Même finie, la grève perlée des musées s’égrainera tout l’été

Info Marsactu
Benoît Gilles
4 Juil 2018 3

Depuis le 3 juillet, les agents des musées finissent une demi-heure plus tôt, fruit d'une négociation expresse avec le syndicat majoritaire FO. Mais pour justifier la fin de la fermeture estivale à 19 heures, la Ville met avant une grève perlée qui dure jusqu'au 16 septembre.

Le musée d'histoire de Marseille.

Le musée d'histoire de Marseille.

Maladresse de communication, symbole de la cogestion entre le syndicat majoritaire, énième soubresaut de la crise des musées ? Les nouveaux horaires mis en place dans les musées de Marseille ce mardi 3 juillet ont tout de la mèche enflammée vers le baril de poudre syndical, déjà près de l’explosion à l’approche des élections professionnelles de décembre.

L’étincelle prend la forme d’une circulaire envoyée par l’administrateur des musées, Jean-Jacques Jordi, à l’ensemble des conservateurs, chefs d’établissements. Il porte sur la durée de la journée de travail des surveillants de salle, caissiers et chefs d’équipe durant la période estivale.

Fin de la fermeture à 19 heures

Depuis janvier 2017 et la mise en place d’un nouveau règlement intérieur des musées, ces agents sont censés travailler de 9 H 30 à 19 H 15, les musées fermant un quart d’heure avant. Cette journée allongée est censée se caler sur les habitudes des visiteurs plus enclins à tarder devant les toiles quand stridulent les cigales.

Dans cette circulaire, l’administrateur propose de mettre en place un nouvel horaire à partir du 3 juillet et jusqu’au 19 septembre “les agents travailleront de 9 heures à  18 H 45 et les musées seront ouverts de 9 H 30 à 18 H 30. Les fermetures de caisses se font alors à 17 H 50”. Une fois n’est pas coutume, la Ville n’a guère tardé à répercuter ce nouvel horaire sur son site internet avec une justification plutôt curieuse :

Capture d’écran de la page d’accueil des musées de la Ville.

Une mention contradictoire avec la circulaire de l’administrateur des musées. Si celle-ci indique bien que ces nouveaux horaires font suite “à la réunion avec le syndicat FO qui avait appelé les agents de surveillance à une grève perlée dans les musées et le muséum”. Mais cette réunion avait justement pour but de mettre fin à la grève, perlée ou pas. Elle a d’ailleurs eu cet effet puisque dans la réalité, la grève n’a pas duré au-delà de quatre ou cinq jours et uniquement durant l’heure incriminée.

Pas de vote en conseil municipal

Ce nouvel arrangement qui fait glisser les horaires d’une heure du soir au matin n’a été officialisé par aucune délibération officielle. De quoi faire bondir les autres syndicats. “La bonne vieille co-gestion dont se défendent le syndicat majoritaire et l’administration est toujours bien vivante, elle évolue même vers une gestion à part entière par le syndicat majoritaire”, écrit Ludovic Bedrossian, élu CFTC dans un communiqué commun avec la CFE-CGC.

Le syndicaliste est d’autant plus furieux qu’il avait voté pour ces nouveaux horaires à condition que ceux-ci soient évalués, à la fin du premier exercice en septembre 2017 avec un temps pour concerter les agents. Le représentant FO, Pierre Lauzat, réclamait lui aussi une “période d’essai”.

Au final, il aura suffi d’un conflit perlé et d’une réunion avec le syndicat majoritaire pour que la période d’essai prenne fin. “Cette année, les horaires d’été ont été mis en place de la nuit des musées le 18 mai jusqu’à la grève, explique Jean-Pierre Zanlucca, secrétaire général SDU-FSU. Ensuite, on nous a expliqué oralement que nous commencerions plus tôt pour finir plus tôt. Sans le moindre papier, ni le moindre vote, ce qui est pourtant impératif en cas de changement de rythme de travail des agents”.

Du côté de la Ville, l’adjointe à la culture, Anne-Marie d’Estienne d’Orves n’a pas répondu à nos appels. Dans les couloirs de l’hôtel de Ville, on évoque la mise en place d’une période transitoire après une première expérience en 2017 sans véritable évaluation. Une ligne partagée par le syndicat majoritaire. “Si on commence à parler de cogestion après six jours de grève et une négociation, alors je ne sais pas ce qu’est la cogestion, s’amuse Patrick Rué, le secrétaire général FO. Même l’administration faisait part d’un bilan mitigée de l’ouverture tardive. On a juste coupé la poire en deux”. Espérant que les visiteurs, bonne poire, seront prévenus.

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