Noyade à l'entrée du port : le migrant rescapé témoigne

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le 13 Jan 2014
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La nuit tombe sur le centre de rétention administrative (CRA) du Canet en même temps qu'une petite pluie fine. Dans une voiture noire, Ibrahima Dialo attend, prostré. Il y a quelques minutes à peine, il vient de franchir ce portail après avoir passé plusieurs jours dans la zone d'attente du centre de rétention administrative de Marseille. Cette zone d'attente pour personnes en instance (ZAPI), distincte du centre, accueille les personnes ayant demandé l'asile à leur arrivée à la frontière.

C'est là que ce jeune ressortissant guinéen de 21 ans a reçu la première nouvelle positive de son court séjour en France. Sa demande d'admission sur le territoire au titre de l'asile a été acceptée. Une information confirmée par l'Office français de protection de réfugiés et des apatrides (Ofpra). "On nous a transmis la demande dimanche soir, elle a été instruite ce matin, il a été entendu par un agent de l'Ofpra. L'Office a ensuite donné un avis favorable." Le ministère l'a suivi, considérant que sa demande ne pouvait pas être écartée sans un examen plus approfondi. Son avocate, Vanina Vincensini, a pu aller le chercher en zone d'attente et, enfin, lui redonner un peu d'espoir. Son compagnon d'infortune, Mamadou Saydou, n'aura pas cette chance : il s'est noyé vendredi soir en tentant de rejoindre à la nage le rivage marseillais.

Parti sur une pirogue avant Noël

Enfoncé dans le siège arrière de la voiture de son avocate, Ibrahima Dialo raconte son histoire. "Nous sommes arrivés à Marseille vendredi 10 janvier. Avant cela, le bateau s'est arrêté en Belgique, au Portugal et en Italie. A chaque fois, nous n'avons pas pu descendre". Selon son récit, sur place, à chaque fois, les autorités refusent de les entendre. Ils ont quitté la côte guinéenne à bord d'une pirogue, avant de trouver refuge sur un bateau plus robuste, en direction de l'Europe, but de leur voyage. Ibrahima Dialo ne trouve pas les mots pour décrire la façon dont ils ont rejoint le navire qui va les conduire jusqu'ici, ni ce qu'il est advenu de ceux qui ont pris la mer avec eux, un peu avant Noël.

À Marseille, pour la première fois, les pieds de Dialo et Saydou touchent le sol de l'Europe. Ils sont vite remis à des agents de la police de l'air et des frontières (PAF). "Ils nous ont conduits dans un commissariat. Là, les policiers nous ont dit que leur métier était de nous faire signer un refus d'entrée sur le territoire. Ils nous ont dit de remonter sur le bateau". Schéma appliqué. Quelques heures après être arrivés en France, ils prennent à nouveau la mer, direction l'Espagne. C'est en quittant le port, à proximité de la passe Nord que les jeunes hommes décident de tenter leur chance en gagnant le bord à la nage. "Nous sommes partis sans bagage à part les vêtements que l'on avait sur nous". Très vite, l'épuisement et l'eau glacée ont raison de leurs forces.

"On nageait à un mètre l'un de l'autre. Les derniers mots que j'ai pu entendre de lui, c'est un appel à l'aide. Il a dit qu'il était fatigué et m'a demandé de l'aider. Mais moi aussi, j'étais fatigué. Je n'ai pas pu. Je l'ai vu disparaître". Ses mots s'épuisent. Il est toujours sous le choc, prostré. Sollicité, il reprend son récit. "J'ai ensuite marché jusqu'au commissariat. Comme nous y étions déjà allés, j'ai pu retrouver et expliquer aux policiers qu'il avait disparu". Le corps de son compagnon sera retrouvé par la gendarmerie maritime samedi en début d'après-midi, a indiqué l'AFP.

Une enquête ouverte

Les policiers finissent par le conduire à la zone d'attente du CRA du Canet où il passera plusieurs jours seul avant de rencontrer un militant du Réseau éducation sans frontières, dimanche matin. C'est lui qui a recueilli le premier son témoignage qu'il a aussitôt médiatisé, comme un exemple tragique "d'une Europe bunkerisée". Car, comme le souligne Me Vincensini, les policiers de la police aux frontières qui ont accueilli les deux jeunes hommes n'auraient pas respecté leurs droits. "En descendant du bateau, ces policiers se sont bien aperçus qu'ils n'étaient pas là pour faire du ping-pong, s'emporte-t-elle. Ils auraient dû enregistrer leurs demandes d'asile plutôt que de les faire réembarquer. On aurait pu éviter la mort d'un homme". À la préfecture de police, on dit n'avoir "pas connaissance" d'une demande refusée.

Dans le dossier que l'avocate a retiré au tribunal de grande instance, elle trouve bien trace d'un refus d'entrée puis d'un maintien en zone d'attente. "En revanche, il n'y a rien sur le fait qu'ils ont été réembarqués sur le bateau, ni sur la mort de Mamadou Saydou. Comme si rien ne s'était passé dans le port de Marseille". Une enquête sur les circonstances de cette noyade a été confiée à la gendarmerie maritime.

Ainsi l'avocate ne sait pas à quel moment la demande d'Ibrahima Dialo a été enregistrée. En tout cas, c'est avec l'acceptation de cette dernière qu'il a pu quitter le CRA pour rejoindre un foyer "où il pourra enfin être tranquille".  Le jeune homme a huit jours pour formaliser sa demande d'asile. Une fois celle-ci dûment enregistrée, il obtiendra une autorisation provisoire de séjour, le temps que son cas soit examiné sur le fond. "C'est une procédure beaucoup plus longue, cela peut prendre plusieurs mois", nous précise l'OFPRA.

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Commentaires

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  1. Anonyme Anonyme

    J’espère qu’il y aura enquête sur l’attitude de la police des frontières qui ne doit pas agir sans ordres venant d’en haut …quant à ce migrant il peut dire merci à son infortuné compagnon dont la mort tragique,largement médiatisée, a facilité l’obtention de son autorisation provisoire de séjour. Hélas! la galère ne fait que commencer:l’empathie est de courte durée…

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