Peut-on fermer la décharge de Septèmes-les-Vallons ?

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le 30 Nov 2015
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Sous l'impulsion de Samia Ghali, la mairie des 15e et 16e arrondissements tente d'obtenir la fermeture de la décharge voisine de Septèmes, débat public à l'appui. Un rapport commandé par Ségolène Royal confirme les difficultés de la circulation des camions dans un secteur dense. Mais il souligne que faute d'anticipation, son maintien bien après 2021 sera inéluctable.

Photo JV.

Photo JV.

« J’ai pas très bien compris : c’est quoi cette réunion ? » Devant la maison municipale d’arrondissements Le Chalet, Patrick Magro se renseigne. L’élu septémois (PCF) a devant lui Roger Ruzé, le premier adjoint de la mairie des 15e et 16e arrondissements, organisatrice d’un débat public sur la décharge voisine. « Franchement, à dix jours des régionales ? », grince-t-il après avoir écouté la réponse de l’élu.

C’est que le sujet est tendu de longue date entre Septèmes, qui accueille la décharge sur un terrain communal, et le 15e arrondissement, qui voit passer les camions dans ses rues. Mais la sénatrice-maire Samia Ghali (PS) a une bonne raison de le remettre sur le tapis : elle a reçu en octobre un rapport du conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD). À la demande de l’élue, cet organe dépendant du ministère de l’Écologie avait été missionné par Ségolène Royal, alors que la prolongation de l’autorisation du site de 2021 à 2026 est évoquée.

Des camions dans les cités

Le travail du CGEDD se concentre sur la question de la circulation des poids-lourds. « L’urbanisation est dense, les rues ouvertes à la circulation générale, avec de forts trafics de piétons, notamment d’enfants se rendant a leurs écoles », notent les inspecteurs. Ils ajoutent que « des projets d’urbanisation se poursuivent, par exemple dans le cadre du projet de renouvellement urbain du secteur Notre-Dame Limite / La Solidarité ».

Capture d'écran du rapport du CGEDD. En rouge, le trajet des camions pour accéder à la décharge.
Capture d’écran du rapport du CGEDD. En rouge, le trajet des camions pour accéder à la décharge.

Pour eux, plus que des aménagements de sécurisation, c’est un itinéraire alternatif « dégagé de toute urbanisation » qui doit être étudié. La question n’est pas nouvelle, mais n’a jamais donné lieu à concrétisation devant les difficultés techniques et le contexte d’un massif classé Natura 2000.

Au final, la mission estime qu’« une fermeture anticipée doit être écartée pour des raisons juridiques, économiques et techniques ». Avec 250 000 tonnes traitées par an, soit près d’un quart des besoins du département, ce site exploité par Veolia paraît difficilement remplaçable à court terme et même à long terme (voir ci-dessous). Ce jeudi, à la suite du débat public, c’est pourtant une demande de fermeture anticipée que vote la mairie de secteur.

Séquence souvenir

Le contenu précis de ce rapport de 68 pages ne servira d’ailleurs que de base lointaine au débat. Dès l’introduction, Samia Ghali insiste sur le rôle des associations dans le combat contre les nuisances de l’installation… et celui des élus dans leur accompagnement. « Vous n’avez jamais été seuls », leur lance-t-elle. Par certains moments, la réunion vire à la séquence souvenir des faits d’armes des uns et des autres, dont Roger Ruzé et Henri Jibrayel, député PS de la circonscription.

Dans une longue intervention aux allures de réquisitoire, le président de l’association contre la décharge de Septèmes-les-Vallons (ACDSV) Daniel Pieri rappelle les griefs des riverains : pollution de l’air, de l’eau, envols de papiers et plastiques, fissures dans les maisons, incendie, mortalité des pins. Autant de sujets non traités par le CGEDD mais sensibles pour les riverains. Gérard Marletti, président de la fédération des CIQ du 15e arrondissement complète le tableau sur le plan routier : « Les camions roulent tellement vite que je n’ai pas le temps de les prendre en photo ! »

Georges Pilai, président du CIQ des Fabrettes. À gauche au premier rang, les représentants de Veolia encaissent.
Georges Pilai, président du CIQ des Fabrettes. À gauche au premier rang, les représentants de Veolia.

Haro sur Veolia mais aussi Estrosi

Présents dans la salle, les représentants de Veolia encaissent. Puis répondent, visiblement sans grand espoir de convaincre un auditoire majoritairement hostile. Les oreilles de Christian Estrosi, maire de Nice et candidat Les Républicains aux régionales, sifflent aussi. « Lui, il a décidé de fermer sa décharge, il s’en fout, il n’a pas d’air pollué dans les Alpes-Maritimes, il ne s’est pas posé la question d’où iraient ses déchets », tance la sénatrice socialiste. Réponse : à Septèmes, où près de la moitié des déchets reçus en 2014 venaient des Alpes-Maritimes.

Patrick Magro avait aussi vu juste : la mairie communiste de Septèmes finit par être la cible des interventions. L’un dit sa « haine », l’autre la trouve « impardonnable » et l’élu exige un « droit de réponse ». Aux manettes, Samia Ghali lui concède. « Je comprends les réactions des riverains, qui sont légitimes, mais c’est un sujet compliqué qui nécessitera des structures de discussion adaptées, ce qui ne veut pas dire en vase clos », avance-t-il. Bref, Septèmes est d’accord avec la question écrite votée dans la foulée par le conseil d’arrondissement pour transmission au conseil municipal : instaurer un débat sur les déchets au niveau métropolitain.

Et Fos alors ?

Le conseil d’arrondissement à suivre en a montré l’utilité. « On est en train de demander à une autre décharge de fermer en 2017 alors qu’il n’y aurait pas de nuisances, ça m’interpelle », entame Samia Ghali. Plus tard, elle appelle à « utiliser toutes les capacités de cet incinérateur qui nous coûte cher et n’est pas au maximum de ses capacités ».

Élue UDI, Arlette Fructus élargit le périmètre de la discussion : « J’ai travaillé pendant un temps à Fos, Istres, Martigues. J’ai entendu comment nous traitent, nous les Marseillais, ceux qui reçoivent tous les jours nos déchets et ont toutes les nuisances. » Au Front de gauche, Armelle Chevassu lève carrément les yeux au ciel : « Madame Ghali, je m’étonne que lorsque vous proposez que l’incinérateur de Fos fonctionne à plein, vous passiez totalement sous silence ses nuisances. » Une tentative d’élargir les enjeux que Samia Ghali referme, en lui rappelant la candidature de Fructus à Fos lors des législatives 2002. « Dans ces quartiers, vous ne pensez pas qu’on a donné ? Si on peut en passer un peu aux autres », achève Roger Ruzé.

Éviter une « décision subie »

Il y a pourtant matière à sortir de ce localisme, de l’avis même des inspecteurs du CGEDD. Leur rapport se referme sur une critique ouverte du plan départemental d’élimination des déchets, voté sous la présidence de Jean-Noël Guérini. « Il ne remplit pas le rôle d’anticipation et de prospective qui devrait être le sien. On peut regretter que l’avis des services de l’État n’ait pas suffisamment relevé les difficultés qui en résulteraient ».

En effet, il laisse ouverte la possibilité de prolongation jusqu’à 2026 de quatre décharges du département. Mais il « n’entre pas dans une démarche qui prendrait en compte l’impact de ces installations existantes (nuisances pour les riverains, circulation et transports induits, impact paysager…) et permettrait d’en hiérarchiser l’utilisation ». Les techniciens ont leur avis sur la question : « la décharge de Septèmes-les-Vallons est la seule grande installation du département à générer des nuisances aussi importantes pour les riverains ».

Mais selon leur analyse, c’est pourtant celle qui risque de rester ouverte – avec La Fare-les-Oliviers – si les autorités laissent les choses suivre leur cours. En substance, l’État est donc appelé, avec les collectivités dont la métropole, à reprendre ce plan départemental défaillant pour éviter une « décision subie » : que la décharge de Septèmes-les-Vallons soit, en 2021, toujours indispensable. À moins que l’ampleur de la contestation amène la commune à décider d’un arrêt « brutal » en tant que propriétaire du terrain. Ce serait alors au tour des Bouches-du-Rhône de devoir exporter leurs déchets…

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Commentaires

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  1. leravidemilo leravidemilo

    Il est certes évident que l’existence d’une telle décharge, à un tel endroit, pose un grand nombre de questions qui visiblement auraient du être posées en amont comme on dit : Sa proximité (surplombante) avec une grande ville, les nuisances et dangers des poids lourds qui la ravitaillent, les risques de pollution des eaux dans une zone 100% calcaire, les risques avérés (en 82) d’incendies catastrophiques… Mais que dire, lorsqu’on apprend qu’elle s’insère dans un plan départemental d’élimination des déchets (la belle affaire!) qui ne se commet ni dans l’anticipation, ni dans la prospective, ni dans la prise en compte des « impacts » de ces installations !!! Du beau travail quoi. Mais Samia Ghali n’a pas l’air d’être elle même tentée par une vision globale : – On apprend incidemment, par le biais des démêlés judiciaire du « repreneur » de la SNCM , que des « importations » de déchets sont prévus en provenance de l’ile de beauté, et que cette pratique n’est donc pas un monopole du sieur Estrosi… – A propos du même lascar d’ailleurs, n’allez surtout pas croire qu’il se borne à exporter ses ordures. Dans sa belle métropole, et dans l’EPCI qui la préfigurait, le » traitement » des déchets est tout sauf transparent, et l’arrière pays niçois a cher payé ces diverses pratiques plus ou moins clandestines, ou ces complicités avec ces mauvaises manières. Faute d’élus courageux pour faire face à ces pratiques, les citoyens se retrouvent seuls, avec leurs associations pour dénoncer la chose et engager les poursuites (Cf par exemple, le site Les Perdigones, pour avoir une idée des dégâts).

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  2. Trésorier Trésorier

    Plusieurs commentaires :

    – encore une fois, tout cela provient d’une mauvaise gestion, anticipée des déchets. Il faut réduire à la source, recycler en priorité ;
    – je note que Mme Ghalli veut augmenter le tonnage de l’incinérateur de la ZIP de Marseille Fos ;
    – il est ahurissant qu’on ait laissé l’urbanisation s’étaler le long des accès de cette décharge (comme de la carrière Perrasso dans le Sud de Marseille) ;
    – il faut fermer au plus tôt cette décharge ou lui offrir d’autres moyens d’accès.

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  3. michel michel

    Ils sont forts ces politiciens: le Maire de Septèmes qui a favorisé l’extension d’activité de la décharge en 2007 en échange d’importants financements en tous genres alors qu’il n’y avait aucun besoin local (depuis 8 ans, la moitié des apports sont venus des départements 34, 66, puis 06; aujourd’hui ces apports étant limités, la décharge n’utilise pas toutes ses possibilités faute de clients locaux); par contre les nuisances touchent surtout les (électeurs) marseillais. Depuis, il laisse trainer les choses au moyens de quelques courriers…
    Choses relancées par S Ghali qui a quand même mis plusieurs années avant de se mobiliser pour ses administrés… Mais aujourd’hui il y a le feu au niveau électoral !
    D’autres sont intervenus ici et là dans le cadre des concurrences électorales inter-PS et enfin Ségolène Royal(e), mieux vaut tard que jamais ! conviction ou intérêt politicien ? Il est un peu tôt pour trancher de manière définitive.
    Mais sur les réponses, on tourne en rond depuis 9 ans avec études diagnostics, propositions, réunions,… L’Etat en charge de ces questions reste à l’unisson des politiciens: faire durer sans trop de vagues (les Préfets changent très régulièrement…).
    Aujourd’hui cependant pour être honnêtes n’oublions pas les actes concrets: Ils se résument au goudronnage d’une portion de la voie d’accès et l’installation de 2 ralentisseurs.
    Tout cela ressemble plutôt à de l’enfumage sophistiqué.

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  4. Regard Neutre Regard Neutre

    Comment peut-on accepter encore en 2016 l’enfouissement à Septèmes- les- vallons de déchets ménagers provenant des départements 06 ,34 et 66.Marseille et ses communes environnantes seraient la poubelle du sud de la France.Les pouvoirs publics, au sens large, ferment les yeux car la décharge reçoit des déchets issus d’un plan d’élimination départemental…
    A qui profite cet état de fait? A Veolia? Certainement car c’est son métier; mais aussi à la commune, aux propriétaires fonciers ou aux élus locaux? Là est la question?
    Que deviendront les lixiviats des longues années de stockages de déchets.
    Ont-ils été oubliés ? si c’est le cas ils ne manqueront pas , par migration, de polluer les innombrables j fonds inférieurs?

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