Marchés des déchets : la bataille du centre-ville

Actualité
Julien Vinzent_
3 Mai 2017 1

Afin d'améliorer la propreté de l'hyper-centre de Marseille, un secteur jugé stratégique, la métropole a choisi de miser sur le privé. Le marché a finalement été confié à une PME locale, associée au géant Suez. Dans les autres arrondissements de la ville, la nouvelle donne ne fait pas que des heureux.

Smart, safe, living lab… Ces dernières semaines, la majorité municipale ne manque pas d’anglicismes pour qualifier son ambition pour le centre-ville. Et clean alors ? Pour cela, la communauté urbaine de Marseille, et aujourd’hui la métropole, ont décidé depuis 2015 de confier au privé le nettoyage du 1er arrondissement, jusqu’à présent assuré par des agents publics. « C’est l’hyper-centre, c’est une zone très dense, qui concentre des activités d’hôtellerie, de restauration, de tourisme. C’est une zone fréquentée 24 heures sur 24. C’est une zone sur laquelle se déroule un certain nombre de manifestations importantes et très fréquentes. Aujourd’hui, nous pensons que le privé peut apporter sur ce secteur une expertise particulière », justifiait à l’époque le directeur général adjoint de la propreté urbaine, Michel Poggetti, dans une réunion avec les représentants des agents.

La nouvelle carte de la collecte et de la propreté.

Une volonté traduite en août 2016 dans l’appel d’offre de renouvellement global des marchés de collecte et de propreté (le privé assurait déjà les 2e, 3e, 14e, 15e et 16e arrondissements). Outre une redistribution géographique, avec le passage de cinq lots à trois, il prévoyait un lot spécialement dédié au nettoyage du 1er et du 2e arrondissement. Alors que jusqu’à présent la collecte et la propreté d’un arrondissement sont assurés par le même acteur (agents publics pour le 1er et Veolia pour le 2e), ces deux arrondissements feront désormais exception. Et c’est justement ce lot dédié à la propreté des rues du centre-ville qui a donné lieu à la plus ardente bataille.

Arrivé depuis quelques années dans le paysage français, Urbaser a tenté de frapper un grand coup en jouant des coudes pour faire sa place dans le centre-ville avec une offre à 80 millions d’euros, 20 % en-dessous de l’estimation des services de la métropole. Une tentative pour le groupe chinois de renforcer son implantation locale en plus du nettoyage des plages de La Ciotat et de l’exploitation de l’incinérateur de Fos-sur-Mer par sa filiale Evéré. Et ce malgré ses régulières algarades juridico-financières avec la métropole concernant le coût de cet équipement…

Une PME aubagnaise

Selon nos informations, la perspective d’économies a fait hésiter les élus siégeant à la commission d’appel d’offres, en particulier les non-Marseillais. Le vote a donc été reporté et les services techniques ont dû user de persuasion pour les convaincre de retenir Sita (groupe Suez), associé à la société aubagnaise Noe Concept, malgré son tarif de 96 millions d’euros (toujours inférieure de 3,8 millions d’euros à l’estimation des services). Les moyens humains et matériels déployés sont censés justifier ce choix, appuyé par l’analyse externe d’un bureau d’études.

À côté du caractère sensible du territoire, l’enjeu pour la métropole était aussi d’éviter une grève, comme cela avait été le cas en 2010 lors du passage d’ISS à Veolia dans le 2e arrondissement. La grève « préventive », menée dans la foulée du lancement de l’appel d’offres par des salariés inquiets des garanties du maintien de l’emploi, avait donné le ton dès septembre 2016. Pour l’heure, cette perspective ne semble pas à l’ordre du jour. Les salariés de Veolia affectés au nettoyage du 2e arrondissement seront repris par Sita, tandis que ceux qui assuraient la collecte le seront par Derichebourg, vainqueur du marché de la collecte du 2e et du tandem collecte-propreté des 15e et 16e arrondissements. « Le seul souci c’est pour les intérimaires, une trentaine, qui ont beaucoup d’expérience chez nous. Nous essayons de les faire reprendre par Noe Concept dans le 1er », commente Samir Boukhadra, délégué du personnel FO.

Nicollin tombe de la carte

À ce jeu des chaises musicales, le grand perdant est la société méditerranéenne de nettoiement (SMN, groupe Nicollin), ex-titulaire dans le 15e arrondissement, qui tombe de la carte marseillaise. Avec le passage de cinq lots (un par arrondissement concerné) à trois, il était inévitable que le gâteau des déchets marseillais échappe à certains. Malgré la perte du 2e arrondissement, Veolia peut se consoler avec l’attribution des 3e et 14e arrondissements à une autre société du groupe, Bronzo, qui officiait déjà dans le 14e. Derichebourg, ex titulaire dans le 3e et le 16e, a pioché le 2e, le 15e et le 16e.

Reste donc la SMN qui, mécontente du traitement réservé à ses deux offres, a tenté d’obtenir gain de cause devant le tribunal administratif. Déposé hors délai, le recours pour le lot n°2 (3e et 14e) a été déclaré irrecevable. En revanche, elle a pu déployer ses arguments pour le lot n°3 (2e, 15e et 16e) lors de l’audience du 31 mars. Parmi ceux-ci, le coût des prestations de Derichebourg : 97,8 millions d’euros sur six ans, soit 5 millions d’euros au-dessus de l’estimation initiale de la métropole. Et 2 millions d’euros de plus que les marchés attribués en 2010 sur ce même périmètre…

Mais là encore, la « valeur technique » l’a emporté sur le prix, qui représentait pourtant 55 % de la note globale. Le tribunal a jugé que la métropole avait tout à fait le droit de retenir une offre plus chère qui avait obtenu la note technique maximale de la part de ses services. En particulier, la SMN ne proposait pas de « repasses » – des tournées effectuées en journée pour compléter celles de la nuit – dans le 2e arrondissement. Le jugement note que le secteur est « pourtant central et présentant un caractère touristique ainsi que le relève la métropole Aix-Marseille-Provence en défense ». La carte postale vaut bien de dépenser un peu plus d’argent.

Article actualisé le 17 mai : contrairement à ce que nous indiquions dans un premier temps, Sita et Noe concept n’interviendront pas chacun sur un arrondissement (respectivement le 1er et le 2e), mais en association sur ces deux territoires.

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