Maryse Joissains : « Les procès, tout ça, cela a été fait pour m’empêcher d’être candidate »

Interview
le 21 Juin 2019
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Dans un long entretien accordé à Marsactu, la maire d'Aix-en-Provence revient sur sa récente condamnation et son avenir politique. En cas de décision favorable de la cour de cassation, elle sera candidate en 2020. En passant, elle règle quelques comptes avec ses concurrents, y compris dans son propre camp.

Maryse Joissains dans son bureau le 19 juin 2019 ((Image Emilio Guzman)

Maryse Joissains dans son bureau le 19 juin 2019 ((Image Emilio Guzman)

Élue depuis 2001, la maire Les Républicains d’Aix-en-Provence a annoncé à Marsactu son désir de briguer un quatrième mandat. À 76 ans, et malgré la confirmation de sa condamnation en appel pour détournement de fonds et prise illégale d’intérêt contre laquelle elle s’est pourvue en cassation, Maryse Joissains promet de s’aligner en mars prochain aux élections municipales, en s’appuyant sur son « bilan extraordinaire ».

Elle reçoit à la porte de son beau bureau de l’hôtel de ville aixois, avant de s’installer dans un petit fauteuil Empire vert. Il y a plusieurs semaines, Marsactu avait sollicité un rendez-vous avec Maryse Joissains-Masini, maire d’Aix-en-Provence depuis 2001, pour évoquer avec elle des questions d’urbanisme qui avait nourri plusieurs articles (lire notre article). Repoussé à plusieurs reprises, cet entretien n’a finalement pas pu se tenir avant le 28 mai.

Ce jour-là, la cour d’appel de Montpellier a confirmé la condamnation de la maire d’Aix, du 18 juillet 2018, pour détournement et prise illégale d’intérêt. En allégeant amplement sa peine, réduite d’un an de prison avec sursis et 10 ans d’inéligibilité en première instance, à six mois de sursis et un an d’inéligibilité, le tribunal montpelliérain lui redonne des raisons d’espérer. Celle qui voit cette affaire comme « un procès politique » a immédiatement formé un pourvoi auprès de la cour de cassation. Suspensif, ce pourvoi lui permet pour l’heure de rester aux manettes de sa commune. Et l’autorise même à rêver de conserver son siège en mars 2020.

Le 28 mai dernier, la cour d’appel de Montpellier a confirmé votre condamnation. Le corollaire de cette actualité judiciaire, ce sont ses répercussions politiques pour Aix…

Il n’y en a aucune, pour le moment.

Certes, mais il ne vous a pas échappé que les municipales arrivent à grand galop…

(Elle interrompt la question). Je suis candidate. Parce que j’ai un bilan extraordinaire. Il y a certainement des défauts, on n’est jamais à 100%. Les procès, tout ça, cela a été fait pour m’empêcher d’être candidate. En 2013, au lendemain de Noël, j’ai été convoquée à la PJ sur tout un tas de trucs. Et il ne reste que ça : avoir mis en place une politique animale sur le territoire et avoir fait la promotion d’Omar Achouri, un collaborateur âgé de 60 ans, qui a 35 ans de boîte et une évolution normale dans la collectivité.

Ce procès serait politique ?

Je n’en sais rien. En 2012, je crois qu’il y a eu la volonté politique de me tuer après ce que j’avais dit sur Hollande. Ensuite, la justice suit son cours et après elle broie. En ce moment, elle veut broyer des élus. Le procureur a été particulièrement méprisant en sous-entendant que j’aurais fait du clientélisme dans les quartiers à travers M. Achouri. Il a évoqué les cas de Fillon, de Cahuzac… J’ai bondi ! Je lui ai dit que je ne lui permettais pas de mêler mon nom à ceux des voyous de de la République.

Vous n’êtes pas une voyou de la République, vous ?

Non.

(Image Emilio Guzman)

Vous annoncez votre candidature à un moment où le paysage politique est très flou.

C’est pour ça que je suis candidate. Je suis particulière au niveau politique. Je suis membre des Républicains mais je reste une radicale. Je viens du communisme. J’ai des idées de droite, mais j’ai un humanisme profond. Et quel que soit le parti politique où j’ai été, j’ai toujours dit quand je n’étais pas d’accord. En ce moment, Les Républicains sont en chute libre… Mais, moi, quand je vais dans les quartiers, les gens m’appellent « Maryse ! Maryse ! » Et les enfants prennent des selfies. Je ne pense pas qu’aux Républicains, il y ait beaucoup de gens qui aient cette chance d’être accueilli comme ça dans leurs villes !

Surtout en ce moment…

Ah ! En ce moment, je ne me sens même pas concernée. Ayant été au parti communiste, j’ai la stratégie du chef. J’ai été avec Chirac et Sarko par amour de l’autorité. Je considère qu’un chef est nécessaire à tout groupe. Chez les animaux… et chez les Républicains aussi ! (Elle rit) Les socialistes, également, d’ailleurs. Regardez ils n’ont plus de patron, ils sont à la dérive.

Sous quelle étiquette partirez-vous, alors ?

Celle de Maryse Joissains qui a géré la ville pendant 19 ans en faisant en sorte que toutes les classes sociales soient considérées. Je n’exclus rien. Je ne ferai pas d’alliance avec le Front national parce que j’ai des idées différentes. Après, je ne critique personne, je ne salis personne. J’ai des socialistes avec moi aujourd’hui et des gens de la société civile. Mais s’il y a des représentants de partis qui veulent venir me rejoindre, je leur garantis une bonne gestion et la transparence.

Mais si votre pourvoi est rejeté et que vous êtes définitivement condamnée, vous serez dans l’impossibilité de vous représenter.

Eh bien, je dirai aux Aixois pourquoi je ne me présente pas. Parce qu’on a fait en sorte de m’éliminer. D’abord les gens vont rigoler, puis ils seront furieux. Avec toutes les affaires où il y a de l’enrichissement personnel, des dissimulations fiscales, etc. un maire se fait condamner et exclure de la vie publique pour ça ? C’est grave ! J’ai l’amour de ma ville et de mon territoire. C’est ma vie. Je n’ai plus de hobby. Je fais ma gym chez moi. Je ne vais pas dans des clubs, je ne sors pas, je ne vais pas au cinéma, je vais très peu au spectacle… Ma vie c’est la politique. Donc je me battrai.

Il y quand même la question de l’âge…

Je me sens tellement en forme ! Je pense que dans dix ans, j’aurai encore l’âge. Je veux vivre jusqu’à 110 ans. Je ne vois pas pourquoi je fuirais les responsabilités alors que je suis en capacité – physiquement et intellectuellement – de les assumer.

Savez-vous quand la décision de la cour de cassation interviendra ?

La décision devrait être rendue d’ici à la fin de l’année, en décembre ou en janvier.

Depuis quelques mois, on sent bien que certains de vos adjoints réfléchissent à votre succession…

Eh bien, qu’ils y aillent, qu’ils y aillent !

Si vous êtes empêchée, en soutiendrez-vous un ?

Oui. Celui qui sera candidat, qui me plaît et que je juge apte à gérer une ville que j’ai amoureusement entretenue pendant 19 ans.

Qui correspond à ce profil ?

Il y a Sophie [Joissains, ndlr]. Ce n’est pas parce que c’est ma fille. Si Sophie veut se lancer dans la bagarre – pour l’instant elle est sénateur, elle me le dira le moment voulu – je l’aiderais. Elle a fait les mêmes études que moi. Elle est juriste jusqu’au bout des ongles. Or quand on n’a pas été ni juriste, ni chef d’entreprise, ou qu’on n’a pas eu de fonction importante dans la haute administration, c’est difficile de gérer une ville comme Aix. Voyez moi, pour deux trucs inexistants, on m’envoie en correctionnelle avec de l’inéligibilité. On ne peut pas prétendre à cette fonction lorsqu’on a simplement travaillé comme salarié dans une entreprise quelle qu’elle soit.

Vous pensez à Jean-Marc Perrin ?

Je ne pensais pas particulièrement à lui, mais j’aurais pu. Je connais ses ambitions depuis que je l’ai pris avec moi [en 2008, ndlr]. Je pensais à [la députée LREM] Mme Petel, plutôt. Elle est sympathique mais elle n’a pas la formation suffisante pour assumer la lourdeur d’une ville comme Aix-en-Provence.

Vous ne pensez-pas que ces deux procès peuvent réduire vos chances ?

Non. S’il n’y a pas la justice, je serais réélue. D’ailleurs à mon avis, c’est pour ça qu’il y a la justice… Mais sachez-le, pendant dix mois [depuis sa condamnation en première instance en juillet 2018, ndlr], j’ai porté la croix de dix ans d’inéligibilité sur le dos. Et pendant dix mois, il n’y a pas un Aixois, pas une personnalité, pas un magistrat, pas un représentant de la préfectorale, pas un ministre… qui ne soit pas venu m’embrasser ou me saluer. Les gens savent qu’il n’y a rien.

(Image Emilio Guzman)

Une autre affaire touche votre mairie. Marsactu révélait en février dernier une enquête de la brigade financière sur des marchés d’urbanisme locaux. Une information judiciaire pour « prise illégale d’intérêts » et « trafic d’influence » a été ouverte. Étiez-vous au courant ?

J’en ai entendu parler par vous, par les journaux. J’ai reçu mon adjoint, Alexandre Gallese, qui n’est au courant de rien.

Il y a quand même eu une perquisition dans les locaux de la Sémépa, la société d’économie mixte d’équipement du pays d’Aix…

Ah ? Oui, peut-être. Je ne sais pas. Mes services ne m’en ont pas parlé. Je m’intéresse à la stratégie urbanistique. Mais quand il y a des concours, ils se font sans nom, comme ça on a la qualité. Je ne crois pas qu’un seul marché public aixois puisse être mis en cause. Les élus qui participent aux attributions sont irréprochables. Et puis l’opposition siège durant les réunions des appels d’offre, notamment un opposant qui n’arrête pas de m’allumer sur son blog [Lucien Castronovo, ndlr]. Il n’a jamais rien dit sur moi et sur les marchés publics. Je n’y mets pas le nez. On vient me montrer les maisons quand il y a un problème esthétique et là je donne mon avis dans le cadre de la loi. Je me protège : je ne vais pas à la commission d’urbanisme, je ne suis jamais en contact avec les promoteurs.

Vous, non, mais Alexandre Gallese ? Ce qui est potentiellement en cause, c’est l’association qu’il a créée en 2013, Réflaixion. Son financement pourrait-il être lié à des faveurs sur les attributions de permis de construire ?

Je ne suis pas au courant. Je sais qu’Alexandre Gallese a créé un parti. Cela permet de recueillir l’argent de la campagne qui n’a pas été dépensé. C’est la seule manière qu’on ait de conserver ces fonds après des élections, lorsqu’il reste du surplus, en les reversant à un parti. Il a créé ce parti pour récupérer cet argent non utilisé.

Il m’a donné le numéro de son compte, j’ai viré jusqu’au moindre centime tout ce qu’il restait de la campagne – 60 000€. M. Gallese a demandé aux gens de ma liste d’accepter cette rétrocession à son parti politique. Tout le monde a accepté. Il n’y a jamais eu d’aller-retour. Cette affaire risque de mourir de sa belle mort.

N’avez-vous jamais eu vent de liens de favoritisme entre votre adjoint et des promoteurs immobiliers locaux ?

Non. Il semble que d’autres personnes ont versé, mais je ne sais pas qui. Être à l’urbanisme, c’est un travail difficile. Les adjoints à l’urbanisme en ont pris plein la figure de tous temps. J’ai eu des bruits. Alexandre Gallese est venu spontanément me voir. Il m’a dit qu’il n’avait rien à se reprocher. Moi je ne suis pas concernée. Là, on essaie désespérément de me tuer sur l’urbanisme. Et la seule chose qu’on trouve, c’est un parti politique créé par un de mes collaborateurs qui ne m’a jamais versé d’argent. Ils ont intérêt à ce que je m’en sorte la Cour de cassation ! Autrement, je vous garantis, je ne vais pas me laisser faire…

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