Martine Vassal renonce à imposer des quotas de HLM aux maires avant les municipales

Actualité
le 4 Oct 2019
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La présidente de la métropole, Martine Vassal annonce différer à 2020 l'adoption du programme local de l'habitat, déjà reporté au printemps. Ce document stratégique répartit l'effort de construction, notamment de logements sociaux entre les communes.

Maquette d'un projet d'Icade comprenant un tiers de logements sociaux à Gignac-la-Nerthe.

Maquette d'un projet d'Icade comprenant un tiers de logements sociaux à Gignac-la-Nerthe.

C’est une bombe dont la déflagration est amoindrie par le poids des acronymes, le masque technocratique, mais ses conséquences n’en sont pas moins bien réelles. Ce jeudi matin, la présidente de la métropole Martine Vassal a annoncé le report sine die du programme local de l’habitat (PLH). Ce document stratégique construit la politique de l’habitat à l’échelle des 92 communes du territoire. Il répartit surtout l’effort de construction en logements sociaux, soupape indispensable pour une lutte efficace contre le mal-logement. Officiellement, au printemps, le report du processus d’adoption de ce document de plus de 1000 pages était une réponse politique au flou institutionnel qui entourait l’avenir de la métropole.

Le gouvernement venait de lancer une nouvelle phase de concertation après avoir confié une première mission de consultation au préfet. Face à l’indécision du pouvoir en place, Martine Vassal avait annoncé vouloir geler le vote de l’ensemble des documents stratégiques qui incombent à l’institution intercommunale : plan climat, plan de déplacement urbain et programme de l’habitat. « Désormais il n’y a plus de flou, reconnaît Martine Vassal, lors d’une conférence de presse, ce jeudi. J’ai reçu une lettre du premier ministre indiquant que la fusion, si elle est décidée, n’aura lieu qu’après les municipales ». Elle ajoute avoir fait adopter le plan climat le 26 septembre.

« Le vote doit être différé »

L’argument politique ne tenant plus, la présidente brandit désormais un argument institutionnel. « Le vote doit être différé, explique-t-elle. En effet, le processus d’adoption prévoit une consultation des conseils municipaux dans un délai de deux mois qui suit sa présentation en conseil. Ce délai paraît impossible à tenir alors que nous n’avons plus qu’un conseil en décembre et ensuite nous entrons en période électorale« .

Un argument calendaire bien pratique alors que la candidate à sa propre succession aura besoin de l’appui des maires des communes hors Marseille pour les élections à venir, à la métropole comme au département. Car le véritable argument, comme souvent en matière de politique métropolitaine, tient à la position des maires, hérissés dès qu’on parle de logements sociaux. « Tout le monde sait que si le PLH n’a pas été présenté lors du conseil métropolitain de mai c’est parce que les maires s’y opposaient, moque Marie-Arlette Carlotti, conseillère métropolitaine socialiste. Martine Vassal ne voulait pas prendre le risque de se retrouver en minorité. L’argument politique ne tient pas, sinon elle ne l’aurait pas inscrit à l’ordre du jour avant de le retirer ».

Le pays d’Aix à la pointe de la fronde

De fait, quelques jours avant le conseil métropolitain, le conseil de territoire du pays d’Aix avait rendu un avis négatif sur le document. « Arlette Fructus (vice-présidente au logement, mouvement radical, ndlr) était venue le présenter, elle avait dû affronter une fronde des maires« , se souvient son collègue Jean-David Ciot, conseiller métropolitain socialiste. C’est le vice-président chargé du logement au Pays d’Aix, le maire de Trets, Jean-Claude Féraud (LR) qui avait mené alors le combat, emportant une majorité d’édiles avec lui. « Maryse Joissains était prête à l’adopter car elle n’a pas de problème à Aix mais elle a été solidaire des maires », convient Jean-David Ciot, dont la commune est concernée par les 25 % de logements sociaux imposés par la loi SRU.

Cette version des faits est confirmée de toutes parts, y compris dans le camp de Martine Vassal, même si personne ne prend le risque de le faire de manière publique. « Le souci est celui de l’unanimité, reprend Jean-David Ciot. Elle avait la majorité pour l’adopter et certains élus de Marseille étaient prêts à passer en force mais elle craint de se mettre les maires à dos ». Pour Martine Vassal, il s’agit là d’une « interprétation journalistique qui parfois est différente de la réalité ».

« On ne peut s’exonérer de la volonté politique »

Même si certains, à droite et à gauche, saluent « un document équilibré », le PLH soumis au vote en 2020 ne sera pas forcément celui élaboré depuis deux ans et demi par Arlette Fructus. « Il aura le mérite d’exister, souligne l’intéressée. Mais on ne peut s’exonérer de la volonté politique. C’est d’autant plus dommage que l’effort en logements sociaux ne concernait pas que le logement neuf mais aussi les logements en centre ancien. Or, les logements indignes ne concernent pas que Marseille« .

« C’est un signal catastrophique, abonde Florent Houdmon, directeur de l’agence régionale de la fondation Abbé Pierre. La métropole de près de deux millions d’habitants n’a pas de stratégie de logement. Pire, Martine Vassal, candidate à l’élection municipale, ne met pas le logement parmi ses six axes prioritaires, un an après la rue d’Aubagne. Les logements mobilisés pour faire face aux évacuations de masse ne sont plus disponibles pour les ménages expulsés, pour les femmes victimes de violence, les sans-abris. Et on nous annonce que la stratégie est remise à plus tard ?  »

Du côté de la métropole, on défend une politique du pas à pas, pour éviter les crispations, tout en annonçant continuer de pousser pour que les principes de la loi de solidarité et renouvellement urbain s’appliquent à toutes les communes. « Mais le PLH manquait déjà d’ambition sur ce point, reprend Florent Houdmon. En 2025, ils fixaient déjà des objectifs à 20% en dehors de ce que prévoit la loi ».

« Le problème n’est pas la qualité des logements sociaux, pose Arlette Fructus. Tout le monde s’accorde à dire qu’on sait faire du logement de qualité. Le problème, c’est la politique de peuplement. Les maires ont peur de voir arriver chez eux des gens dont ils ne veulent pas ». En esquivant le PLH, Martine Vassal s’évite des campagnes électorales qui font de Marseille et des quartiers Nord le spectre à agiter pour convaincre les électeurs.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Pendant que la courageuse Martine Vassal préfère décider de ne rien décider, on lit sur une carte très parlante qu’en 2017, dans les Bouches-du-Rhône, plus de 75 % des demandes de logement social n’ont pas abouti. Plus de 75 % : https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/09/24/logement-social-le-modele-francais-sous-tension_6012843_3224.html

    Mais ce n’est pas grave : toutes ces familles modestes peuvent bien attendre encore. Elles ont l’habitude de ne pas être dans le champ de vision d’une classe politique qui ne travaille plus pour l’intérêt général.

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    • petitvelo petitvelo

      ou qui préfère se donner un rôle de Capo en distribuant la denrée rare à l’un plutôt qu’à l’autre, mais juste « pour aider » et sans porter la responsabilité de cette rareté. Créer un problème et le résoudre.

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  2. Brallaisse Brallaisse

    Va t’elle aussi imposer dans les communes le écoles catholiques puisque nous y sommes. ?. Enfin et en résumé dans cette région nous pouvons dupliquer le fameux précepte américain : « En Provence , il vaut mieux être blanc , riche et en bonne santé que ………. ».

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  3. dpdp13 dpdp13

    Avouez que par chez nous, nous avons bien de la chance d’avoir des élus aussi honnêtes, dont l’abnégation, le courage et la pugnacité mis au service de l’intelligence politique dès lorsqu’il s’agit du bien commun, n’ont d’égale que la totale absence de pensées électoralistes, népotistes, carriéristes (à compléter).
    En songeant à tous ces défavorisés qui sont condamnés à vivre en d’autres lieux, Tonton Georges aurait eu une pensée compatissante pour ces pauvres malchanceux, ces petits maladroits qui n’ont pas eu la présence d’esprit de voir le jour chez nous.

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    • dpdp13 dpdp13

      dès lors qu’il (mais vous aviez rectifié) !

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  4. petitvelo petitvelo

    Pas assez de séances du conseil municipal, c’est ballot une telle fatalité ! Il me semble me souvenir qu’un certain stade avait eu son conseil municipal extraordinaire « rien que pour lui » … Mais ça c’était prioritaire et urgent . J’y comprend rien à cette pensée politique complexe qui colle à la réalité là où l’interprétation journalistique s’égare.

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  5. kukulkan kukulkan

    un scandale…

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  6. Alain PAUL Alain PAUL

    C’est bizarre, personne à gauche n’a eu les loisir – entre 2 invectives – de s’opposer à une telle décision (sauf erreur de ma part) ; c’est peut être que ça ne les intéresse pas

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  7. Vincent Squale Vert Vincent Squale Vert

    Comment nos jeunes peuvent croire à la politique après ça…. Suis désespéré de l’absence de dialogue et de volonté voire de portage sur cette question qui dépasse largement les étiquettes partisanes….

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