Après des mois de conflits, la cession du McDonald’s Saint Barthélémy frôle le drame

Actualité
Violette Artaud
8 Août 2018 4

Ce mardi, un représentant syndical du McDonald's de Saint Barthélémy, censé fermer ses portes le jour-même, a tenté de s'immoler et de brûler l'établissement. Un drame qui survient après des mois de conflit social.

Kamel Guemari (3e en partant de la droite) entouré de ses collègues lors d'une manifestation en mai dernier.

Kamel Guemari (3e en partant de la droite) entouré de ses collègues lors d'une manifestation en mai dernier.

Sur la terrasse du McDonald’s de Saint Barthélémy, ce mardi après-midi, le temps s’est comme arrêté. Une trentaine de salariés de ce fast-food des quartiers Nord sont assis sur les bancs surchauffés, d’ordinaire fréquentés par les clients. Il y a quelques heures, ces employés ont vu leur sous-directeur et représentant syndical tenter de s’immoler et de mettre feu à l’établissement. “Il est arrivé et nous a dit que nous allions faire une réunion dehors, entame Rayanne, les sourcils froncés. Une fois que nous étions tous dehors, il s’est enfermé à l’intérieur du restaurant et a commencé à mettre de l’essence sur lui et par terre. Il était en larmes.”

Après l’agression perpétrée dimanche à l’encontre de plusieurs employés de ce restaurant (lire notre article), ce nouvel événement vient ajouter un peu plus de violence dans un climat déjà tendu. Violence physique, verbale mais aussi sociale car ce mardi sonnait lacession effective du McDonald’s de Saint-Barthélémy à un repreneur au projet avec un fast-food asiatique halal, laissant les 77 salariés de ce restaurant dans l’incertitude. Une cession contre laquelle lutte vigoureusement le sous-directeur du fast-food, Kamel Guemari, qui est également secrétaire du comité d’entreprise et syndiqué Force Ouvrière.

“Il a quitté la salle en pleurs”

“Nous avions ce matin un comité d’entreprise extraordinaire lors duquel notre cabinet d’expertise a expliqué que le projet de reprise ne tenait pas la route, retrace Christophe Lomonaco, délégué syndical CFE-CGC. L’après-midi, nous avons eu une deuxième réunion. Nous devions donner un avis au sujet de la vente. Kamel s’est mis à pleurer, il s’est levé et s’est adressé aux membres du CE de manière confuse. Il a dit au patron que si la seule solution était de mettre des gens au chômage, il partirait avant et a quitté la salle”.

Depuis le printemps, Kamel Guemari est à l’origine de plusieurs grèves, manifestations et événements médiatiques. Il défend l’idée, comme plusieurs autres représentants syndicaux, qu’il s’agit là d’un plan social déguisé visant à réduire à néant un foyer de contestation sociale. La direction pointe, elle, des soucis de rentabilité. Un combat qui se joue aussi sur le terrain juridique puisque les représentants syndicaux avaient intenté une action en référé devant le tribunal de grande instance afin de différer la date de cession. Le référé ayant été rejeté ce vendredi, la vente du McDonald’s de Saint Barthélémy est donc effective depuis ce mardi. Un coup pour le syndicaliste qui s’inquiète pour l’avenir du restaurant depuis de long mois. “On ne sait rien sur l’avenir ! Quels objectifs financiers ? Est-ce qu’il va y avoir des plans de licenciements économiques ? Qu’ils montrent un peu de bonne foi, quoi ! Il n’y a aucun dialogue social !”, confiait-il dès octobre à Marsactu. L’avocat des salariés contestera l’ensemble du projet devant le tribunal de grande instance le 20 août prochain.

“On en veut à l’enseigne”

“Ces derniers jours, il a eu déception sur déception. Entre la décision de justice de vendredi et le CE d’aujourd’hui, il a craqué”, poursuit Christophe Lomonaco. Police et pompiers ont du intervenir sur les lieux ce mardi. “Nous avons transporté l’homme à l’hôpital”, confirme-t-on du côté des pompiers. Parmi les employés présents ce mardi sur la terrasse du “McDo de Saint-Barth”, plusieurs sont inquiets pour leur représentant syndical. Mais ne peuvent s’empêcher de vanter sa combativité. “Je m’en veux, il m’a demandé les clef du restaurant, je les lui ai passées alors que j’aurais dû le raisonner, regrette Fatia. Mais je le connais comme ma poche. Vous allez voir dans deux heures, il est sorti de l’hôpital.” 

Avant d’être transporté à l’hôpital, Kamel Guemari a posté sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il s’exprime, les yeux humides :

 “C’est le jour J chez McDo, notre dernier jour. On a bataillé pour préserver ce bassin d’emploi dans les quartiers nord, quartiers misérables. […] Ça fait 20 ans qu’on contribue, que moi personnellement je contribue, à l’enrichissement de McDo. On en a rien a foutre du repreneur, aujourd’hui, on en veut à l’enseigne qui est venu dans ce quartier fragilisé par la précarité […] Je suis pas un fou, je suis un père de trois enfants, je vais leur dire quoi à mes enfants. À la rigueur moi c’est pas grave, je suis un homme je me retrousserai les manches. Mais ceux qui ne peuvent pas remplir leur frigo, ceux qui ne peuvent pas subvenir aux besoins de leurs enfants, ça je ne veux pas le vivre.”

Fatia confie ne pas avoir eu le courage de regarder la vidéo elle-même, mais encourage les autres à le faire. Anis, la vingtaine et employé au McDo de Saint-Barthélémy est plus du genre terre-à-terre. Plusieurs heures après l’incident, il est toujours assis sur le terrasse du fast-food. L’avenir ? Pas grave, il trouvera autre chose. “Mais ce McDo, c’était un symbole, un symbole de la lutte sociale. Le seul McDo au beau milieu des quartiers. Il facilitait la réinsertion de ceux qui sont passé par la case justice. En le fermant, on nous enlève le peu de chance qu’on avait de sortir la tête de l’eau.” 

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