Président de LR 13, Bruno Gilles : « Estrosi pour moi, c’est fini »

Interview
Jean-Marie Leforestier
21 Juin 2017 8

Bruno Gilles n'est pas connu pour mâcher ses mots. Sénateur, maire des 4e et 5e arrondissements, président du parti Les Républicains dans les Bouches-du-Rhône, il revient en longueur pour Marsactu sur la division de la droite face à Macron, égratignant au passage l'ancien président de région, sur les conséquences politiques des législatives dans le département et dresse un portrait peu reluisant de la situation de la droite marseillaise.

Bruno Gilles, lors du meeting de François Fillon.

Bruno Gilles, lors du meeting de François Fillon.

Marsactu : Après ce deuxième tour plus favorable que prévu, quel bilan tirez-vous de ces législatives ?

Bruno Gilles : C’est moins bien que ce qu’on aurait dû avoir mais mieux que ce qu’on pensait au soir du premier tour. En tout cas ce deuxième tour est moins catastrophique que le premier. On fait autant de députés à l’extérieur avec Bernard Deflesselles, Bernard Reynès et Eric Diard qui revient. On enrage avec la défaite de Christian Kert, on y a vraiment cru mais les bureaux d’Aix ont fait la différence pour En Marche.

Sur Marseille, on fait deux circonscriptions sur trois notamment, faut pas le cacher, parce qu’il y a les électeurs du Front qui se sont reportés sur nous. Il faut saluer les remontadas de Valérie Boyer et de Guy Teissier. Celle qui tombe, la 2e circonscription c’est celle qu’on pensait le moins voir tomber. Quand on regarde les résultats dans le 8e arrondissement, c’est un véritable désaveu.

« Même si c’est dur pour Dominique Tian, cette circonscription fait partie du top ten national. Pour nous, ça voulait dire qu’on ne la perdrait jamais. »

Vous dites que c’est un désaveu personnel pour Dominique Tian ?

Quand vous n’êtes devant que dans deux bureaux, c’est qu’il y a un désaveu et pas seulement personnel, collectif. Il faut rappeler même si c’est dur pour Dominique Tian, que cette circonscription fait partie du top ten des meilleures de France pour la droite. Quand la gauche a redécoupé la carte électorale puis quand la droite l’a fait, on a mis tous les bureaux de droite dans la même circonscription. Pour la gauche, ça permettait d’avoir plus de chances dans les autres. Pour nous, ça voulait dire qu’on ne la perdrait jamais, c’était fait pour ça. Cette défaite nous oblige à nous remettre en question.

À l’arrivée, c’est notre seule perte. Et nous aurons peut-être un autre député de plus. Nous avons déposé un recours qui tient la route pour la 5e circonscription (lire notre article de ce mercredi). Nous avons perdu de 43 voix, on pourrait avoir un député de plus dans quelques mois. Selon ce qu’aura fait le gouvernement, il y aura une petite fenêtre et nous sommes prêts à repartir au combat dès septembre.

Avec le même candidat Yves Moraine qui a été battu au premier tour ?

Bien sûr avec le même candidat. On a fait une belle campagne, on a été emportés par la vague mais je pense qu’en continuant à travailler, on peut s’implanter.

« Je n’ai pas pensé que je serais si peu suivi par les électeurs et ça ne peut pas se résumer au fait que ce soit le nom d’Yves Moraine et pas le mien sur les bulletins. »

Yves Moraine a mené une longue campagne comme vous les faites, avec les boulistes et les seniors par exemple.

Je n’imaginais pas la défaite, alors ne pas être au deuxième tour… Si on n’avait rien fait, on aurait sûrement 12 ou 14 %, là on fait 19 % et il nous manque 43 voix. On a fait le travail traditionnel auprès de notre électorat traditionnel et on voit que ça n’a pas payé cette fois.

Vous êtes le maire des 4e et 5e arrondissements qui recoupent en partie la circonscription, vous vous êtes engagés à ses côtés. C »est aussi un défaite personnelle ?

Je reconnais que c’est un échec et j’assume ma part de cet échec. J’ai fait les déjeuners, les apéros à domicile. Je n’ai pas pensé que je serais si peu suivi par les électeurs et ça ne peut pas se résumer au fait que ce soit le nom d’Yves Moraine et pas le mien sur les bulletins. Le problème est plus général.

Cela peut-il avoir des conséquences à la mairie d’arrondissements que vous avez annoncé vouloir céder à Marine Pustorino ?

Marine Pustorino sera maire de secteur à ma place en septembre, quand s’appliquera la loi sur le non-cumul. Je garderai un bureau à la mairie pour l’accompagner vers 2020 qui sera ma dernière élection municipale. Je serai présent pour gagner ce secteur. Elle va se frapper les CIQ, les visites de quartier… De mon côté, je vais prendre de la hauteur et garder quelques gros dossiers : l’aménagement du boulevard Flammarion, le parking Longchamp, la Plaine. Maintenant je ne suis pas Estrosi, je ne vais pas faire raboter l’estrade et m’asseoir à côté. Je ne suis pas là pour la mettre sous tutelle. Mais la règle est ainsi faite, je deviendrai maire honoraire donc je serai encore un peu maire.

Vous êtes aussi le président de LR 13. Avec cette casquette, vous vous êtes fortement désolidarisé de François Fillon en appelant à son retrait, sans succès. Cela vous a d’ailleurs valu les remontrances de Jean-Claude Gaudin. Êtes-vous fragilisé à ce poste ?

J’ai effectivement été un des premiers à tirer les conséquences le 2 février et le seul qui m’ait vraiment fait des reproches, c’est Guy Teissier. Mais Gérard Larcher, Bruno Retailleau, Bernard Accoyer ne m’ont pas désavoué. Ils m’ont même demandé d’organiser leurs déplacements. On a mis 800 personnes dans les salons du Vélodrome pour Retailleau qui est un inconnu. Quand Xavier Bertrand est venu, quand Laurent Wauquiez est venu, quand Valérie Pécresse est venue à Chateaurenard, c’est moi qui ai organisé tout ça. Eux se sont toujours appuyé sur la fédération, se sont montrés légitimistes. Quant à Jean-Claude Gaudin, on s’est mis d’accord même pour la position entre les deux tours.

Justement. Vous avez indiqué respecter tous les votes au second tour de la présidentielle. Y compris le vote Front national donc. 

Il fallait garder l’unité de la famille. Ceux qui n’allaient pas voter, ceux qui faisaient le pas pour Macron, ceux qui votaient Front national. Au deuxième tour, j’ai voté blanc et je l’assume. Sur Facebook, par lettre, par SMS, j’ai eu la confirmation qu’une grosse partie de la famille politique ne voulait pas qu’on aille voter Macron. Ce qui prouve que malgré mon amitié quasi fraternelle avec Renaud Muselier, on peut être en désaccord sur le positionnement : moi je ne serai pas allé soutenir Corinne Versini la veille du 2e tour.

Il incarne cette droite Macron-compatible qui émerge…

On verra ce qu’il se passe. Une partie des députés LR va faire un groupe à l’Assemblée. Cette position n’est pas correcte vis-à-vis de notre électorat parce qu’ils ont été élus sur une étiquette LR. Localement, on va être très attentifs. Les lignes vont bouger au mois d’octobre avec l’élection du président des Républicains. Il y aura une tendance dure ex-sarkozyste avec Laurent Wauquiez et une droite plus sociale, gaulliste, moins marquée face à Macron, avec Xavier Bertrand. Pour l’heure, je ne sais pas de quel côté je pencherai. Ma préoccupation, c’est de garder l’unité de la famille.

« Estrosi pour moi, c’est fini. Il a franchi le pas. Il est avec Macron. »

Quel regard portez-vous sur le positionnement de l’ancien président de région et actuel maire de Nice Christian Estrosi ?

Estrosi pour moi c’est fini. Il a franchi le pas. Il est avec Macron. Si on regarde le parti, on a un tiers Macron aujourd’hui, on a un tiers plus mou, et un dernier tiers plus dur. Pour moi les deux derniers tiers, il faut réussir à les faire cohabiter au sein du parti. Pour le premier, c’est trop tard.

Et Renaud Muselier dont vous êtes très proche ?

Il restera dans une tendance plutôt Bertrand, il est attaché à sa famille. Sur le fond, je suis d’accord pour soutenir les candidats contre Ravier et Mélenchon. Mais de là à s’afficher avec Versini, je le fais pas. Je dis attention : quand il y aura une alternance, parce qu’il y en aura une, ce sera nous si on est clairs. Mais, si ce n’est pas le cas, ce sera Mélenchon ou Le Pen.

Il faut savoir faire l’analyse. On voit bien qu’il y a un échec de la droite dure, trop extrême y compris en PACA. Quand on voit Ciotti qui est en difficultés parce qu’il est à la lutte avec le Front au premier tour, il faut se poser les bonnes questions. La bipolarité a été touchée mais elle n’a pas explosé complètement. On reviendra à 4 blocs (extrême-gauche, gauche, droite, extrême-droite) et la droite devra assumer son alliance avec le centre.

Localement, les regards se tournent désormais vers la mairie. Tian et Moraine sont-ils sortis du jeu ?

Là aussi, faisons attention à ne pas tirer des plans sur la comète. 2020 c’est une éternité, regardez ce qui vient de se passer ces six derniers mois, personne n’aurait pu l’écrire auparavant. On ne peut pas se projeter aujourd’hui. C’est vrai que Moraine et Tian ne sont pas dans le même état qu’avant les législatives. Mais qui pouvait imaginer en 2012 que Muselier rebondirait comme aujourd’hui, président de région et député européen ? Personne ne sait si le maire ira au bout de son mandat et si Renaud Muselier sera un recours en 2020.

Donc même pendant la campagne d’Yves Moraine, vous vous prépariez à soutenir Renaud Muselier en 2020.

Moi je n’ai jamais caché mon soutien à Yves Moraine si le maire avait décidé de passer la main avant la fin. Par contre, je reprends ma liberté s’il va au bout car j’ai une amitié et une fidélité pour Renaud Muselier. Mais c’est beaucoup trop tôt pour parler de ça. Je ne ferai pas partie de ceux qui pousseront le maire dans une maison de retraite. Le moment venu, je donnerai ma position personnelle.

Aujourd’hui, les présidents d’exécutif, Renaud Muselier et Martine Vassal semblent au centre du jeu.

Pour Renaud Muselier et Martine Vassal, ce n’est pas spécialement d’aujourd’hui. Ce sont deux personnalités qui comptent beaucoup parce qu’elles apportent à Marseille. Mais nous devons faire mieux tous ensemble. Nous avons une difficulté phénoménale à faire des tours de table sur des milliers de dossiers et ce pour de multiples raisons, des blocages liées notamment à la haute administration.

« Pour avoir le soutien de la région ou le département, ça marche par copinage alors qu’il faudrait travailler de manière globale pour Marseille. »

Aujourd’hui, malgré l’alignement des planètes, ce n’est pas organisé. Chacun fait son marché. Le département devrait aider à la végétalisation au-dessus du parking Longchamp parce que je m’entends bien avec sa présidente. La région devrait payer une partie de la requalification du Jarret parce que je m’entends bien avec son président. Ça marche par copinage alors qu’il faudrait travailler de manière globale pour Marseille qui a besoin d’un vrai plan Marshall, à tous les niveaux. J’entends le discours qui dit que ces collectivités ne sont pas des tiroirs-caisses. Mais Marseille en a besoin ! Il faut qu’ils participent mais qu’ils soient aussi à l’origine de certains dossiers. On a encore ce manque d’huile dans les rouages qui nous pénalise et qui pénalise Marseille.

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