Pour préserver l’agriculture, le marché des Arnavaux pousse les hypers à acheter local

Interview
le 30 Mar 2020
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Marc Dufour est le directeur général du marché d'intérêt national Aix-Marseille Provence. Il détaille l'impact de la crise sanitaire sur la filière agricole et les discussions en cours, avec la grande distribution, mais aussi avec la Ville de Marseille, pour une réouverture de certains marchés de fruits et légumes.

Archives Violette Artaud.

Archives Violette Artaud.

Sens unique de circulation, sas, nombre de personnes limitées par box… Le marché d’intérêt national (MIN) des Arnavaux, qui reçoit un petit millier de personnes, s’est adaptée aux consignes sanitaires tout en étant ouvert. Il reste le carrefour entre la production agricole et les points d’approvisionnements locaux, de l’alimentation de quartier au gros hyper en passant par les restaurants. Alors que démarrent les récoltes d’asperges et de fraises, Marc Dufour, directeur général du MIN revient sur les difficultés rencontrées par la filière en cette période sanitaire.

Comment se porte le marché d’un point de vue économique ?

En terme de fréquentation de nombre d’entrées payantes et abonnés, nous avons une légère diminution. Dans les premiers jours qui ont suivi l’annonce du président de la République, on a eu une frénésie d’achat où c’était extrêmement difficile à gérer. La hausse de la demande créait une pénurie. Les quantités qui ont été achetées étaient 2 ou 3 fois supérieures à la moyenne de saison. Dans la foulée, nous avons eu deux jours très creux et on est revenu peu ou prou à des niveaux comparables. Aujourd’hui, nous avons 10 à 15 % d’entrées en moins mais le chiffre d’affaires se maintient. Les producteurs et les grossistes nous disent que ça va.

Est-ce une situation homogène ?

Les premiers touchés sont les produits horticoles : tout ce qui est fleurs coupées est complètement à l’arrêt avec la fermeture des fleuristes. Les grossistes service complet, c’est-à-dire qui achètent sur le MIN et livrent directement leurs clients comme les restaurants, sont tous fermés. Ils ont été contraints de mettre tout leur personnel au chômage. Nous gérons aussi le poisson à Saumaty et là aussi, c’est très compliqué. Il n’y a plus de marchés de plein air, plus de restaurants et la grande distribution a stoppé le poisson sur glace au profit de poissons conditionnés. Cela a fortement fait baisser le cours du poisson, de 50 à 75 %. Les patrons-pêcheurs n’arrivent même pas à payer les frais pour faire sortir le bateau et payer l’équipage. Certains sont en train de réfléchir pour arriver à reprendre mais c’est très compliqué. Aujourd’hui, c’est un désert, il doit y avoir deux carreaux occupés sur une quinzaine.

Quel est l’impact de la fin des marchés sur l’activité économique des producteurs locaux ?

Notre carreau des producteurs est très développé, nous avons des producteurs qui réservent en temps normal 20 à 25 % de leur marchandise pour le local. Pour certains, c’est un canal de commercialisation qui représente la moitié de leur chiffre d’affaires et de leur résultat. Il y a donc un gros enjeu. Pour les asperges et fraises pour certains, la saison démarre là. Ça a un impact économique très très important. J’ai demandé aux grossistes d’acheter en priorité la production locale. À ce jour, ils jouent parfaitement le jeu.

C’est-à-dire ?

Avec la métropole, on essaie de mettre en place des conventions avec la grande distribution pour acheter prioritairement la production locale. Un courrier a été envoyé aux enseignes par Martine Vassal, la présidente de la métropole : notre rôle est de créer une massification et d’avoir une chaîne logistique qui permette de fournir les grandes surfaces. Elles ne peuvent pas aller chercher 500 kilos de fraises à tel endroit et 150 kilos à un autre !

Avec la métropole, on a demandé à la grande distribution de faire des efforts et elle a dit qu’elle vendrait à prix coûtant ce genre de produits. On essaie de créer des liens là où il n’en existait pas et où les centrales d’achat ne cherchaient que le prix le plus bas. Cela leur permet de s’inscrire dans une tendance de fond de retour à la consommation locale. C’est difficile pour eux de dire non.

Quel regard portez-vous sur la fermeture des marchés ?

Le gouvernement a laissé la possibilité aux maires de rétablir les marchés de plein air. Je dirais que dans la grande majorité des cas, c’est possible. Ce sont les mêmes règles que chez nous. Les étals textiles, de bazar, de chaussures ne sont plus là, il ne reste que l’alimentaire, soit la moitié. On peut espacer les étals et on peut faire un sens de circulation avec des espacements matérialisés au sol. Les commerçants savent se protéger avec un vigile et une autorisation qu’on retire aux exposants s’ils ne respectent pas les règles. Avec la Ville de Marseille, on travaille sur le retour de la plupart des marchés, parfois en adaptant leur organisation en profitant aussi des voies dégagées de toute circulation à l’heure actuelle.

Quelles sont les conséquences des nouvelles règles sur les importations ?

En Espagne et en Italie jusqu’à présent, il n’y a pas de fermeture au niveau de la circulation des produits en Europe. Nous observons en revanche des difficultés pour certaines importations du Maroc car il faut traverser l’Espagne et que l’Espagne a mis des restrictions très fortes. Là où la production a des problèmes, c’est surtout au niveau des travailleurs détachés qui ne peuvent plus venir, d’où l’appel du ministre de l’Agriculture à rejoindre les champs. Du point de vue des producteurs, cela pose moins de problème sur les récoltes que sur des travaux qui demandent beaucoup de main d’œuvre.

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Commentaires

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  1. Nico Rambaud Nico Rambaud

    Quel regard porter sur la fermeture des marchés ?
    C’est une honte mais ce n’est qu’à moitié étonnant de la part de ce gouvernement “CAC40” qui n’en a que faire de la paysannerie.
    Laisser la possibilité aux maires de rétablir les marchés de plein air, c’est mettre en difficulté toute une filière.
    J’ai eu la chance de me rendre au marché de la Gavotte ou des règles toutes simples comme un sens de circulation avec des espacements matérialisés au sol que les producteurs ont su mettre en place.
    MERCI Marsactu de traiter ce sujet car applaudir les soignants à 20 h, c’est bien mais que faisons-nous pour ceux qui nous nourrissent ? Pas moyen de faire confiance à nos dirigeants sur ce coup là alors disons les choses et laissons exprimer notre colère.

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