette Carlotti tentait un amendement de « compromis ». Aucun d’entre eux n’est allé jusqu’à soutenir les motions de censure du gouvernement déposées par les frondeurs.

Lettres et néant

Tout cela, les uns comme les autres le feront sans doute savoir à leur manière durant la campagne. Mais même pendant le mandat, il y a le faire et le faire-savoir, avec là encore une assiduité et une densité variable. Si la mise à jour régulière des sites, blogs et réseaux sociaux est la règle, ce n’est pas le cas d’autres supports, souvent lancés en début de mandat. La lettre d’information entamée par Jean-David Ciot en février 2013 s’arrête en mai de la même année, Vincent Burroni a rapidement abandonné son « journal du député ». Une partie de cet effort de communication n’est certes pas visible en ligne, tels les courriers affectionnés par Patrick Mennucci ou le journal de Bernard Reynès, imprimé à 60 000 exemplaires.

D’autres mutualisent, comme Dominique Tian et Bernard Deflesselles, dont le bilan de mandat reprend un socle commun au groupe Les Républicains, suivi de quelques pages plus personnelles. Plus original, Christian Kert, dont le site web affiche toujours le bilan de la mandature précédente, a mené une initiative à rebours en 2014 : un cahier de doléances, pour faire remonter les attentes de sa circonscription et d’ailleurs. À croire qu’il y a des mordus, François-Michel Lambert publie lui son agenda complet, via un service de Google. L’occasion de vérifier qu’un député spécialiste de logistique et qui aimerait bien le rester, mange aussi beaucoup de galettes des rois.

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commentaires

Commentaires

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  1. corsairevert

    s’ils étaient rémunérés en fonction de leur travail c’est à dire au mérite ( comme ils le prônent tous pour les salariés …) on les verrait peut être davantage à l’assemblée et sur le terrain hors période électorale s’entend !
    Et ceci quelle que soit leur couleur .

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  2. laplaine

    Si l’on fait un parallèle avec les salariés, je ne sais même pas si certains élus du territoire ont le niveau pour ne serait-ce qu’être embauchés quelque-part.

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  3. mireille reymond

    Bon il fallait pas les élire si ce sont des fainéants et des incapables !
    Réfléchissez la prochaine fois

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  4. MarsKaa

    j’adore ce genre de commentaire ! Mireille, savez vous que votre commentaire n’a aucun sens stricto sensu ? vous connaissez le vote des précédents commentateurs peut-etre ? de tous les lecteurs de Marsartu surement ?
    vous savez que l’on n’est pas ou blanc ou noir ? (ou bleu ou rose ?) Avez vous regardé le pourcentage d’abstention ? et le nombre de votes blancs aux élections locales ? sans compter que l’on a pu aussi voter pour d’autres candidats, ils étaient nombreux..Les « élus » ne l’ont pas été par une majorité de citoyens, loin de là, ils ont simplement eu plus de votes que les autres, mais les autres + l’abstention + les votes blans, là est la majorité…
    quant aux « réfléchissez la prochaine fois » devrait entraîner selon vous quelle attitude, quel vote aux prochaines élections ? (parce que sur votre conseil on va enfin réfléchir). Dîtes nous tout, Mireille, aidez nous dans notre réflexion .

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    • julijo

      En soutien !!
      ce commentaire génère aussi :  » quoi ! moi ! j’ai sûrement pas voté pour eux !! »
      comme à la louche 70 -75 % des marseillais…je n’ai pas voté Gaudin !!!

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