Marie-Arlette Carlotti lâche le PS en rase campagne

Actualité
le 16 Mai 2017
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À la surprise générale dans son parti et au-delà, la sortante Marie-Arlette Carlotti renonce à se représenter aux législatives dans la 5e circonscription. Pour l'heure, seuls les partenaires écologistes du parti socialiste se disent prêts à prendre sa suite.

Depuis des mois, elle regardait avec effroi son parti se disloquer. Marie-Arlette Carlotti, la hollandiste de la première heure, l’ancienne ministre de Marseille, élue face à Renaud Muselier lors de la vague rose de 2012 n’ira pas défendre le bilan de son président, de son parti, de sa mandature de députée. Les primaires socialistes ont été pour elle une première déchirure entre deux courants politiques qui n’étaient pas les siens. En privé, elle disait déjà sa lassitude, son envie de lâcher, poussée par ses proches.

Elle a fini par jeter l’éponge brutalement, sans en avertir ceux avec qui elle préparait la campagne. Depuis la publication à la mi-journée d’un texte grave sur son blog, également envoyé aux rédactions, elle n’a plus communiqué en direction des médias. Elle n’a pas non plus répondu à ses camarades de parti qui cherchent à comprendre les raisons de son choix.

“Ça m’est tombé dessus”

Je l’ai appris par la presse, constate Benoît Payan, conseiller départemental PS de cette circonscription et président du groupe socialiste au conseil municipal. Ça m’est tombé dessus, je ne m’y attendais pas du tout. À l’heure où je vous parle [lundi après-midi, ndlr] je n’ai toujours pas discuté avec elle. J’imagine qu’elle a des raisons qui lui sont très propres et très personnelles car se retirer à trois jours d’un scrutin ce n’est pas facile. J’ai du mal à saisir le sens d’un arrêt aussi brutal, aussi précipité, dans un aussi mauvais moment.”

Dans son texte de renoncement, la députée limite son adresse aux citoyens de sa circonscription “à vous seuls je dois rendre des comptes”, leur écrit-elle. Elle ne dit rien de sa succession, désormais ouverte alors que le dépôt des investitures prend fin ce vendredi. Elle fustige à mots couverts le président Macron dont elle avait pourtant salué “la vision de la République”.

“Aux aventures individuelles et au culte de l’homme providentiel, j’ai toujours préféré le projet collectif”, écrit-elle aujourd’hui. Faut-il y voir une réaction à l’investiture dans sa circonscription d’une candidate issue de la société civile pour la République en marche ? Au sein du mouvement En marche, certains anciens du PS espéraient la voir épargner, comme plus au sud-ouest Annie Lévy-Mozziconacci. Cela n’a pas été le cas.

“Le combat de trop”

Marie-Arlette Carlotti dit prendre acte de la volonté de renouvellement et ne veut pas faire “le combat de trop“. Pour l’heure, personne dans ses rangs n’a levé la main pour mener campagne dans un champ dévasté. Benoît Payan ne se voit pas empaumer ce drapeau : “J’ai dit il y a plusieurs mois que je ne serai pas candidat, je tiens cet engagement”, répond-il avant de préciser que la circonscription est réservée à une femme. Autre nom régulièrement cité, Nathalie Pigamo ne se voit pas reprendre ainsi au pied levé.

Elle aussi se dit “surprise” alors que toute la famille socialiste était réunie dimanche pour lancer la campagne d’Henri Jibrayel au nord-ouest de Marseille. “Nous avons tous été ébranlés par l’arrivée de Mélenchon mais cela a eu tendance à nous ressouder et cela fait longtemps que ce n’était pas arrivé”, regrette-t-elle. Mais le sentiment de surprise ne provoque pas chez elle de candidature spontanée : “Cela doit se construire, encore plus dans ce moment particulier où il faut refonder le parti, renouveler les pratiques politiques”, explique-t-elle. Elle se désole du silence de la fédération “dont le premier secrétaire était aux abonnés absents pendant toute la campagne. Heureusement nous avons un conseil de territoire mercredi. Ça permettra de se parler.”

Michèle Rubirola et Christophe Madrolle sur les rangs

Parmi les partenaires du parti socialiste, certains ont déjà des intentions arrêtés. La binôme écologiste de Benoît Payan, Michèle Rubirola se dit prête à “y aller” pour “incarner une candidature qui réunit la gauche” contre une politique “anti-sociale et anti-écologiste” qu’incarne pour elle le président Macron.

Son ancien camarade de parti et chef de file de l’union des démocrates et écologistes, Christophe Madrolle se dit également  sur les rangs pour prendre sa suite alors qu’il s’est déjà lancé en campagne dans la 1ère circonscription de l’est marseillais. Lui aussi a appris la nouvelle “par voie de presse” alors qu’il dit lui avoir parlé tous les jours au téléphone. “Nous avons un accord national sans réciprocité locale avec le parti socialiste, explique-t-il. Je vis et milite dans ce quartier depuis de nombreuses années. Je joue à domicile. Je suis prêt à reprendre le flambeau laissé par Marie-Arlette Carlotti”. Il attend pour cela le feu vert des instances socialistes, tant locales que nationales.

“Députée fantôme”

À droite, la surprise est tout aussi grande. En apprenant la nouvelle lors du déjeuner préparatoire au conseil métropolitain, Jean-Claude Gaudin lâche à son voisin : “C’est pour cela qu’elle essayait de me joindre ce matin.” Il n’ira guère plus loin dans le commentaire, soulignant qu’on “n’a jamais raison contre son parti” comme pour mieux souligner le hiatus qui s’était créé au moment de la primaire et durant la campagne de Benoît Hamon.

De l’avis du maire, cela ne change rien pour le candidat investi par LR et l’UDI, Yves Moraine. Ce dernier a publié un communiqué plutôt sobre dans lequel il “salue sa décision” qu’il lie au bilan du gouvernement qu’elle a soutenu. Sa suppléante, Marine Pustorino a moins fait dans la dentelle dans une publication sur Facebook : “Mais apparemment la dame ministre, députée fantôme préfère reculer car être candidat c’est trop difficile et c’est trop risqué !”

Division à droite

À droite, personne ne se risque à voir dans ce renoncement l’ouverture d’un boulevard pour le candidat LR. Yves Moraine doit encore compter sur le maintien du conseiller départemental et adjoint au maire Maurice Di Nocéra qui n’entend pas renoncer, pas plus que Patrick Thévenin qui briguait la double investiture En Marche/Modem.

Si la théorie des courants chère à Jean-Claude Gaudin a encore du sens, la candidature de Cathy Racon-Bouzon pour la République en marche pourrait bouleverser tous les calculs d’appareil. Pendant ce temps, la candidate issue de la société civile postait sur le compte Facebook de son comité local, les images du tournage de France 3 où elle pose avec son enfant de six mois sur les gazons du parc Longchamp.

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Commentaires

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  1. barbapapa barbapapa

    Michèle Rubirola doit y aller !

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  2. marseillais marseillais

    Oui, une belle opportunité pour Rubirola qui ressemble si bien à ces quartiers,et les connait parfaitement

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  3. leravidemilo leravidemilo

    Eh oui, il est plus que dur à porter le bilan de ce quinquenat, importable même. Il y a 4 ou 5 mois, j’avais indiqué dans un post mon sentiment personnel que les députés P”S” marseillais s’apprêtaient à faire leur dernier tour de piste… Certains n’entrerons même pas en piste!
    La trahison de l’essentiel des “”engagements”” de 2012, auquel hollande a tourné le dos dès la 1er semaine (en allant s’incliner à la chancellerie), joint au bilan de la tendance canebière,, représentent autant d’obstacles insurmontables. Et c’est double peine pour Carlotti, élue députée, puis ministre et re députée, qui se savait donc la plus menacée.
    L’aveuglement dont ont fait preuve ces élus est gigantesque, et leur compréhension fort tardive de la chose, témoigne bien de ce qu’on nomme la “coupure” entre la caste politique et et la société. Plusieurs articles de marsactu en ont témoigné, notamment celui sur la réunion fédérale de février/mars où devait être mise aux voix une motion de défiance contre le secrétaire fédéral pour son absence de soutien à Hamon et son ralliement à Macron; motion passée à la trappe dans une grande confusion.
    Dans l’article “Primaires de la gauche: Le PS la mort aux trousses du ” du 21 janvier, on trouve encore ce genre de perles : “Le candidat socialiste aura une légitimité que n’auront ni Macron ni Mélenchon” Gaelle Lenfant, élue aixoise. ou “Macron c’est Monsieur X; je n’arrive pas à le géolocaliser” A Montebourg lors de sa venue à Marseille….
    Carlotti plus lucide visiblement (ou mieux informée) y avait déjà lâché son: “On va tous crever.” Et il faut citer tout de même, ne serait ce que par honnêteté, Jean David Ciot qui, pour une fois, passait directement de l’aveuglement au pur prophétisme (!) avec son :”Si on désigne un candidat qui arrive 5è du 1er tour avec 6%, comment on fabrique ensuite un groupe à l’assemblée?” (carrément!) .
    La tendance n’est d’ailleurs propre ni à Marseille (même si elle y est amplifiée )ni à la France : Les dernières et récentes élections hollandaises ont fait passer le parti équivalent au P”S” de quelques 20% à 7 ou 8 (de mémoire, je n’ai pas les chiffres sous la main,)même si cet évènement est bien sur passé en dessous des radars de notre presse main stream qui n’y a vu que la stagnation du parti d’extrème droite et non pas la forte progression d’un parti de gauche et écologiste.. L’autriche confirme de façon plus modérée, mais régulière, la chose. Le SPD allemand et son “effet Schulz”( la plus franche des accolades qu’ait reçu le candidat Hamon) vient de faire Pchittt 3 fois de suite en 4 mois..pour l’espagne et chez les britanniques, ça suit son cours… La social démocratie européenne a la mort qui lui tient la manche et refuse de lâcher prise. Et il est bien normal, qu’appliquant, sous le nom de gôche et depuis si longtemps, une politique de droite, dans ces différents pays, bon nombre de gens, à sa droite comme à sa gauche aient fini par se poser la question: A quoi sert elle?

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  4. marcus marcus

    Apres avoir prétendu passer en revue les forces en présence, l’article conclut par une Pub en image pour En marche, sans dire un seul mot de la France insoumise pourtant arrivée en tête dans cette circonscription avec 25 % des voix.
    Qu’est ce que ça signifie ?

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    • Benoît Gilles Benoît Gilles

      Bonjour
      Ce papier ne prétend pas passer en revue la totalité des forces en présence à gauche et à droite. Nous ferons ce passage en revue la semaine prochaine une fois les listes définitives connues. Les questions de la France insoumise, de la candidature PCF, des petites listes plus ou moins manipulées et des tensions à droite seront alors pleinement abordées. Enfin il ne s’agit pas d’une pub, mais d’un post facebook d’En marche. La concurrence avec le parti d’Emmanuel Macron a sans doute joué dans la décision de la députée sortante. L’intégration de cette image avait pour but de souligner “l’histoire racontée” par ces images “femme-active-et-mère-de-famille-avec-poussette”. Cela ne veut pas dire que nous soyons dupes de cette exercice de communication.

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  5. marcus marcus

    Merci de votre réponse qui me rassure un peu.
    Les manipulations pro Macron atteignent de telles extrémités dans les médias qu’on finit par croire que toute la presse a pris le pli, même celle ou on espère trouver des analyses politiques dignes de ce nom

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  6. Tarama Tarama

    Le perspective d’une défaite, plus forte que toutes les lois, amendes, engagements, pour le non-cumul des mandats.

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