Partie de bonneteau sous les voûtes de la Major

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le 5 Déc 2012
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Très discrètement, les voûtes de la Major ont changé de propriétaire au mois d'octobre. C'est la société LC2I, dirigée par Eric Foillard, qui détenait jusque-là un bail emphytéotique attribué par la mairie. Il lui permettait d'aménager en commerces les 5000 mètres carrés des anciens entrepôts Margnat, situés sous l'esplanade de la Major. Désormais, c'est la Caisse d'épargne Provence Alpes Corse qui en est l'heureuse propriétaire. Pourtant, à l'époque de l'annonce du projet porté par Foillard, la banque avait démenti lorsqu'elle avait été citée comme partenaire. Une information qui se voit donc confirmée quelques années après.

Curieusement, aucun des intéressés ne souhaitent commenter auprès de Marsactu ce singulier jeu de bonneteau. Eric Foillard se contente de dire "nous ne sommes plus que le constructeur de l'opération appuyés sur Vinci Construction". Il renvoie alors sur une société parisienne "en charge de la communication", Altréam, qui justement "ne souhaite pas communiquer". A la Caisse d'épargne, même son de cloche en sourdine, on renvoie à "une date ultérieure".

Pas prêtes pour la capitale de la culture

Pourtant, les deux communiquent sans se faire prier dans l'édition du 30 novembre du quotidien La Provence. On y apprend que les travaux ont enfin démarré "pour une livraison dans un an, premier trimestre 2014". Un délai qui ne fait tiquer personne. Pourtant sur le site d'Euroméditerranée, le même projet est annoncé pour la fin 2012, autant dire aujourd'hui. Une date que l'on retrouve dans la délibération d'approbation du bail emphytéotique soumis au vote du conseil municipal en 2011.

Il y est écrit : "Le preneur au bail s'engage à réaliser les travaux dès la signature de l'acte authentique réitérant le bail sous conditions suspensives pour un objectif contractuellement fixé d'ouverture du site au 1er janvier 2013". Pour l'heure, le chantier en est encore au désamiantage et à la destruction des parties intérieures. On est tout de même loin du compte. 

Le bail signé entre LC2I et la Ville de Marseille prévoyait en préambule que ce contrat conclu pour une durée de 50 ans et pour un loyer somme toute modeste de 80 000 euros par an s'inscrivait bien dans "le cadre de l'opération Marseille capitale européenne de la culture 2013" avec une "perspective d'ouverture" à cette date. Le document prévoit également un délai de livraison de 18 mois après la signature dudit bail. Et si le délai n'est pas respecté : pénalités. "Le bailleur mettra en demeure le preneur, sous quinzaine et à défaut, appliquera une pénalité de 600 euros par jour ouvré"

Biaggi mère et fils

Normalement, ces mesures s'appliqueront au nouveau propriétaire du bail emphytéotique. A la Ville, personne ne se précipite pour répondre à cette question. Pourtant les voûtes de la Major sont un des projets ardemment défendus par l'adjointe déléguée au commerce, Solange Biaggi lors du dernier Mapic, à Cannes. Il est cité onze fois dans le dossier de presse, deuxième occurrence après l'énorme opération des Terrasses du port citées treize fois.

Peut-être que cet effort de promotion se trouve renforcé par un élan d'amour maternel puisque le directeur commercial des Voûtes, Sylvain Giudicelli, est le propre fils de l'adjointe au commerce, celle-là même qui défendait le projet des voûtes en conseil municipal en 2010. Mais passons outre ce conflit d'intérêt pour revenir au jeu d'acteurs en cours. 

Si la Caisse d'épargne a démenti faire partie du projet dès l'origine, elle apparaissait bien en toutes lettres dans le bail emphytéotique. "Le preneur informe d'ores et déjà le bailleur de son intention de conclure un contrat hypothécaire auprès de la Caisse d'épargne Provence Alpes Corse". Et, plus loin "ce contrat hypothécaire, une fois finalisé, sera soumis à l'agrément du conseil municipal et ce, à une date qui sera antérieure à la date de la signature de ce présent bail". Or, de mémoire de conseiller municipal, il ne l'a jamais été.

Esprit d'escalier

Par ailleurs, ce projet revient une nouvelle fois devant le conseil municipal ce lundi. Le maire y soumet au vote une nouvelle autorisation de programme concernant les escaliers ouest et nord de la major. Une information qui a fait bondir la présidente du groupe écologiste, Michèle Poncet-Ramade qui interviendra à ce propos dans les débats. La restauration des deux escaliers est chiffrée près de 1,3 millions d'euros. Et elle sera "entièrement prise en charge par la Ville de Marseille". Or, le bail emphytéotique parle en détail de ces escaliers en précisant que "Le preneur [LC2i] devra procéder à la restauration des maçonneries verticales des escaliers nord et ouest". Tandis que les revêtements horizontaux, l'éclairage et les équipements pour l'accessibilité des personnes handicapées "seront à la charge de la collectivité compétente".

 

La Ville a dû oublier ce qu'elle avait contracté avec son locataire. A moins qu'elle ait souhaité continuer à faire preuve de générosité dans un dossier qui a déjà amplement profité des largesses municipales. Par exemple, les surfaces commerciales prévues dans l'offre de LC2i étaient d'environ 5 200 m2 en 2010 contre 7300 m2 aujourd'hui sans que cela modifie le montant du loyer initial.

Le promoteur des Voûtes bénéficie d'une bonne fortune depuis les débuts de cette opération. Si "neuf opérateurs immobiliers" avaient bien retiré un dossier de consultation en juillet 2010, Eric Foillard avait été le seul à remettre une offre "en partenariat avec la Caisse d'Epargne" peut-on lire dans un rapport soumis au vote du conseil municipal le 25 octobre 2010. Ce qui n'a pas empêché la Ville de juger cette offre "satisfaisante". Une satisfaction que rien ne paraît démentir.

 

Le bail emphytéotique :  

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Commentaires

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  1. lucide lucide

    11 € annuels le m2 avant travaux compte tenu de l’emplacement c’est un peu cher non ? 🙂

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  2. perplexe perplexe

    si même Biaggi qui a du fric (groupe altieri biaggi vendu 350 M€) s’y met…

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  3. Picard Picard

    Tant qu’on y est, pourquoi la mairie ne s’occuperait pas également de l’aménagement intérieur, non ? Aux frais du contribuable !

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  4. Chrisal Irabelli Chrisal Irabelli

    Est-ce que France Domaine a donné un avis sur la valeur locative de cette opération?

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  5. Marseillais indigné Marseillais indigné

    Quelles sont les dates de signature et de publication de ces documents ? Ont-ils été transmis au controle de légalité ?

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  6. lejust lejust

    Bravo encore pour cet article qui démontre encore une fois le manque de transparence (pour ne pas dire plus) de certaines opérations immobilières sous la municipalité Gaudin. L’argent public à Marseille n’a pas la même valeur qu’ailleurs…

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  7. Anonyme Anonyme

    Super article et merci de nous informer de cette bouillabaisse. Continuez à fouiner !

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  8. Constructeur Constructeur

    Il ne faut pas oublier que Eric Foillard était auparavant le PDG de “Marseille République”, filiale de Lone Star, c’est-à-dire le Fonds d’investissement américain qui avait racheté la Rue de la République et qui en a commencé la réhabilitation avant de vendre ce qu’il en restait à ATEMI. Autant dire que ce n’est pas la première fois que cet homme fait preuve d’un entregent très efficace auprès de la Municipalité Gaudin, obtenant facilités et largesses.
    Et l’on retrouve dans cette opération la Caisse d’Epargne, dont l’ancien Président est Conseiller Municipal.
    Et cet article nous apprend que le fils de l’Adjointe au Commerce est directeur commercial du projet ?
    Tout cela fait quand même beaucoup de petits arrangements, à l’image de la manière dont cette ville est gérée, entre passe-droits et prébendes.

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  9. Simon L Simon L

    Pour les dômes de la Major, il parait que Mac Do et le Qatar ont fait une offre, Gaudin et monseigneur l’évêque n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le prix …

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  10. Trésorier Trésorier

    Benoit Gilles,

    France Domaine a du, en toute logique, donner un loyer suivant une surface donnée. Or, elle semble avoir augmenté de 50%…

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