Même condamnée, Maryse Joissains « la guerrière » s’y voit encore en 2020

Actualité
le 19 Juil 2018
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Condamnée à un an de prison avec sursis et dix ans d'inéligibilité en première instance, Maryse Joissains poursuit son combat en appel. Elle veut aussi conserver la main sur Aix, y finir son mandat, voire même se présenter en 2020.

« Incroyable ! » Maryse est en mode combat. Quelques heures après l’annonce de sa condamnation à un an de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics, elle fait face à la presse, invitée dans son bureau. « J’ai été condamnée de manière incroyable », dit-elle encore. Derrière elle, son équipe municipale au grand complet fait front. Parmi elle, sa fille Sophie, sénatrice et candidate putative à sa succession se tient droite, lèvres pincées, commentant du sourcil les éclats de la maire d’Aix.

Ses trois avocats sont assis avec elle. Son chien est vautré à ses pieds. Il est longuement question de souffrance animale dans cette conférence de presse comme lors du long procès où elle a dû justifier de l’embauche jugée illégale d’une collaboratrice dédiée à cette cause et de la promotion turbo d’Omar Achouri (lire notre article). Mais Tecky ne souffre que de la chaleur que cette présence humaine massive vient renforcer.

En mode bravache

Sur le fond, Maryse Joissains ne sait pas pourquoi le tribunal correctionnel de Montpellier n’a pas suivi les réquisitions du parquet en lui évitant la prison ferme, mais en conservant la durée de son inéligibilité. « Je le saurais dans le courant de l’été. C’est d’une désinvolture qui ne me paraît pas naturelle mais normal en droit pénal me dit-on », explique-t-elle. En l’absence du détail du jugement, sa riposte est d’abord politique. En mode bravache.

Comment a-t-elle vécu cette condamnation en tant qu’élue ? « Même pas mal. C’était tellement énorme, incongru, grotesque. J’étais en colère. Ma fille Sophie était inquiète de m’apprendre la nouvelle. Elle a trouvé en face d’elle quelqu’un de déterminé », explique-t-elle. Quand on évoque la fin de sa carrière politique que les dix ans d’inéligibilité et déchéance des droits civiques signifient, elle rigole d’abord : « Dix ans à mon âge, vous savez, il faut vraiment avoir peur de moi. Mais qui sait ? Je suis une guerrière ». Plus tard, elle annonce tout de go : « Si la cour d’appel m’innocente, je me représenterai aux élections. Je ne suis pas dans un combat  a minima. » Elle se fait plus nuancée ensuite : « Ma fille peut se présenter et moi être dans la liste. »

Sophie, dans les rangs, serre les dents

Tant pis, si en passant, elle oblitère les chances de sa propre fille de lui succéder dans des conditions apaisées. « Elle porte le même nom que moi. Nous faisons face ensemble à tous les problèmes », élude-t-elle. Sophie Joissains, qui a quitté son mandat à la région pour conserver son mandat aixois, est obligée de se ranger derrière sa mère. « Même si je ne veux pas croire que l’appel ait lieu avant 2020, ce serait encore une exception », glisse-t-elle. Pas forcément : en 2014, la députée socialiste marseillaise Sylvie Andrieux avait été rejugée un peu plus d’un an après son premier procès… Quoi qu’il en soit Maryse Joissains ira au bout de son mandat.

Une position jusqu’au-boutiste qui risque de crisper les postures dans son propre camp à l’approche de l’échéance. « Se battre à Aix-en-Provence, ce n’est pas simple. Dans chaque élu, vous avez un Napoléon qui sommeille », sourit-elle. Pour l’heure, ils font front mais les scores réalisés par la République en marche à la présidentielle et aux législatives offrent une vraie opportunité pour un ou une candidate issu(e) de ces rangs.

Le cabinet noir de François Hollande

Au final, la lecture « politique » de Maryse Joissains de sa condamnation tient pour beaucoup de la théorie du complot. « En 2012, je suis la seule élue à avoir contesté l’élection de François Hollande avec une requête devant le Conseil constitutionnel. Et, dès 2012, on a mis une enquête sur moi. » Dans un méli-mélo peu convaincant, elle mentionne l’existence d’un « cabinet noir » et le « mur des cons » du syndicat de la magistrature ou « un système qui broie les politiques qu’ils soient bons ou pas bons » pour venir justifier l’acharnement dont elle aurait été victime. Une de ses avocats, Mireille de Portalon met même en avant une garde à vue un 26 décembre 2013, « un jour qui, par tradition, est chômé à Aix et notamment au barreau d’Aix » pour venir appuyer ses dires.

Pour l’essentiel, les avocats de l’édile reprennent les arguments développés lors de l’audience. La promotion d’Omar Achouri relèverait seulement d’une « erreur manifeste d’appréciation » comme l’a statué le Conseil d’État et non pas d’une intention de favoriser un proche. Le procès pénal n’aurait pas pris en compte la réalité administrative de ces nominations et réalisé des « appréciations d’opportunité », des points de droit là encore largement débattus lors de l’audience. Ils nourriront le procès devant la cour d’appel de Montpellier et peut-être même « jusque devant la Cour de cassation », promet déjà un de ses avocats.

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