Philippe Pujol : "Marseille représente totalement la France"

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le 18 Nov 2014
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Philippe Pujol est souvent en goguette depuis l’obtention du prix Albert Londres pour son enquête French deconnection, au coeur des trafics, qui paraît aujourd’hui dans un livre co-édité par Robert Laffont et Wildproject. Mais, de retour à Marseille, il a tout de suite répondu à notre invitation. La mauvaise nouvelle, la mise en cessation de paiement de La Marseillaise, son ancien employeur, est tombée entre-temps. “La Marseillaise vit un moment fort de son histoire, mais ce n’est pas la première fois. C’est un journal nécessaire à Marseille, j’espère que l’on ne va pas en parler au passé” déclare-t-il, avant de rendre hommage : “Je n’aurais pas pu avoir ce prix sans les libertés données par la ligne éditoriale et les failles du journal. J’ai su prendre toutes les libertés”.

Le journaliste inscrit son enquête à forte vocation sociale dans la tradition du journal où il a appris le métier : “Tout ce qui touche aux violences sociales, à la misère, aux quartiers populaires est couvert par La Marseillaise depuis des décennies. J’ai traité cela sous l’angle du banditisme et de la délinquance, en tant que fait-diversier.” Philippe Pujol ne s’est pas contenté de recueillir la source policière mais est allé chercher la parole des familles et des délinquants. “Je ne me suis pas planqué pendant 10 jours dans une cité, ce qui est absurde. Il faut aller régulièrement sur place et ne pas pas parler seulement de la délinquance mais aussi de la vie quotidienne, de l’absence d’autorité publique… C’est comme cela que l’on noue la confiance “

Sale boulot

Loin de la parole des seuls grands voyous “qui ont tendance à parler facilement aux journalistes” ou aux petits dealers croisés sur le terrain, “accessibles mais qui fanfaronnent beaucoup”, il est allé cherché dans le délinquant de l’entre-deux : “C’est plus compliqué mais ceux-là aiment parfois lire la réalité de leur « boulot   ». Ils aiment que l’on voit que ce n’est pas si simple, qu’ils ont un boulot de merde”. Les travaux de la sociologue Amina Haddaoui qui a enquêté sur les réseaux de stupéfiants du Maroc à Marseille en passant par l’Espagne l’ont également beaucoup aidé, même s’il ne se prétend pas sociologue.

Sur le traitement politique des trafics et des cités qui en sont le théâtre, Philippe Pujol dresse plutôt un constat désabusé : “Les politiques ont un usage électoral de ces quartiers. Ils aimeraient que la situation s’améliore tout en gardant une poche de misère qui permet de les exploiter, pour que les gens continuent de voter pour eux”. Ce qui est de moins en moins le cas… Le fait-diversier espère néanmoins avoir atteint son objectif, être sorti de la “marseillologie” et de l’explication particulariste des problèmes de la ville. “Finalement, Marseille représente totalement la France. Avec la particularité que chez nous, tout est concentré sur grosso modo un million d’habitants. Mon livre est assez universel et pas marseillo-marseillais.”

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French Déconnection, au coeur des trafics. éditions Robert Laffont, wildproject.

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Commentaires

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  1. Brutien Brutien

    Si ce bouquin peut faire réflechir un tant soi peu les adeptes furieux du ” Marseillle Bashing” présents sur beaucoup de forums (ils se reconnaitront ici entre autres) un petit pas en avant sera accompli..

    Signaler

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