Plombée par les affaires, Sylvie Carrega ne sera pas reconduite aux départementales

Actualité
le 29 Avr 2021
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La vice-présidente du département déléguée au logement ne se représentera pas sur son canton, acquis de haute lutte en 2015. Si le parti Les Républicains met en avant la nécessité d'un renouvellement, ce sont les affaires qui ont été le moteur de son éviction. D'autant que de nouvelles accusations visent l'élue.

Ce lundi, Sylvie Carrega a tiré un trait sur une partie de sa carrière politique. En pleurs, selon plusieurs témoins, elle a annoncé aux militants présents à une réunion en visioconférence avec les instances LR du département qu’elle ne se représenterait pas dans son canton, gagné avec son binôme Thierry Santelli en 2015. “Elle a accepté de passer le flambeau à la demande de Martine Vassal, raconte Lionel de Cala, porte-parole de la campagne et maire d’Allauch où il est lui-même candidat. Elle s’est exprimée avec émotion, dans ce moment particulier pour elle“.

Pour le porte-parole de Martine Vassal, il n’y a pas de doute : le “sacrifice” de l’élue de l’Est de la ville est uniquement dû à la volonté de renouvellement portée par la tête de liste “pour élargir sa majorité”. Il a donc fallu que des fidèles parmi les fidèles cèdent le pas pour laisser la place à de nouvelles figures, souvent issues de formations voisines de LR. C’est le cas dans le 8e canton où Thierry Santelli, candidat sortant, sera accompagné d’Alison Devaux, présidente des jeunes démocrates et proche du Modem Miloud Boualem.

“Ce n’est pas une alliance d’appareils. C’est un engagement personnel, reprend Lionel de Cala. Le renouvellement concerne 14 candidats sur 24 à Marseille. Sur tout le département, c’est 32 candidats sur 58, ce n’est pas rien. Cela suppose donc de demander à certains de céder leur place. Mais sachez que Sylvie Carrega continuera de faire bénéficier le parti de son expérience”. De fait, elle reste conseillère municipale dans le groupe d’opposition Une volonté pour Marseille. Une maigre consolation pour celle qui cumulait il y a encore un an son poste de vice-présidente au département avec les statuts d’adjointe au maire et de vice-présidente du CCAS.

“Difficile de maintenir son investiture”

En coulisses, ce n’est absolument pas cette version des faits qui prévaut. Sous couvert d’anonymat, un pilier de la majorité Vassal n’y va pas par quatre chemins : “Avec les affaires du CCAS et ce que Marsactu a révélé, c’était difficile de maintenir son investiture”.

Vice-présidente durant douze ans du centre communal d’action sociale (CCAS), l’élue s’était fait rembourser en 2018 ses frais de voyage en Italie en compagnie de personnes âgées par la structure chargée de lutter contre l’exclusion. Une pratique que la chambre régionale des comptes avait sévèrement critiquée dans un rapport remis en 2016 sur cet organisme. Cela n’a pas empêché Les Républicains de reconduire Sylvie Carrega en bonne position sur ses listes aux municipales de 2020 où elle a bénéficié de la victoire in extremis de Julien Ravier.

Mais une seconde affaire, révélée début avril par Marsactu, est venue fragiliser encore la position de l’élue. Depuis son dépôt de plainte en août dernier, pour “abus de confiance” contre le couple Carrega, Fabien* a alerté à de nombreuses reprises le parti où il milite. En novembre 2018 puis janvier 2019, ce dernier a contracté deux prêts pour le compte de l’époux de l’élue, Serge Carrega sous le prétexte d’une affaire immobilière qui n’a jamais eu lieu. Simple ouvrier, fragilisé par un divorce, Fabien se dit victime d’une escroquerie.

Bien avant que Marsactu ne s’en fasse l’écho, cette affaire de prêt était commentée en haut lieu au bateau bleu. Fabien affirme que la vice-présidente du département chargée du logement l’a même reçu dans une salle de réunion de l’institution pour tenter de trouver une voie d’apaisement à leur conflit d’argent. En vain. Selon plusieurs interlocuteurs, suite à ces accusations, l’entourage de Martine Vassal aurait commencé à prendre ses distances avec Sylvie Carrega avant même la parution de notre article.

Une autre affaire de prêt refait surface

Depuis cette révélation, les langues se délient. Un autre créancier du couple se dit victime des mêmes pratiques sans avoir porté plainte à l’époque et s’en est ouvert à Marsactu. Il s’agit de Laurent Fraisse, restaurateur bien connu de la place marseillaise qui gère depuis 2003, la pizzeria Chez Noël, en haut de la Canebière. Avant un arrêté de péril soudain et la fermeture sanitaire, l’établissement ne désemplissait pas.

Bavard impénitent, en relation avec le tout-Marseille, Laurent Fraisse a participé à la campagne de Martine Vassal en 2015. C’est à cette période qu’il fait connaissance de Sylvie Carrega et de son mari. “Comme beaucoup d’autres à l’époque, j’ai donné un coup de main, explique-t-il au milieu de son restaurant désespérément vide. J’ai convoyé des personnes âgées jusqu’au bureau de vote. J’ai même invité l’ensemble des colleurs d’affiche à manger une pizza à mes frais au restaurant”.

Serge est venu au restaurant. Il me présente des papiers jaunis, m’explique qu’il a des problèmes relationnels dans sa famille. Il met en avant le coût de la campagne et me demande de lui prêter 10 000 euros .

Laurent Fraisse, restaurateur

Sans être encarté, Laurent Fraisse paie de sa personne, “par conviction et par amitié pour Martine Vassal qui est une femme droite”. Mais le couple Carrega ne va pas s’arrêter à ce simple soutien. “Un jour, en début d’été 2015, Serge est venu au restaurant. C’est quelqu’un que j’ai fréquenté au moment de la campagne, mais sans plus. Il me présente des papiers jaunis, m’explique qu’il a des problèmes relationnels dans sa famille. Il met en avant le coût de la campagne et me demande de lui prêter 10 000 euros qu’il doit me rembourser trois mois plus tard“.

Un chèque de caution en bois

En échange, le traminot de métier remet un chèque du même montant en guise de caution. “Pour moi, ça valait reconnaissance de dette et comme à l’époque, je n’avais pas de problème d’argent, je ne me suis pas posé de question”. Problème, quand septembre arrive, le remboursement, lui, ne vient pas. Laurent Fraisse commence donc à rappeler Serge Carrega à sa promesse “mais il avait toujours une bonne excuse pour justifier d’un délai”. Un coup de fil à sa femme, nouvellement élue au conseil départemental n’a pas plus d’effet sur le remboursement. “Elle m’a répondu que je n’étais pas sa copine et que je n’avais pas à l’appeler comme ça”, confie l’épouse de Laurent Fraisse qui a fini par se mêler à l’affaire. Pourtant, le chèque est bien celui du compte commun des époux Carrega.

N’obtenant pas le remboursement promis, Laurent Fraisse dépose le chèque remis en gage. “Il m’est revenu de la banque avec mention que le titulaire du compte avait déclaré le chéquier volé”, constate Laurent Fraisse en présentant à Marsactu la photocopie du document fourni par la banque. Il lui faudra près d’un an pour retrouver les fonds prêtés. Depuis, les deux couples ont cessé toute relation. Ni Serge Carrega, ni Sylvie Carrega n’ont répondu aux appels de Marsactu pour commenter cette nouvelle affaire.

Ancien propriétaire d’un logement indécent, Santelli reconduit
Lui y retourne. Binôme de Sylvie Carrega dans le 8e canton de Marseille, Thierry Santelli avait dû quitter sa vice-présidence du département en décembre 2018 après les révélations de Marsactu sur le logement indécent qu’il louait à Saint-Mauront. S’il a conservé son mandat de conseiller départemental, il avait renoncé en 2020 à une place sur les listes Vassal lors des municipales. Aujourd’hui, Thierry Santelli repart en campagne avec l’investiture LR, serein sur cette affaire dont “personne ne lui parle dans la rue”, nous assure-t-il, même s’il a vu son visage “placardé sur des affiches et sur les réseaux sociaux”. Pour l’élu, cette affaire est soldée, puisqu’il a procédé au relogement de ses locataires – comme la loi l’y oblige – puis vendu l’appartement, début 2020. Depuis, l’immeuble est toujours en péril, et muré. “Il était fermé, squatté, avec un syndic qui a failli à ses devoirs. J’ai toujours payé mes charges et les appels de fonds mais rien n’était fait. J’ai pris la décision de vendre car je ne suis pas un professionnel de l’immobilier et je voulais sortir de cette situation”, justifie-t-il, continuant de présenter le problème comme “un péril des parties communes” et dit ne pas être au courant de la non-décence déclarée par la CAF pour son appartement. “Je n’ai pas été condamné, il n’y a pas d’effondrement, pas de blessés, il n’y a même pas de plainte contre moi, vous pensez que je ne devrais pas me présenter ?”, interroge-t-il.
*Le prénom a été modifié à la demande de l’intéressé
Avec Julien Vinzent

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Voilà le résultat de l’existence d’une presse indépendante, qui possède la liberté de dire les choses comme elles sont : un président ouvertement raciste d’association qui démissionne, une élue profiteuse qui est écartée.

    Les protestations plus ou moins éplorées des intéressé•e•s n’y changent rien : l’exemplarité doit venir d’en haut.

    Merci à Marsactu d’illustrer cette maxime un peu ironique mais si vraie, qui est celle d’un de ses célèbres confrères – un autre volatile : “la liberté de la presse ne s’use que si l’on ne s’en sert pas”.

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    • Latécoère Latécoère

      Cher électeur,
      C’est hors sujet, mais je vous vois régulièrement (et j’apprécie) vous essayer à l’écriture inclusive. Pour info le point milieu s’obtient en tapant ALT 0183, ça donne ça ·
      Si vous l’utilisez vraiment souvent cela vaut le coup de modifier l’attribution des touches. L’utilitaire Clavier + le fait très simplement.
      Tout ceci est valable sous Windows. Sous MAC le pont milieu s’obtient en faisant ALT MAJ F.

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Lorsque j’utilise mon ordinateur, le point médian est en effet celui-ci : “·”.

      Lorsqu’il ressemble à un gros pâté – hélas ! -, c’est que j’ai écrit mon commentaire sur mon smartphone – et je n’ai pas trouvé mieux que ce “•”. Je suis preneur d’une solution s’il y en a une !

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    • Latécoère Latécoère

      Avec un Iphone je ne sais pas, mais c’est possible sous android, en utilisant le clavier google gboard (ça devient très technique là).
      Un long appui sur le symbole ‘-‘ fait apparaitre des options, dont le fameux point milieu. Ce n’est pas très pratique, mais ça existe.

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Vassal toujours dans la modération et la retenue emploie le mot de sacrifice pour sa copine , pourquoi pas martyre.
    Carrega en pleurs,non pas pour être obligée de ne pas se représenter du fait de ses turpitudes, les LR marseillais n’ont honte de rien, mais surtout du fait qu’elle va perdre des revenus confortables à rien foutre au département et ailleurs.
    Bon débarras

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  3. petitvelo petitvelo

    Q

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  4. Brallaisse Brallaisse

    Se pose quand même une petite question subsidiaire, où Vassal va t’elle recaser sa copine , dans qu’elle structure para départementale ou métropolitaine ?

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    • BRASILIA8 BRASILIA8

      comme elle a une certaine expérience en la matière elle va créer une société de prêt aux particuliers

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  5. vékiya vékiya

    Perdre autant de bienfaiteurs altruistes me démoralise.

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  6. Dark Vador Dark Vador

    Quand on est élue, titulaire de postes en vue dans des organismes administratifs, au conseil municipal, à la Métropole, comment peut-on se livrer à de tels agissements? L’inconscience, la cupidité, l’avarice?. L’incompétence, la facilité, le manque de civisme et de moralité?. Tout cela sans doute, bien sûr, mais aussi, et surtout : le sentiments très fort d’impunité. Sans une presse libre, elle serait encore assise sur son siège, au chaud, grassement rémunérée de sources diverses et variées. Merci Marsactu. Quand au “pauvre” Santelli, j’espère sincèrement qu’il ne sera pas réelu, quelle position scandaleuse. Il se justifie par des arguments fallacieux et indignes et a, par dessus le marché, l’indécence de se représenter… Impunité…

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  7. mrmiolito mrmiolito

    Dégât collatéral, la pizza “Chez Noël” qui cumulait déjà les emmerdes immobilières, financières, COVIDières, et est fermée depuis fin 2018, ne doit vraiment pas être aidée par ce nouveau problème…

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  8. Félix WEYGAND Félix WEYGAND

    Tout d’abord on ne peut que se féliciter (et féliciter l’équipe) du rôle de Marsactu sur ces dernières affaires !
    Ensuite, je crains que l’éviction de Carrega ne doivent pas grand-chose à un souci de moralisation de la vie publique chez les LR locaux : pourquoi Carrega est recalée ? Pour s’être payée des vacances sur le compte du CCAS en abusant de sa position d’élue ? Pour avoir été élue grâce à des fraudes commises au dépend de personnes âgées dépendantes ?
    Pas du tout !
    Carrega est recalée parce qu’elle escanait même les autres militants LR et supporters de Vassal !! et ça bien sûr, même chez eux c’est grave !

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Bien vu ! “Tu te goinfres autant que tu veux, mais pas dans l’assiette de mes amis.”

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    • julijo julijo

      la preuve : santelli qui lui ne gène personne !

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  9. Dark Vador Dark Vador

    @FelixWeygand. Quand je mettais en avant le sentiment d’impunité de S. Carrega (sur laquelle JC Gaudin ne tarissait pas d’éloges!) c’était au sens “large”. Qu’elle est exercée ses “talents” même et aussi au détriment de ses propres amis politiques, ne fait que confirmer mon diagnostic. Cette impunité, elle en avait fait un élément central, apparemment, de sa vie politique et personnelle.

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  10. Jacques89 Jacques89

    On est dans la série « les malheurs de Martine » fidèlement transcrite par notre Benoit Gilles qui colle au parti comme une arapède à son rocher. Va falloir renforcer la ventouse, avec cette équipe les coups de labé vont forcir et les discours « authentiques » se raréfier.

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  11. Assedix Assedix

    Encore une qui était sur la liste LR des 11/12 ! Et dire que des gens se sont déplacés en nombre pour les faire élire…
    À ce niveau-là, ça relève carrément du fanatisme.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Vous faites bien de le rappeler,car cette dernière valait le détour, surtout dans le cadre de faux en écriture.

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  12. jasmin jasmin

    Comment fonctionne la procédure de vérification du profil des personnes représentant un parti? Est ce qu’il y a un système de contrôle interne, d’enquête interne, quand des affaires de ce type commencent à faire surface? Est ce que les candidats sont si rares que le parti préfère faire avec et fermer les yeux sur des agissements de ce type, au lieu d’écarter les mauvais éléments? Quelqu’un qui détourne des fonds pour payer des voyages personnels à l’étranger est supposé avoir compris l’erreur et ne plus jamais recommencer? C’est bizarre bisounours-land dans un parti qui est en forte tension depuis la prise de la mairie par le Printemps Marseillais. Ou alors, “faire proprement” ne fait pas parti des objectifs affichés de campagne?

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    • Brallaisse Brallaisse

      Rien de tout cela,c’est la politique des copains.

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  13. PromeneurIndigné PromeneurIndigné

    Un exemple topique de ” boulitique” que Malek BENABI penseur algérien a défini en ces termes ” La politique est une réflexion sur la manière de servir le peuple. La boulitique est une accumulation de cris et de gestes (invoqués) pour utiliser le peuple. “

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  14. demidi.aminuit demidi.aminuit

    Et dire que ce n’est que la partie visible de l’iceberg…Cette personne doit arrêter la politique qu’elle considère comme un moyen de bien gagner sa vie en en faisant le moins possible, parce que madame, en plus du reste, vit au dessus de ses moyens.
    Elle n’est hélas, ni bosseuse ni intelligente ni honnête et encore moins que tout, au service des Marseillais ou des Buccho-rhodaniens.
    Fouillez encore Marsactu . Le nombre d’articles que vous pourriez lui consacrer pourrait bien constituer le troisième tome des misérables….

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